Et vous ? Pratiqueriez vous l’instruction en famille ? Mon bilan après 8 ans de pratique…

 

Il y a un sujet dont je n’ai presque jamais parlé dans ce blog, c’est l’instruction en famille. J’y ai parfois fait allusion pour parler de Carlito, mais jusqu’à présent je trouvais que le sujet était à la fois trop personnel et trop peu en lien avec le thème du site pour y consacrer un article.

 

Cela étant, je sais aussi que beaucoup sont curieux de savoir ce que devient notre fils, désormais 14 ans, et comment nous avons fait jusqu’à présent pour l’instruire.

 

Avec presque 8 ans d’instruction en famille (IEF) derrière nous, je commence à avoir un petit recul qui me permet de vous en dire plus, étant entendu que je ne livre ici en rien un mode d’emploi, mais une expérience personnelle empirique avec tous les aléas qu’elle comporte. Je ne souhaite donner de leçon à personne, qu’il s’agisse des familles en IEF ou de celles qui scolarisent leurs enfants, chacun faisant comme il veut et peut. Grand respect aussi pour mes collègues enseignants. Merci donc de ne pas m’assassiner en commentaires et de faire plutôt part de remarques constructives ou de questions qui appellent des réponses intéressantes.

 

Comme toujours ça va être long, mais je ne peux pas résumer 8 ans en 10 lignes. Lisez ce qui vous intéresse et laissez le reste :mrgreen: !

 

Plan :

I – Pourquoi l’instruction en famille ?

II – Pourquoi pas le lycée français ?

III – Quels choix pédagogiques ?

IV- Petite remise en question…

V – Changement de cap ?

VI – L’IEF et les parents

 

 I – Pourquoi l’instruction en famille (IEF) ?

 

Alors que l’IEF est un non débat dans beaucoup de pays (Anglo-Saxons notamment), c’est un sujet très polémique en France qui divise les gens en 2 camps totalement opposés. En forçant un peu le trait, nous avons donc :

  • Les « pour » qui militent pour plein de raisons en faveur d’une instruction libre et se battent pour que leurs enfants puissent continuer à s’instruire hors éducation nationale. Contrairement à ce que pensent nos gouvernants, la plupart n’enseignent pas le Coran en douce dans des garages sordides (c’était une des raisons stupides avancées pour presque interdire l’IEF en France dans la dernière loi votée en 2021), mais s’impliquent dans un choix de vie qui leur est propre et / ou essayent d’offrir une alternative à des gamins voyageurs / sportifs / harcelés / malades / handicapés qui n’ont pas leur place à l’école.
  • Les « contre » qui, souvent, n’en ont jamais entendu parler, ne se sont jamais intéressés au sujet, mais sont « contre », un point c’est tout car ils « sachent » mieux que les inconscients du camp d’en face. Ils sont tous passés par la case Education nationale et n’en sont pas morts, c’est donc une preuve.

Je schématise un peu, c’est vrai, mais en France j’ai rarement vu des positions réellement intermédiaires et constructives.

 

En ce qui nous concerne, avant 2014 nous n’avions jamais entendu parler de l’IEF. Nous n’étions donc ni pour, ni contre car nous pensions comme à peu près tout le monde que sans l’Education Nationale, il n’y a point de salut. Je vous rappelle qu’en plus, à la base, je suis prof. Prof de fac, mais prof quand même. Je vais en surprendre beaucoup, mais en ce qui concerne l’éducation de notre fils, j’ai un mal fou à penser en dehors des schémas mentaux qui m’ont été inculqués depuis mon plus jeune âge et j’ai beaucoup de difficultés à me déscolariser moi-même. L’IEF, pour moi, ne coule donc absolument pas de source : c’est un outil, pas une passion. J’y reviendrai plus tard (tout comme sur l’ensemble de nos choix pédagogiques), mais je vous plante le décor d’entrée.

 

En fait, nous nous sommes intéressés au sujet quand nous avons planifié de partir pendant un an faire le tour de l’Amérique du Sud : Carlito était alors en moyenne section de maternelle dans une école publique française et il nous fallait trouver une solution pour notre année à l’étranger, même si, à l’époque, l’école n’était obligatoire qu’à partir de 6 ans.

 

De début juillet 2015 à août 2016, nous sommes donc partis sur les routes du continent sud-américain, consacrant quelques heures par semaine à l’instruction de notre fils. Ayant eu vite fait d’absorber le programme de grande année de maternelle, il a dans la foulée appris à lire et à compter comme au CP.

 

En septembre 2016, de retour en France pour une année scolaire, nous l’avons évidemment réinscrit dans une école publique. Nous reprenions nos boulots et n’avions ni le temps, ni l’envie de poursuivre l’IEF. Il a donc fait sa rentrée en CP, puis quelques jours plus tard en CE1 avec une maîtresse formidable qui se reconnaitra si elle nous suit encore. Je me souviens qu’à l’époque quelques parents nous avaient jalousés car il avait pris un an d’avance, mais pour nous ça n’avait aucune importance et cela d’autant moins que nous savions qu’il ne poursuivrait pas dans une école française à partir de juillet 2017. Rétrospectivement, c’était même un peu idiot car il avait perdu ses amis de maternelle avec qui il aurait pu être au CP. Mais bon, ainsi va la vie …

 

En juillet 2017, nous avons emménagé en Colombie et nous allions devoir composer avec une nouvelle réalité : changement de pays, donc changement de système scolaire, changement de langue, changement de rythmes et aucune école française à moins de 2 heures de route de Guatapé.

Nous étions face à un dilemme : scolariser Carlito dans une école publique colombienne (il n’y avait pas d’école privée dans le secteur) ou faire l’école en famille ? Plusieurs points ont alors guidé  notre décision : le niveau des écoles publiques colombiennes qui était assez faible (dans les « veredas » de campagne, il y a souvent une grande salle avec un prof qui fait cours de la maternelle à l’équivalent du CM2), le début des classes qui se faisait partout à 7 heures du matin (or, on n’avait pas changé de vie pour se lever tous les jours à 5H30 du matin hihi), nous souhaitions qu’il conserve son français et, last but not least, nous voulions continuer à voyager quand nous le souhaitions et non en fonction des congés scolaires.

 

Nous avons donc opté pour l’instruction en famille et l’avons poursuivie de juillet 2017 à mars 2022. Sur cette période, notre vie a été sédentaire, entrecoupée de longues périodes de voyage. Je vous expliquerai au paragraphe III l’organisation de nos journées d’alors en IEF.

 

 

2020

 

 

En mars 2022, nous avons quitté la Colombie pour reprendre le voyage au long cours et explorer de nouveaux endroits où, éventuellement, reposer nos valises. Nous avons évidemment continué l’instruction en famille, achevant la classe de 5ème et débutant celle de 4ème. La difficulté était alors dans le changement permanent de rythme : nous sommes restés stationnaires plusieurs fois plusieurs mois ou semaines au Panama ou au Mexique, et dans ces moments-là, il était facile d’avancer le programme ; en revanche, chaque fois que nous reprenions l’itinérance, la motivation chutait à son point le plus bas et nous avons donc dû faire d’autres choix (voir paragraphe III).

 

Nous avons mis un terme provisoire à nos pérégrinations au long cours en août 2023, en nous installant à Rabat, au Maroc. Ici, si tu ne veux pas scolariser ton enfant en école marocaine (où l’enseignement se fait essentiellement en arabe), ce n’est pas un problème : il y a des écoles, collèges et lycées français homologués à chaque coin de rue.

 

II – Pourquoi n’avons-nous  pas mis Carlito en « lycée français » ?

 

Vous l’avez compris, jusqu’en août 2023, l’opportunité de mettre notre fils dans une école AEFE ne s’est jamais présentée à nous. Sauf au Panama, puis ensuite au Maroc.

 

 

 

 

Evidemment, à chacune de ces deux occasions, notre sang n’a fait qu’un tour, mais nous avons vite déchanté.

 

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que les écoles françaises à l’étranger (qui ont plusieurs statuts, qu’il s’agisse d’établissements en gestion directe par l’AEFE, d’établissements privés conventionnés par l’Education Nationale ou d’établissements partenaires homologués par l’AEFE) perçoivent toutes des « frais d’écolage » (frais de scolarité) plus ou moins élevés et des droits de première inscription honteusement chers.

 

D’abord intéressés par le lycée français de Ciudad de Panama, nous nous étions renseignés pour y inscrire Carlito. Il n’y avait aucun problème, il nous suffisait juste de payer un peu moins de 16 000 dollars (je ne me suis pas trompée d’un zéro) la première année pour l’inscrire en classe de 5ème, cantine, activités extra-scolaires, bus et uniformes non compris. Les années suivantes auraient tourné autour de 8000 dollars et des poussières. Bueno … ça faisait chier cher pour étudier un programme de collège que l’on pouvait faire presque gratuitement chez nous et sûrement pas plus mal. Nous avons donc laissé tomber.

 

La question s’est à nouveau posée en 2023 au Maroc.  Cette fois-ci l’inscription était conditionnée à de multiples prérequis que nous ne remplissions pas. En outre, il fallait encore faire un bon gros chèque d’environ 6000 euros pour les frais de scolarité et d’inscription de la première année (c’est un peu moins cher les années suivantes, dans les 4000 euros)…

 

Au final, nous n’avons pas retenu la solution du « lycée français ».

 

Avant tout pour des raisons financières : débourser de telles sommes pour avoir la joie de faire suivre à Carlito le programme français dans une classe de 30 gamins baillant aux corneilles comme leurs homologues de métropole, ne nous a pas convaincus. Mais aussi parce que l’absentéisme des profs existe dans ces établissements et que le niveau n’est pas toujours aussi bon que le montant du chèque signé voudrait le faire croire.

 

Qu’en a dit le principal intéressé ? Comme il est très sociable, l’idée d’intégrer un établissement scolaire lui a un temps trotté dans la tête. Non pas pour y étudier (dixit l’intéressé) mais pour aller « en récré avec les potes »… Voilà … Nous en sommes restés là et comme il a eu vite fait de trouver plein de copains en dehors de la vie scolaire, il n’a plus jamais redemandé à aller en lycée français hihi.

 

III – Quels choix pédagogiques avons-nous faits ces 8 dernières années ?

 

  • Homeschooling / unschooling

 

Comme vous pouvez le remarquer, la majeure partie du temps, nous avons choisi de pratiquer « l’école à la maison » (« homeschooling ») en suivant le programme scolaire de l’Education Nationale française. Pour des raisons à la fois simples et plus personnelles :

1) c’est celui que je connais, qui m’est le plus familier et le plus accessible (on trouve plein de ressources gratuites ou payantes sur internet)

2)  car il me paraissait la ressource éducative la plus pertinente pour mon fils. En effet, pour les enfants qui grandissent longtemps hors de leur pays d’origine, entre en jeu la problématique de l’appartenance culturelle. Or, Carlito est français. Déraciné de son pays, baladé un peu partout, sans repères fixes, il m’a semblé important qu’il puisse posséder un socle culturel stable, un référentiel « qui coule de source » et s’inscrit dans son histoire généalogique. Né en France, de langue maternelle et de nationalité françaises, il ne sera jamais rien d’autre qu’un Français dans tous les pays où il vivra, même s’il possède les codes de la culture qui l’accueille. Autant lui donner cette forme de stabilité qu’offre le programme scolaire français qui peut être étudié partout dans le monde et le relie avec ses origines.

 

Cela étant dit, j’anticipe sur une autre interrogation : a-t-on pensé au « unschooling » ? Je dirais oui et non.

  • Tout d’abord, et pour ceux qui ne le savent pas, le « unschooling» est une forme d’éducation qui ne suit pas de programme formel. Je trouve le concept de ce dernier totalement fascinant en ce qu’il met l’accent sur la liberté d’apprentissage des enfants et leur créativité. Dans cette logique les enfants sont libres de suivre leurs centres d’intérêts.
  • Le problème est que pour que cela réussisse il faut vraiment permettre aux enfants d’accéder à des ressources multiples, enrichissantes et en lien avec ce qu’ils ont envie de faire dans l’instant. Sinon, ils finissent devant la télé H24. L’investissement personnel des parents doit être élevé et créatif.
  • Bien que le « unschooling» ne soit pas le centre de notre choix éducatif, nous l’avons pourtant pratiqué avec succès chaque fois que nous sommes partis voyager sur de courtes ou de longues périodes. Dans ce cas, il est bien plus pertinent de mettre de côté les enseignements formels pour les remplacer par des apprentissages informels où l’enfant apprend des cultures et des pays traversés. Avec un constat : les connaissances s’enrichissent d’elles-mêmes, l’esprit s’ouvre, la pratique des langues étrangères devient naturelle, l’émerveillement grave le tout dans la mémoire et … ça se fait tout seul comme par magie !
  • Ces périodes de voyage ont donc permis à Carlito de faire des bons en avant plus qu’aucun programme scolaire. Mais, en sédentaire et sans une large gamme d’activités disponibles, je préfère qu’il suive le programme français.

 

 

L’âge d’or de l’IEF !

 

 

  • Et d’un point de vue administratif ?

 

Avant de poursuivre, je vais répondre ici à une autre question : comment avons-nous fait d’un point de vue administratif ?

 

En matière d’instruction en famille, il y a eu en France un avant et un après 2021, le régime de l’autorisation préalable ayant remplacé celui de la déclaration. Pour le dire autrement, instruire son enfant en famille est désormais un quasi chemin de croix administratif, les parents étant super fliqués.

 

Sauf … si tu ne vis plus dans ton beau pays de naissance. Ce qui est notre cas. Si on part plus de 3 mois, on ne dépend plus de la France et n’avons plus aucune obligation quant à l’instruction (pas de dossier d’autorisation à monter, pas de contrôle annuel, rien).

 

Quand nous sommes partis en 2017, j’ai fait radier Carlito scolairement et depuis nous ne sommes pas rentrés en France.

 

En théorie, nous dépendons alors de la législation des pays où nous vivons. Mais, en matière d’instruction, elle ne s’applique pas aux personnes sous visas touristiques et, en Colombie où nous étions résidents, tout le monde se moquait bien que je scolarise ou pas mon fils.

 

  • Quelles ressources pédagogiques avons-nous utilisées ?

 

Pour entrer dans le détail, nous avons eu recours à plusieurs ressources pour étudier.

Je précise que notre emploi du temps a toujours été le même en primaire ou au collège : 3 heures d’enseignement le matin (c’est suffisant en volume horaire quand on enseigne à un seul enfant à la fois et non à une classe entière), après-midis libres. Depuis le confinement de presque 6 mois en Colombie, nous avons dû céder quant aux écrans et Carlito s’en sert beaucoup pour jouer à des jeux de business ou pour regarder des vidéos en lien (ou pas, soyons lucide) avec ses sujets préférés : l’aviation et la géopolitique du monde aux 19è, 20è et 21ème siècles. Par ailleurs, nous avons toujours insisté sur le sport et, quand on ne voyage pas, il en fait au minimum une dizaine d’heures par semaine (BMX et danse en Colombie, VTT au Mexique, tennis au Maroc). Enfin, il lit, joue (plus petit il jouait beaucoup tout seul à ses jeux de société) et … s’occupe de tâches ménagères prédéfinies.

 

Les années de primaire :

  • Quand nous sommes partis voyager au long cours en Amérique du sud, en 2015-2016, nous nous étions seulement procurés des fascicules de grande année maternelle que l’on trouve dans le commerce et ceux du CP. Pour ce faire, ma seule exigence était qu’il apprenne à lire avec la méthode syllabique et nous avions eu recours à la méthode Boscher. Nous n’avons jamais travaillé plus que quelques heures par semaine pendant cette année-là, profitant plutôt de tout ce qu’un voyage comme celui-ci peut offrir. Cela a été payant, puisqu’en rentrant en France, et comme je l’ai dit, il a sauté une classe.
  • Quand nous avons déménagé de France en Colombie, Carlito entrait en CE2. Nous avons fait le programme de l’année en nous appuyant sur des manuels scolaires et des livres apportés de France. Sans grande originalité, mais avec plein de petits livrets ludiques qu’on a la chance de trouver dans notre pays pour instruire les enfants (c’est une chance toutes ces ressources en librairie, car ça n’existe pas forcément ailleurs) ;
  • En CM1, nous avons continué de la sorte, tout en introduisant la fameuse méthode de Singapour et le « Multimalin» (un jeu de cartes qui permet de mémoriser les tables de multiplications). J’ai trouvé l’approche proposée plus concrète et intéressante que celle normalement retenue et, pour le coup, valide l’idée d’en faire bénéficier les écoliers Français ;
  • En CM2, nous avons conservé la méthode de Singapour et nous nous sommes abonnés à « Pass éducation». C’est un programme que l’on trouve sur internet et qui offre un pack « instruction en famille » très bien fait pour les primaires. Chaque semaine, un dossier à étudier, recoupant toutes les matières, est envoyé à la famille. Il n’y a qu’à suivre le bon déroulement. C’est très facile et vraiment peu onéreux. Pour le français, nous avons aussi eu recours au site Projet Voltaire  (payant) , mais l’intéressé n’a pas trop accroché. Il a préféré – et de loin – la méthode plus ludique développée par Anne-Marie Gaignard « Hugo et les rois être et avoir; la méthode intégrale pour ne plus faire de fautes » qui est vraiment très bien  ;
  • Pendant ces 3 années, Carlito a appris la langue espagnole et non l’anglais en recourant à plusieurs ressources : la méthode Michel Thomas en audio (très efficace pour apprendre à parler !), des cahiers d’espagnol issus du programme français et s’adressant aux collégiens et, bien sûr, en interagissant avec les locaux.
  • Enfin, il a consacré tous ses après-midis à faire du sport. En effet, sur le continent américain, les cours se terminent en début d’aprem et les enfants ont ensuite quartier libre le reste de la journée (ça, c’est le top du top) : c’est ainsi qu’à raison de 10 heures hebdomadaires de BMX et de danse (le tout gratuit grâce à la politique de la municipalité de Guatapé) Carlito s’est à la fois musclé et socialisé avec les enfants colombiens, filles et garçons, apprenant sur le tas la langue espagnole qu’il maîtrise très bien aujourd’hui.

 

 

Biste de BMX Guatapé

 

 

Les années « collège » :

  • Nous avons ensuite fait l’année de 6ème et celle de 5ème en utilisant le site du Livre-scolaire.fr. C’est très bien fait : des manuels homologués par l’Education nationale sont mis en ligne. Il existe une une version gratuite et une payante (qui fournit les corrigés). On suit le cours et on fait les exercices. Si on le demande, on peut avoir accès aux manuels destinés aux enseignants.

 

  • Le plus compliqué a été d’introduire l’anglais. En effet, il y a tellement de ressources sur internet pour apprendre cette langue qu’on a eu du mal à s’y retrouver. Nous avons donc beaucoup tâtonné. Nous avons commencé par le manuel du Livre-scolaire.fr, mais le niveau en 6ème était trop élevé. En effet, on trouve plein de manuels « anglais LV1 », mais aucun consacré aux collégiens de 6ème choisissant « anglais LV2 ». Nous nous sommes alors orientés vers les applications type Duolingo ou Babbel, mais ça n’a pas plu à Carlito. Finalement, nous nous sommes tournés vers des petits cahiers type « cahier du soir en anglais » qu’on trouve dans les librairies françaises et vers les podcasts.

 

Ce n’est en fait qu’en partant voyager aux USA en 2022/2023 que l’anglais de Carlito s’est débloqué tout seul. Il a, en effet, compris à quoi lui servait l’apprentissage de cette nouvelle langue et il s’y est mis de bon cœur. Comme quoi, cela nous montre une nouvelle fois que l’on apprend et retient bien que ce qui nous intéresse !

 

  • Par ailleurs, depuis la classe de 6ème nous avions délégué l’apprentissage des maths à un prof de maths colombien qui venait une fois par semaine à la maison. C’était parfait : il apprenait les maths tout en faisant de l’espagnol.

 

L’année de 4ème s’est, quant à elle, faite en 2 temps car nous étions très occupés par le voyage :

  • En 2022/2023, nous avons poursuivi avec le programme issu du Livre-scolaire.fr et avec nos cours de maths en espagnol (cette fois en virtuel car nous ne pouvions pas emmener le prof avec nous), profitant des semaines passées à l’arrêt pour travailler et des autres pour découvrir. Toutefois, même si nous avons essayé d’être assidus, je trouvais que la progression de Carlito était en dents de scie. Ce n’est pas le fond qui posait problème, mais plus l’apprentissage de la méthodologie, de la rigueur : savoir présenter une copie correctement, écrire avec une belle écriture, etc… En plus, coup dur pour nous, notre prof de maths est brusquement tombé gravement malade et n’a plus pu assurer cette matière.

 

  • A la rentrée 2023, nous étions donc face à un dilemme. Faire entrer Carlito en classe de 3ème et lui faire passer son Brevet des collèges en candidat libre. Ou … le faire redoubler. C’est cette dernière option que nous avons choisie. Vous me direz que c’est rare que des parents veuillent faire redoubler un enfant qui n’a pas de difficultés scolaires particulières, mais j’ai senti que c’était important car il manquait de méthodologie « à la française ». Pour que ce ne soit pas « en vain », nous l’avons pour la première fois de sa vie inscrit à des cours par correspondance – les cours Pi (ce sont des cours par correspondance homologués par l’Education Nationale, un peu comme le CNED). Mon idée était la suivante : jusqu’à présent, personne n’avait porté un regard extérieur sur sa progression. Comme nous vivons à l’étranger, nous n’avons jamais été contrôlés, ni notés. Je savais que sur le fond mon fils avait de solides connaissances dans bien des domaines scolaires ou extra-scolaires, mais je voyais aussi ses lacunes.

Autant donc profiter de notre liberté pour nous ajuster à ses besoins, et ce d’autant plus, qu’il avait officiellement une année d’avance.

 

 

2024

 

 

Notre expérience des cours Pi :

 

  • Je précise tout d’abord que nous n’avons pris que 3 matières : français, maths et sciences-physiques. Les autres n’étaient pas adaptées à son niveau. Il pratique, en effet, l’espagnol a un niveau bien plus élevé qu’en 4ème, tout comme l’histoire-géo. En ce qui concerne l’anglais, j’ai préféré l’inscrire dans un institut américain de langues et nous continuons à le bosser en plus avec les ressources de la BBC que l’on trouve sur internet (BBC learning english). Pour l’espagnol on le travaille avec des vidéos, des lectures, des thèmes ou des versions pour qu’il continue à le maîtriser correctement.
  • Nous avons choisi les cours Pi pour 2 raisons : la présentation formelle assez aérée et colorée de ses supports et la flexibilité offerte de faire chaque année scolaire en une période pouvant aller de 6 à 18 mois.
  • Avec le recul je suis assez satisfaite des fascicules que je trouve détaillés et pédagogiquement bien structurés. En maths et en sciences-physiques, surtout, c’est une méthode pas à pas qui est très bien faite. Le français, en revanche, est plus brouillon.
  • La correction des devoirs est rapide et tout peut être envoyée par internet, ce qui est très pratique quand on ne vit pas en France.

 

Deux trimestres de cours par correspondance plus tard, le bilan est globalement positif.

  • D’une part, Carlito a appris à rendre une copie « aux standards français », son écriture s’est améliorée (PS – l’écriture en cursive est très franco-française ; en général, sur le continent américain c’est plus en script qu’on apprend à écrire), il comprend ce qu’on attendrait de lui d’un point de vue formel dans une copie d’examen ;
  • D’autre part, il a sur le fond de bonnes ou très bonnes notes qui prouvent que les 7 ans d’instruction en famille ne lui ont fait prendre aucun retard intellectuel.

 

 

 

 

  • Bilan intermédiaire

 

Au bout de 8 ans d’instruction en famille, je trouve le bilan intermédiaire plutôt positif au sens où Carlito n’a jamais décroché ni intellectuellement, ni scolairement et qu’il est tout à fait dans la bonne moyenne des élèves Français. Voire plus et mieux (vu le classement PISA de la France, on n’a pas trop de mérite :mrgreen: ).

 

Je voudrais ici ajouter, contrairement à beaucoup d’idées reçues, que l’IEF ne l’a jamais isolé. Je vois souvent des parents qui nous opposent que priver nos enfants d’école ou de collège, c’est les exclure de toute vie sociale, leur éviter de se confronter « à la vraie vie » (étant entendu que pour eux la « vraie vie » c’est d’affronter des classes surchargées, un emploi du temps  chronophage, (parfois) des gamins harceleurs du même âge, une hiérarchie et obéissance prof-élève indiscutable les préparant au monde du salariat) et les condamner à la marginalité.

 

Dans notre vie de tous les jours, Carlito n’a jamais manqué de contacts avec l’extérieur (qui ont débouché ou non sur des amitiés, ça c’est autre chose). Rencontrer des enfants du même âge ne pose aucun problème quand on pratique des activités sportives, artistiques ou culturelles. Il en va de même quand on voyage où les rencontres avec les autochtones peuvent être très fructueuses (il a eu une copine mexicaine pendant des années à qui on rendait visite à chaque fois que nous allions au Mexique), tout comme celles avec les enfants d’autres voyageurs (il a des copains Français et Argentins avec qui il communique toujours via Whatsapp malgré l’éloignement). Au Maroc, il joue au tennis avec des Marocains et s’est fait une bande de potes Français (qui eux, sont scolarisés). Il a pu se retrouver seul à certains moments, mais c’était vraiment lié à une conjoncture précise et non à l’instruction en famille en tant que telle : le confinement de presque 6 mois en Colombie ou des périodes de voyage où l’on croisait moins de gens. Car, nous avons la double difficulté d’avoir une vie sédentaire ou nomade en fonction des périodes, sur lesquelles il faut organiser et coordonner une instruction, tout en prenant en compte les besoins de chaque membre de la famille en temps réel et articuler le tout avec les contraintes financières inhérentes à toute vie humaine hihi !

 

Mais, ce que je retiens de l’IEF c’est qu’elle ouvre la porte à toutes sortes de rencontres : les adultes ne sont pas perçus comme des gens à respecter et à éviter, mais comme des partenaires ou amis, au même titre que les enfants du même âge (ou non). Dans la tête d’un enfant IEF, les rapports humains sont horizontaux et non verticaux, ce qui permet une vraie fluidité dans les relations humaines.

 

 

 

IV- Petite remise en question …

 

En théorie, nous pourrions donc continuer comme ça jusqu’au bac…

 

Rien ne s’y oppose, sauf que l’enseignante (moi) et l’enseigné (Carlito) n’en peuvent plus … Pas de l’instruction en famille en tant que telle qui offre une liberté très appréciable, mais des programmes scolaires français.  Ras le bol ! On en a marre, marre, marre, plus que marre ! On s’ennuie mortellement à les suivre… Et c’est pas faute d’avoir essayé de les égayer, de les customiser, de les rendre plus intéressants…

 

 

Quand la couleur ne suffit plus

 

 

A mon humble avis (qui n’engage que moi), ils sont idéologiquement orientés, (souvent) obsolètes dans leur contenu et / ou leur façon d’enseigner les matières. Et ne me dites pas le contraire car ça fait 8 ans que j’ai le nez collé dessus, toutes matières confondues ! Voici quelques-uns des problèmes qu’ils présentent, à mon sens :

  • Tout d’abord, leur niveau est de plus en plus bas… Pour que le plus grand nombre puisse les suivre, ils ont été réduits à une espèce de bouillie intellectuelle inintéressante et peu motivante. Je suis ravie de voir que la plupart des ados ont désormais leur bac (et tous ceux que je connais avec des super mentions), mais honnêtement entre le niveau minimal exigé et le contrôle continu dont bénéficient les enfants non IEF, il n’y a que peu de mérite à se diplômer en France (les IEF, eux, passent toutes les matières « à l’ancienne » et on ne leur fait pas de cadeaux car ils ont osé sortir du moule) … ;
  • Ensuite, ils sont issus d’une école du 19ème siècle, répétitifs, pas vraiment en phase avec la société du 21 siècle.

 

Par exemple, depuis le CE1, en français, nous revoyons (ou devrions revoir) toujours les mêmes notions. En boucle. Je trouve l’enseignement de cette matière totalement dépassé. Par exemple, en quoi est-il utile d’enseigner la grammaire en primaire et au collège ??? Qu’on apprenne déjà aux enfants à bien parler leur langue, à bien la lire et à en apprécier sa beauté, puis à l’écrire sans faire trop de fautes… On verra plus tard pour le jargon de spécialistes… On peut écrire très bien sa langue maternelle sans savoir la disséquer techniquement ! En fait, faire faire de la grammaire à un enfant est au moins aussi utile que d’exiger d’un adulte qui passe son permis de conduire qu’il apprenne par coeur le nom de toutes les pièces du moteur de sa future bagnole, plutôt que d’insister sur les règles du code de la route et sur la pratique de la conduite…

 

Et que dire de l’enseignement des langues vivantes ? En France, on apprend surtout à les écrire … comme on ferait avec des langues mortes… Pas étonnant qu’on ait du mal ensuite à les mobiliser dans une discussion. Etc, etc, je vous passe mon opinion sur les autres matières.

 

  • Enfin, parce que le problème de l’école française est de faire du neuf avec du vieux depuis le début années 1980. On conserve des trucs complètement inutiles et obsolètes dans les programmes (pour faire plaisir aux « c’était mieux avant ») et puis, en opposition, on cherche à introduire des méthodes pédagogiques plus modernes qui ne cadrent pas avec le contenu vieillot du programme (pour faire plaisir aux autres). Ce qui brouille toutes les pistes des apprentissages… Mon respect absolu à mes collègues profs du primaire et du secondaire qui doivent composer avec cette réalité…

 

Bref, depuis presque toujours mon fils se sent mal à l’aise avec le programme scolaire français et je ne peux pas lui en vouloir… Il passe son temps à questionner l’utilité de ce qu’on lui demande d’apprendre. Tous les matins depuis 8 ans, je dois donc lui réexpliquer pourquoi il est important de faire des maths, du français ou n’importe quelle autre matière obligatoire et faire parfois preuve d’autorité pour qu’il s’y tienne car, comme beaucoup de parents, je veux qu’il aille au moins jusqu’au bac (ou équivalent) pour pouvoir ensuite décider de ce qu’il fera.

 

Heureusement, l’année 2023/ 2024 m’a apporté quelques prises de conscience…

 

V – Prise de conscience : il faut chercher autre chose !

 

Quand nous avons commencé l’IEF, Carlito avait 5 ans et demi et il en a aujourd’hui 14 : ce n’est plus la même personne qui s’assoit à côté de moi le matin ! C’était un bébé français appelé à retourner vivre rapidement dans son pays d’origine, c’est aujourd’hui un ado « de la troisième culture » au caractère et aux idées très affirmés qui ne projette pas sa vie en France, pays qu’il connaît mal, mais envisage son futur à une échelle internationale. Ce qui faisait sens pour nous il y a 8 ans, ne le fait plus autant aujourd’hui : tant qu’il imaginait son avenir dans son pays d’origine, il était important qu’il en possède les codes minima. Maintenant, si tel n’est plus le cas, et sans perdre ses acquis franco-français au cas où il changerait d’avis, il faut évoluer et chercher de nouvelles options pour lui…

 

  • Un « enfant de la troisième culture »

 

Ce n’est que très récemment que j’ai pris conscience du concept « d’enfant de la troisième culture », qui m’a fait ouvrir les yeux sur mon fils. Jusque-là je vivais avec un extraterrestre ne ressemblant à personne d’autre qu’à lui-même, et seulement très partiellement aux petits Français / Colombiens / Mexicains sédentaires. Tous ont leurs qualités et leurs défauts, bien sûr, mais leur fonctionnement ne correspondait presque jamais à celui de Carlito qui, en revanche, se sent en accord immédiat avec presque tous les enfants de voyageurs ou d’expats et, plus largement, avec tous les adultes quelle que soit leur nationalité.

 

Pour en revenir aux « enfants de la troisième culture », ce terme s’applique à ceux :

  • qui ont passé une partie importante de leurs années de croissance en dehors de la culture de leurs parents,
  • ont grandi dans un monde très mobile où l’environnement et les gens changent très souvent autour d’eux,
  • ont vécu dans un monde transculturel, expérimentant dans leur quotidien des cultures différentes de la leur.

Ce qui implique un certain nombre de conséquences sur leur personnalité et leurs comportements…

 

Or, quand j’observe mon fils, je constate qu’il possède finalement beaucoup des compétences qui sont propres à ces enfants, et pas forcément valorisées dans un cursus français classique :

  • bonne maîtrise des langues, dont la sienne qu’il parle souvent mieux que les Français de France ;
  • bonne compréhension du fonctionnement du monde et de sa géopolitique ;
  • capacité à projeter sa vie future dans des pays différents avec des raisonnements aboutis ;
  • bonne compréhension des autres et de leur culture, des explicites et des implicites ;
  • accueil des autres dans leur diversité de nationalité et/ou d’âge, pas de racisme, pas de préjugés, fluidité des rapports humains, aucune peur de l’étranger ;
  • ouverture d’esprit, confiance en lui et en l’avenir ;
  • adaptabilité et maturité intellectuelle et sociale ;
  • capacité à investir le moment présent : quand on bouge souvent, il faut toujours saisir l’occasion maintenant car demain, il sera trop tard ;
  • capacité à voir le changement comme une opportunité et non comme un défi rédhibitoire ;
  • etc …

 

C’est donc en prenant conscience qu’il ne fonctionnait pas comme un enfant sédentaire Français, vivant en France et ne souhaitant pas en sortir, que j’ai brusquement pigé pourquoi il s’ennuie autant quand on travaille. En l’écrivant, ça paraît presque évident, mais il m’a fallu du temps pour comprendre que le programme français est destiné à préparer les enfants à entrer dans un système sociétal donné, à devenir plutôt un salarié ou un fonctionnaire qu’un entrepreneur et à respecter les valeurs républicaines. Il n’est pas très bien adapté aux électrons libres, quels qu’ils soient (c’est sûrement pour ça qu’il laisse autant de jeunes sur le carreau, dans sa rigidité obsessionnelle du « tous pareils »)…

 

  • Relativisation de la nécessité de suivre un programme français

 

Bon, à partir de là, j’ai commencé à relativiser la nécessité de se coltiner pour 4 années de plus les programmes scolaires français, jusqu’au bac.

 

Deux autres considérations me confortent en ce sens :

  • Le changement permanent de l’organisation du bac (et maintenant du brevet des collèges, avec cette idée débile de faire faire une classe de transition entre le collège et le lycée pour ceux qui n’auront pas le brevet, alors qu’il n’y a déjà pas assez de profs pour assumer l’existant) : on ajoute des matières, on en enlève, on bouscule les calendriers … C’est déjà hyper dur pour les établissements scolaires de prendre en compte les lubies ministérielles, mais pour nous autres en IEF ça devient un casse-tête ;
  • La deuxième tient à notre arrivée au Maroc. Nous avons ici retrouvé beaucoup de Français et Carlito baigne en permanence dans une culture française (en plus de la culture marocaine, of course) à laquelle il n’avait accès jusqu’à présent que par notre biais de parents ou par celui du programme scolaire. Le lien avec ses racines s’établit donc ici de façon naturelle, même s’il n’a pas toujours les codes que ses potes pourraient attendre de lui.

 

  • Quelles options ?

 

C’est en discutant avec François et Alexandra Pottier, rencontrés à un rassemblement de voyageurs au Québec, que j’ai commencé à voir que d’autres solutions existaient entre un unschooling total et une instruction en famille basée sur un programme scolaire rigide. Vivant sur l’île de La Réunion, et voyant que le système français ne permettait pas à leur fils « à besoins spécifiques » de mener une scolarité correcte, ils ont créé L’école des créateurs.

 

Pour reprendre la présentation qu’ils en donnent sur internet, « c’est est une école alternative privée hors-contrat qui accueille des enfants de 8 à 18 ans.

Son originalité réside dans le fait qu’elle :

– se soucie de ses élèves et de leur bien-être

– est un établissement dans lequel leur curiosité et leur créativité sont sans cesse stimulées pour que les élèves découvrent leurs potentiels

– est en phase avec la réalité de demain : 80% des métiers de 2030 n’existent pas encore !

– permet aux élèves de se révéler grâce à des projets, des actions, des activités qui ont un réel sens ».

 

Ils sont tellement passionnés et convaincants que j’aurais aimé pouvoir y inscrire mon fils séance tenante car ce genre d’école correspondrait pile poil à sa personnalité. Hélas, ne vivant pas à La Réunion et ne comptant pas y aller, l’idée est restée à l’état de rêve. Pourtant, quelque chose avait germé dans nos esprits …

 

De retour dans une vie sédentaire au Maroc, un matin de déprime après une énième séance de maths conflictuelle, j’ai eu l’idée de demander que faire sur Facebook à un groupe de parents pratiquant l’IEF. Je ne croyais pas obtenir de réponse intéressante, mais une personne au pseudo de Sandra Tétis (qui se reconnaîtra peut-être et que je remercie une nouvelle fois, en passant) a évoqué l’école américaine Clonlara.

 

Comment se fait-il qu’en 8 ans d’IEF je n’en avais jamais entendu parler ?! C’est un mystère total …

 

Toujours est-il que son concept nous a immédiatement séduits. Pour faire simple, c’est une école américaine accréditée qui peut être suivie hors campus (donc depuis chez soi). Elle permet à ses élèves de valider en contrôle continu l’équivalent américain du bac en validant (en langue française) des crédits obtenus sur les 4 années du secondaire (l’équivalent de nos 3ème, 2nde, 1ere et terminale). Ces crédits concernent des matières définies par avance (français, maths, science, etc) ou choisies par la personne concernée (qui peut alors opter pour tout ce qui l’intéresse vraiment). Tout comme L’école des créateurs, c’est une école qui fonctionne par projets, impliquant une démarche active de l’apprenant et non passive comme dans le système scolaire français. Il n’y a pas de leçons à apprendre ni à réciter par cœur, pas contrôles avec des notes chaque semaine, pas de verticalité entre un enseignant qui énonce et un apprenant qui subit, pas de compétition entre les étudiants. C’est juste du travail personnel avec une validation annuelle puis, à la toute fin. Le défi étant alors d’être suffisamment autonome et discipliné pour mener à bien les objectifs que l’on s’est soi-même fixé. Pour le coup, ce sera un vrai défi pour Carlito, mais, s’il y arrive, ce sera excellent.

(Pour ceux qui veulent en savoir plus : https://clonlara.org)

 

Je pense donc que nous allons essayer Clonlara à partir de la rentrée 2024, puisque Carlito aura exactement l’âge minimal pour débuter le secondaire. J’espère que cela conviendra mieux à sa personnalité et aux compétences qu’il a déjà acquises et qu’il pourra ainsi mettre en œuvre et valoriser.

 

Comme vous le voyez, pratiquer l’instruction en famille, est tout sauf un long fleuve tranquille… A partir du moment où en ne s’en remet à aucune institution pour faire le job à notre place, il faut vraiment s’investir au quotidien. C’est un boulot à part entière.

 

Comme toujours, affaire à suivre !

 

VI – Les parents et l’IEF

 

Il me reste à aborder un dernier point : le rôle des parents en IEF.

 

Chez nous, et comme je suis prof (de droit au niveau universitaire, donc rien à voir avec le primaire ou le collège), il a été décidé que ce serait moi qui m’occuperais de notre fils, même si mon mari a donné un coup de main les deux premières années (CE2 et CM1). Ce qu’il n’a plus fait ensuite, sans se désintéresser pour autant de l’éducation de son fils.

 

Que faut-il pour instruire son enfant en famille ? A mon humble avis et dans l’ordre des priorités :

 

  • En avoir envie, vraiment envie. Ou ne pas avoir d’autre choix.

 

  • De la disponibilité. Honnêtement, je ne vois pas comment il est possible de cumuler un emploi de salarié, fonctionnaire, chef d’entreprise (ou autres) ayant des horaires classiques de 9h/18h avec l’instruction en famille. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut de gigantesques moyens financiers familiaux pour s’y consacrer : je connais des familles IEF dont un des parents a arrêté de bosser et qui se serrent la ceinture parce qu’ils sont convaincus qu’ils offrent ainsi le meilleur à leurs enfants. C’est une question de priorité.

 

  • Avoir confiance en soi et être capable d’assumer de sortir des sentiers battus : la société ne fait pas de cadeaux à ceux qui osent s’éloigner de la norme. Il n’y a qu’à voir avec quelle sévérité ceux qui ont le courage de pratiquer l’IEF en France sont contrôlés chaque année : ils sont considérés comme suspects et doivent démontrer 1000 fois plus que n’importe quels autres parents qu’ils sont à la hauteur. Mon respect et empathie pour eux.

 

  • Beaucoup de patience. Vivre avec son enfant H24, sans relai de la société et, dans notre cas, sans l’aide des grands-parents, de la famille ou des amis, est un défi. Un enfant ne se comporte JAMAIS avec ses parents comme il le ferait avec n’importe qui d’autre. Toutes les émotions sont exacerbées. Il arrive que certains matins, face au programme scolaire français, on n’en puisse plus. Qu’on s’engueule fortement. Qu’on menace de tout arrêter car c’est trop dur d’être toujours ensemble sans distance car, c’est son point vraiment faible il manque d’autonomie scolaire et d’auto discipline. Si je ne suis pas derrière lui, il part dans une dimension parallèle. Et puis, au contraire, il y a les bons jours où tout va bien. L’IEF est un ascenseur émotionnel. Honnêtement, je trouve qu’il m’était beaucoup plus facile de faire cours à un amphithéâtre de 600 étudiants, qu’à mon seul fils…

 

  • Une dose de créativité et d’imagination. Inutile de se lancer dans l’aventure si c’est pour reproduire à l’identique ce qu’on ferait à l’école, non ?!

 

  • Une auto discipline de fer et une organisation qui tient la route. A partir du moment où l’on décide de suivre un programme, quel qu’il soit, alors il faut se tenir à une routine sinon on n’aboutit à rien. On commence donc à travailler à l’heure dite, même si rien ne nous oblige à nous lever. On fait tout ce qu’on a prévu et on s’arrête quand c’est l’heure.

 

  • Des diplômes ? Au risque de vous étonner, je ne pense pas qu’être prof et/ou fortement diplômé soit nécessaire pour instruire son enfant en famille. Si on n’est pas à l’aise, il suffit de prendre un cours par correspondance et de le suivre pas à pas. En y mettant un minimum de bonne volonté, en s’aidant des ressources qu’on trouve partout sur internet, voire en embauchant quelques heures par-ci ou par-là un prof particulier, c’est possible.

 

  • Un réseau. J’ai l’impression qu’avoir un bon réseau IEF autour de soi facilite grandement les choses. Hélas, nous n’en avons jamais eu.

 

 

A titre personnel, et pour être franche, ma propre expérience de l’IEF est mitigée. Comme je l’ai dit en introduction, ce n’est pas une passion. C’est un outil qui correspond à la vie que nous avons choisie de mener depuis 2015. Dans d’autres circonstances, je ne m’y serais probablement pas risquée car c’est une aventure à part entière et une vraie responsabilité à assumer.

 

Au positif, l’IEF m’a permis de voir grandir et évoluer mon fils au jour le jour. C’est extrêmement gratifiant et satisfaisant de l’observer devenir lui-même sans conditionnement sociétal, de l’accompagner et de ne pas déléguer aux institutions ce rôle primordial. Je ne regretterai jamais d’avoir assumé mes responsabilités de parent à son égard, de lui avoir consacré mes meilleures années. Je suis contente de lui avoir évité de supporter la dégradation du système scolaire français, le conformisme qu’il impose, la montée de l’agressivité chez les jeunes, le harcèlement. Je suis fière d’avoir été capable de lui montrer le monde sous un jour optimiste et d’avoir contribué à l’émergence d’un esprit libre, car le monde a grand besoin de ce genre de profil.

Pourtant, la société ne me valorise en rien dans ce rôle, je ne perçois aucun salaire et, pire, ça sera décompté de ma retraite. Quand beaucoup croient que c’est facile et que je « n’en glande pas une » en restant chaque matin à côté de mon fils, je n’aurais qu’un seul mot « essayez ! » et on en reparle. Même le papa a laissé tomber.

Parce qu’au négatif, il y a des moments vraiment durs. Quand les enfants sont petits, ils sont mignons et dociles. Il y a plein de ressources amusantes pour les faire bosser. C’est l’âge d’or de l’IEF, celui où tu « joues à la maîtresse ». Puis, à partir du CM1/CM2, leur personnalité change. Et c’est là que ça se corse. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de familles renvoient alors leur progéniture au collège. C’est éprouvant de se confronter à un adolescent, pour toutes les raisons que vous connaissez dans une vie « normale » ; à plus forte raison quand on l’instruit soi-même à la maison. Vous détestez le moment des devoirs le soir ? Dites vous que l’IEF « formel » c’est souvent « les devoirs du soir », mais tous les jours et pendant plusieurs heures :mrgreen: .

 

C’est donc pour cela que nous allons changer de méthode !

 

Vous le voyez, l’IEF c’est un exercice d’équilibristes… On fait du sur mesure, sachant que l’enfant grandit à chaque instant et que ses besoins évoluent tout aussi vite. A nous parents de nous adapter.

 

La suite dans 8 ans 😎 

11 pensées sur “Et vous ? Pratiqueriez vous l’instruction en famille ? Mon bilan après 8 ans de pratique…

  • 11 mars 2024 à 15 h 01 min
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    Beau dossier !! Je transmets à des amis qui s’installent au Portugal avec deux jeunes enfants.

    Bises à vous trois.

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    • 11 mars 2024 à 15 h 02 min
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      Merci amigo ! J’espère que vous allez bien, vous aussi ! grosses bises de nous 3

      Répondre
  • 11 mars 2024 à 16 h 47 min
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    Bonjour,
    C est en effet une question que je me suis souvent posée en vous lisant, convaincue tout de même qu il en apprend bien plus ainsi. Bravo à vous 3 pour ces 8 années d aventures, et bravo à vous la maman patiente qui a joué le jeu. Article très intéressant, j ai récupéré des trucs au passage pour mes petites filles, dans une ecole classique, mais à la campagne, et ça c est encore different de la ville. Bref, merci pour votre article et merci de nous faire voyager !

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    • 11 mars 2024 à 18 h 26 min
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      Merci Gaelle ! Je suis ravie que l’article vous ait intéressé !

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  • 13 mars 2024 à 18 h 27 min
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    Mais comment ça, tu ne vis pas à La Réunion et tu ne comptes pas y aller ? Mais on adorerait vous y rencontrer nous ici sur notre belle île !!
    Merci pour cet article si inspirant ! L’ensemble des points abordés m’a vraiment beaucoup intéressé, la réflexion menée est passionnante (si si !!).
    Je continue à suivre assidûment vos « aventures »
    Bise depuis La Réunion !

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  • 17 mars 2024 à 10 h 13 min
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    Ouaw ! L’analogie avec les pièces du moteur de voiture… J’ai adoré, et c’est tellement vrai. Super article ! Bisous

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    • 23 mars 2024 à 18 h 08 min
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      Merci amigo ! Je vous embrasse aussi et espère que tout va bien pour vous !

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  • 22 mars 2024 à 15 h 07 min
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    Hello Valérie
    Juste incroyable ton article !
    Nous avons successivement fait l IEF en voyage puis repris une scolarité normale, deux fois de suite. Aujourd’hui Gabriel, qui a le même âge que Carlito (que nous avions croisé à un rassemblement en France avec Jérôme), se retrouve confronter à ces choix d’orientation à la française. Mais le voyage nous tient toujours à coeur et nous nous sommes rapprochés de Clonlara le mois dernier sur les conseils d’une amie voyageuse. Gabriel va donc rejoindre l’année scolaire Clonlara pour son année de 2d en voyage. En lisant ton article, j’allais t’écrire « regarde l’école Clonlara ». C’est chose faite. Au plaisir d’échanger avec toi ❤️

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    • 23 mars 2024 à 18 h 06 min
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      Merci beaucoup pour ce retour ! Bien sûr, comme dit sur FB, on reste en contact !

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  • 23 mars 2024 à 12 h 49 min
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    Merci Valérie ,
    J’ai adoré ton analyse , il est vrai que je ne suis qu’à ma première année d’ief ( ce2 et cm1) mais je vois déjà le paradoxe entre d’un système français que je suis rigide et ce que je souhaite transmette à mes filles . Ton analyse du système scolaire français rejoint celle de jean Claude Brighelli dans la fabrique du cretin .
    Merci pour cette analyse journalistique qui est une mine d’infos pour l’apprentie parent iefeur que je suis.

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