Vivre à Rabat : on chante ou on déchante ?

Rabat

 

Trois mois après la fin de notre road-tip d’un an et demi en Amérique du nord, il est temps pour nous de faire un petit bilan d’étape sur tout ce que nous avons vécu depuis notre installation au Maroc.

 

Je peux le dire maintenant, arrêter le voyage au long cours pour nous (re)sédentariser n’était pas mon idée mais celle de Jérôme et Carlito. Je n’avais pas forcément envie d’arrêter nos pérégrinations. Quant au Maroc, j’avais quelques a priori tenaces sur le pays qui m’empêchaient d’être totalement enthousiaste quant au projet. Une  question se posait particulièrement : serait-il facile de passer d’une culture latino- catholico-olé-olé, à une culture musulmane forcément plus stricte et moins amusante ?

 

Je pense que les réponses à ces interrogations seraient très différentes si nous avions décidé de vivre dans un village de l’Atlas, dans le désert, à Fes ou à Marrakech plutôt qu’à Rabat. Dans un article précédent (voir ici), je m’étais montrée enthousiaste quant à cette ville : nos premières impressions ont-elles été confirmées?

 

Je vous explique tout et vous emmène faire un tour dans Rabat. Comme d’hab’, prévoyez quand même un petit moment devant vous hihi

 

Fraîchement arrivés…

 

 

Nous voici donc fraîchement débarqués du continent américain dans une ville que nous ne connaissons pas. Pourtant, elle nous séduit immédiatement.

 

Est-ce l’atmosphère 1930 qui règne dans la « ville nouvelle », quartier dans lequel nous résidons  ?

 

 

 

 

 

Sa blancheur immaculée, ses larges avenues plantées de palmiers, ses immeubles art-déco harmonieux, ses promenades ombragées sous les arcades nous enchantent.

 

 

 

 

Nous sommes dans la partie de Rabat construite sous le protectorat français à partir de 1912/1913, sous l’égide de Lyautey et désormais classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est un vaste quartier imaginé de toutes pièces par des urbanistes innovants du 20 siècle qui n’ont pas voulu détruire les constructions préexistantes de la Kasbah et de la médina en les écrasant par des constructions françaises, mais, au contraire, les honorer en bâtissant à leurs alentours des quartiers pour les européens.

 

 

Il y a très longtemps …

 

Depuis la gare, je remonte l’avenue Abou Inane ombragée par des ficus centenaires et pénètre dans le superbe Institut Français. Pour la première fois depuis 8 ans, j’ai accès à une médiathèque avec des livres et des revues en français. Je suis folle de joie car ce n’est pas la nourriture (bon, un peu les olives quand même 🤣) mais les livres qui m’ont le plus manqué depuis que nous avons quitté la France. Fausse joie néanmoins, ils ont arrêté leur abonnement à « Elle » hihi. Je me contenterai des revues plus intellos.

 

 

 

 

Quand je ressors de là, le dos de la cathédrale Saint-Pierre me surprend par son style art-déco qui contraste totalement avec sa façade en art brut. L’intérieur est magnifique.

 

 

 

 

La place Al Joulane « où se croise les lignes de trams » est bordée de charmants immeubles d’un autre temps…

 

 

 

Quant à la place Piétri et au marché aux fleurs, ils ont fait l’objet d’une restauration un peu étrange, mais protectrice du soleil…

 

 

 

Il fait si bon à Rabat en cette fin d’été que tout incite à s’arrêter sur l’une des terrasses des très nombreux cafés ou pâtisseries présents en ville. L’un de nous 3 est tombé amoureux d’une boisson un peu particulière : le jus « orange-avocat-fruits secs ». C’est un peu compact et pas très désaltérant, mais c’est délicieux (et nourrissant, après ça, tu peux partir jouer au tennis toute la journée hihi).

 

 

Flâner dans les parcs de la ville est également une option sérieuse car la « ville moderne » a d’abord été pensée en fonction des futurs nombreux parcs urbains qu’elle contiendrait, le reste des aménagements et des constructions ayant été fait autour de ces espaces verts. Ce qui fait qu’aujourd’hui encore, Rabat est l’une des villes au monde à en posséder le plus au mètre carré par habitant. L’un d’eux est d’ailleurs classé à l’UNESCO : le Jardin des essais botaniques.

 

 

 

 

 

Scindé en 2 parties, il offre plusieurs ambiances incroyables, dont un jardin andalou.

 

 

 

Il fait bon s’y promener.

Puis revenir « en ville » en passant par les portes de l’une des 3 rangées de remparts que compte Rabat,

 

 

 

… devant le Palais Royal,

 

 

 

 

… le nouveau musée d’art moderne :

 

 

L’endroit où la Colombie et le Maroc se rejoignent via Botero

 

 

Je m’étonne que dans un pays souffrant d’un déficit d’eau important les pelouses et les arbres soient aussi luxuriants, mais j’apprends qu’ils sont arrosés par un ingénieux système récupérant les eaux usées.

 

 

La tombée de la nuit offre encore d’autres perspectives …

 

 

 

 

Un peu alanguis par cette atmosphère surannée, nous mettons quelques jours avant de reprendre un goût minimal pour le quotidien et sa nécessaire organisation !

 

 

Retour à des réalités plus prosaïques

 

Comme nous ne sommes pas en vacances, ni en voyage, plusieurs décisions doivent quand même être prises rapidement !

 

La première concerne le logement : reste-t-on dans notre appartement loué ou en cherche-t-on un autre ? Même s’il n’est pas très luxueux, nous choisissons d’y demeurer car son emplacement est vraiment stratégique, à 2 pas de tout.

 

La seconde concerne Carlito : retour au collège ou instruction en famille pour la 8ème année consécutive ? Deux raisons nous font pour l’instant écarter l’idée d’un lycée français : c’est cher et les parents contactés ne sont pas forcément convaincus par l’organisation et le niveau. Le rapport qualité/prix n’étant pas nécessairement au rendez-vous, beaucoup ont recours à des cours particuliers en plus … Dans ce cas, autant zapper l’étape « cours de masses » pour aller directement aux cours particuliers : avec l’IEF on gagne du temps, de l’argent et on sait ce qu’il apprend ! Petite spécificité : cette année, on prend un cours par correspondance pour avoir des notes, les Cours Pi pour ne pas les citer. L’intéressé semble satisfait. Et n’allez pas penser qu’il passe sa vie tout seul : il a déjà eu l’occasion de se faire plusieurs copains. Quant à moi, mon activité professionnelle marocaine est toute trouvée : je donnerai des cours particuliers à d’autres enfants qu’à mon fils. Autant valoriser mon expérience !

 

 

 

La troisième concerne notre vie quotidienne. Quand on arrive dans un pays sans y connaître personne, il y a tout à refaire depuis zéro. En vrac : comprendre le cadre légal, fiscal et culturel dans lequel on évolue, organiser son déménagement, ouvrir un compte bancaire, internet, l’eau, l’électricité, savoir comment (re)passer son permis de conduire, acheter une voiture, prendre des assurances, trouver un médecin, etc, etc … Alors que nous avions dû tout apprendre par nous-mêmes en Colombie, tisser patiemment des liens amicaux avec les habitants, nous confronter à des énigmes culturelles chaque jour de nos vies, là, coup de bol monstrueux, l’Association Rabat Accueil à laquelle nous avons adhéré nous a offert une installation facile !  Non seulement nous avons déjà pu tisser un réseau social important en seulement 2 mois, mais plusieurs conférences nous ont éclairés sur des domaines essentiels de la vie au Maroc, nous faisant gagner un temps précieux en tâtonnements. Et comme, nous n’allions pas rester les bras croisés à ne rien faire, nous avons pris des activités de bénévolat en son sein, ce qui nous occupe déjà pas mal. Jérôme, quant à lui, aurait une piste intéressante de job, mais j’en reparlerai en temps voulu si elle se concrétise.

 

 

La quatrième concerne enfin nos moyens de déplacements : voiture ou pas voiture ?

A ce propos, nous n’aurions jamais pensé pouvoir nous passer d’un véhicule au quotidien !  D’abord car nous avons toujours vécu en périphéries urbaines ou en campagne, nous contraignant à toujours avoir recours à ce mode de transport. Ensuite car c’est notre moyen de voyager. Vivre en plein centre-ville est donc un très très gros changement pour nous ! Et, contre toute attente, nous l’apprécions énormément ! Pas besoin de savoir où garer la bagnole, d’affronter les embouteillages, de payer assurance et diesel (il est cher ici aussi, environ 1,50 euro le litre) : on marche à pied (beaucoup) et on prend le taxi (un peu, même s’il est très très bon marché).  Et si on décide de sortir de la ville, nous sommes à 2 pas de la gare (l’aller-retour Rabat/ Marrakech nous a coûté une trentaine d’euros par personne en septembre – voir ici) et à 3 pas des loueurs de voiture (pour environ 35 euros par jour, tu loues une Citroën C3).

 

 

Décider, c’est sortir de la peur et avancer sereinement

 

Toutes ces décisions prises et notre quotidien étant plus ou moins organisé, nous avons pu poursuivre l’exploration de notre nouvelle ville, dont le charme est puissant. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les touristes n’ont d’yeux que pour Marrakech ?

 

Nous sommes tout d’abord allés inscrire Carlito et Jérôme à un club de tennis ultra désuet, mais fort sympathique. Tout en terre battue, il a une centaine d’années et son cours central laisse deviner que beaucoup de parties ont dû s’y jouer avec des raquettes en bois et des pantalons blancs (euh blancs en haut et rouges en bas hihi).

 

 

 

 

Puis, au fil des jours et des semaines, nous avons marché le nez au vent au bord de l’Oued Abou Regreg, en face de la ville de Salé (la jumelle plus ancienne de Rabat).

 

 

 

 

 

On rejoint cette dernière en petites barques. Observée de la rive d’en face, Rabat n’en paraît que plus belle.

 

 

Rabat vue depuis Salé
Les 2 villes ont leur bord de mer bordé de cimetières qui les mettaient à l’abri des attaques au canon

 

 

 

Surtout au coucher du soleil.

 

 

 

 

Ou par temps brumeux quand la tour Hassan du XIIème siècle semble  s’évaporer.

 

 

Tour Hassan vue depuis la marina de Salé

 

 

 

 

Vue de prêt c’est un superbe ensemble comprenant ce vieux minaret et le mausolée des rois Mohammed V et Hassan II.

 

 

 

 

Puis, nous avons encore parcouru les rues de la médina, mais cette fois loin de sa zone touristique, chaque ruelle débouchant sur une vue superbe sur la baie de Salé et la Kasbah des Ouadayas.

 

 

 

Pour se rendre à cette dernière, on peut emprunter le boulevard El Alou ou, au contraire, la promenade le long de l’Oued.

 

 

 

 

Il n’a pas changé tant que ça depuis le temps … Un peu détruit, peut-être ?!

 

 

 

 

 

La Kasbah des Oudayas, construite au 12ème siècle, est la partie la plus ancienne de la ville, hors sites phéniciens et romains. On y chemine avec plaisir, entre maisons blanches décorées de bougainvillées et terrasses offrant une vue imprenable sur l’océan.

 

 

 

Et son jardin des andalous 💖

 

 

 

Au coucher du soleil, tout devient romantique ….

 

 

 

 

 

 

Oui, il fait bon vivre à Rabat qui est une bulle d’harmonie pas forcément très représentative du reste du pays…

 

 

 

La vie en rose, vraiment ?

 

Voilà pour ce grand tour d’horizon de la ville et de notre installation.

 

Vous l’avez compris, nous sommes pour l’instant comme des poissons dans l’eau ici ! A Rabat, la barrière culturelle ne se sent que très peu car l’héritage français est très présent. Celle de la langue est atténuée par le fait que beaucoup de gens parlent un minimum de français (même si nous pensions les marocains beaucoup plus francophones). La religion ? Certes, elle est présente, mais pas obsédante, ni malveillante à l’égard des non-musulmans. La désinvolture dans le quotidien ? C’est la même que chez les latinos… Parfois, on se fait même la réflexion que si les marocains ne parlaient pas la Darija et ne pratiquaient pas la religion musulmane, on ne verrait presque pas de différences entre eux et les mexicains (à l’exception bien heureuse des cartels)… 

 

 

Mais, en sera-t-il toujours de même ? Je n’ai pas de boule de cristal pour lire l’avenir, mais notre désormais grande expérience de la vie à l’étranger et du voyage au long cours me permettent de savoir qu’aux premiers moments d’euphorie succèdent toujours des moments plus difficiles, quand le principe de réalité devient plus fort que le rêve. Nous le savons tous très bien.

 

 

Nous savons que l’hiver humide viendra mettre un terme à la douceur de fin d’été. D’ailleurs, nous venons d’essuyer une tempête mémorable le 22 octobre, provoquant carambolages sur les autoroutes et autres dégâts.

 

 

 

 

 

Nous savons que des petites choses anodines viendront nous exaspérer : le comportement agressif et dangereux des automobilistes avec les piétons, les gens qui fument partout même dans les restos, les voisins bruyants … Et la liste s’allongera encore hihi

 

 

 

Avis de tempête

 

 

 

Nous savons aussi que nous pâtirons à un moment ou à un autre du contexte politique franco-marocain très dégradé. En effet, si les gens du quotidien demeurent sympas et accueillants à notre égard, le gouvernement, les administrations et une bonne partie de la presse marocaine ont décidé d’en finir avec le « patriarcat » français une fois pour toute. Il serait même question que la langue française ne soit plus du tout enseignée dans les écoles publiques, au bénéfice de l’anglais. Chaque anicroche petite ou grosse, entre les deux pays devient donc rapidement une scène d’hystérie, chargée d’émotions contradictoires, comme deux conjoints se déchirant avant le divorce final. En deux mois, nous avons d’abord eu droit aux débats sans fin sur la non-acceptation de l’aide française pour le tremblement de terre (voir ici). A cette occasion, certains internautes, bien cachés derrière leurs ordis, ont même demandé de façon insistante à ce que les français soient soumis à l’obtention d’un visa pour venir voyager au Maroc, en application du principe de réciprocité. Puis, à l’heure où j’écris, ce sont les punaises de lit et la crasse présumée des français qui déclenchent les passions. Il est d’ailleurs intéressant, voire amusant, de pouvoir comparer les approches française et marocaine sur un même sujet, la mauvaise foi étant globalement bien partagée, sous couvert d’objectivité, bien sûr. 

 

 

Nous savons aussi  que nous nous arracherons les cheveux quand nous aurons affaire aux « officiels du pays » : le jour où notre renouvellement de visa touristique sera refusé pour X ou Y raison ; celui où nous lancerons la procédure pour demander une carte de résident ; celui où nous devrons régler une amende routière écrite tout en arabe et que nous ne comprendrons pas … Les occasions ne manqueront pas, n’en doutons pas hihi

 

 

Et puis, il y a le contexte actuel du Moyen-Orient qui aura forcément des conséquences ici comme ailleurs …

 

 

… Et notre envie de voyager … A ce sujet, j’ai encore beaucoup de choses à vous raconter car il y a aussi du nouveau qui se profile…

 

Quoi qu’il en soit, ces 2 mois déjà écoulés resteront positivement mémorables !

Une pensée sur “Vivre à Rabat : on chante ou on déchante ?

  • 28 octobre 2023 à 19 h 56 min
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    Ouais ouais ouais… alors je pense que le cocktail bien epais est adoré par Jérôme… c’est ça ? ton récit donne envie… c’est vrai que cela a l’air d’etre magique Rabat… mais… profitez mais ne vous mettez pas en danger . Des bisous à vous 3 de nous 2

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