En direction du nord du Maroc : 4 jours, 4 ambiances

Tanger, Ceuta, Cap Spartel, Assilah

 

Après plusieurs semaines sans quitter Rabat – absence de véhicule obligeant – nous décidons finalement de louer une bagnole pour aller explorer le pays un peu plus au nord.  Notre envie ? Passer quatre jours non loin de la capitale mais dans des endroits que nous connaissons peu.

Ambiance espagnole à Sebta/Ceuta

 

Première destination : la petite enclave espagnole de Ceuta. Nous la rejoignons assez facilement en quelques heures. Notre idée ? Aller y flâner pour une journée et surtout, notre visa touristique expirant prochainement, aller y faire « le tour du poteau » : sortir du pays, faire tamponner nos passeports et revenir au Maroc avec 3 mois de validité supplémentaire.  

 

 

 

 

 

Nous connaissions la Sebta/Ceuta de l’avant, avant Covid. En un mot, la Ceuta des années 2000. Nous en gardions un souvenir très animé, voire très encombré. C’était au temps où les marchandises détaxées pouvaient s’y acheter et être ramenées au  Maroc assez facilement, au temps où les douaniers fermaient  les yeux sur les trafics qui faisaient vivre les frontaliers des deux pays en cause. Depuis avril 2022, toutes les règles se sont drastiquement durcies et les activités relevant de la contrebande ont été strictement interdites. Conséquence : de chaque côté de la frontière, ça tire un peu la gueule : les commerçants marocains qui s’approvisionnaient à Ceuta en produits européens à bas prix pour les revendre dans leur propre pays ont perdu un juteux négoce, tandis que ceux de l’enclave sont presque ruinés (Ceuta – 31 km2 de superficie – écoulait pour 750 millions d’euros annuels de marchandises chez son voisin).

 

 

Les femmes-mulets des années avant covid
photo https://orientxxi.info/magazine/le-maroc-a-l-assaut-de-ceuta-et-mellila,3236

 

 

Quand nous arrivons à Bab Sebta / El Tarajal (Maroc), en ce samedi matin, nous choisissons d’y garer notre véhicule, de marcher un petit kilomètre le long de la mer et de rejoindre le poste frontière à pied. Nous n’avons pas spécialement envie de traverser à Ceuta avec la voiture de location, incertains du temps d’attente et des complications que cela génèrera. C’est d’ailleurs une très bonne idée puisque la balade est pittoresque à souhait, offrant des vues sublimes sur la ville et la Méditerranée.

 

 

 

 

Notre surprise en arrivant à la frontière est le calme relatif qui y règne. Aucune file de véhicules encombrant l’accès n’est à relever. Nous espérons qu’il en sera de même pour les piétons et c’est le cas : il est midi en ce 14 octobre et quelques personnes seulement nous devancent pour faire tamponner leur passeport. En un quart d’heure, nous foulons du pied le sol espagnol ! Il reste une petite difficulté : nous rendre dans le centre-ville. Nous optons pour un taxi, plus cher qu’au Maroc, mais le bus qui dessert la frontière vient de passer et il faudrait attendre 30 minutes de plus pour prendre le suivant. Or, nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous.

 

Nous passons devant les magnifiques murailles royales qui font la réputation de Ceuta et arrivons sur la place de la Constitution. C’est charmant. Sa rue piétonne commerçante n’est pas très animée en ce jour férié espagnol, mais nous apprécions ses immeubles harmonieux, dont la Casa de los Dragones.

 

 

 

 

Le nez au vent, nous profitons des points de vue que la ville offre sur la Méditerranée, nous amusant d’apercevoir le rocher de Gibraltar tant le temps est clair.

 

 

Au fond, derrière les bateaux, il y a le rocher : tu ne le vois pas ?! C’est un problème de vue alors hihi

 

 

Ne résistant pas, nous entrons dans les boutiques ouvertes et ressortons de l’une d’elles avec quelques vêtements d’une certaine marque espagnole, à prix intéressants. Je reste volontairement raisonnable, car il me semble alors avoir lu que les règles douanières mises en place depuis 2022 concernent même les touristes, les deux pays se montrant désormais très tatillons sur tout ce qui entre et sort des deux côtés.

 

 

 

 

 

 

Entre temps, nous prolongeons notre balade, pénétrant un peu par hasard dans le Parque Maritimo del Mediterraneo. C’est un magnifique parc aquatique qui doit faire le bonheur de ses visiteurs à la belle saison, mais qui n’est plus en eau et en service en octobre. Qu’importe, il se transforme alors en un parc fleuri en bord de mer ouvert aux promeneurs. Faute de voiture, nous remettons à une autre occasion l’ascension du Monte Hacho, la petite montagne qui domine Ceuta.

 

 

Petit avantage du jour : pas de surtourisme en ces lieux hihi

 

 

Le temps passant, et notre logement du soir étant à Tanger, nous reprenons le chemin du Maroc, regagnant la frontière grâce au bus de ville qui y fait un arrêt. Vers 18 heures, l’attente pour les piétons est plus longue que le matin même et il nous faudra une petite heure de patience pour en venir à bout. Qui « encombre » le passage frontalier ? De nombreux riverains, c’est évident. Toutefois, les « femmes-porteuses » (tristement aussi appelées « femmes-mulets ») qui, jadis, transportaient sur leur dos des charges énormes de marchandises achetées dans l’enclave espagnole pour le compte de gros commerçants marocains ont, elles, tout simplement disparu du paysage local… C’est une des conséquences visibles du terme mis ici à la contrebande.

 

Quant à nous … Je flippe un peu que les douaniers marocains nous refoulent, n’étant pas très sure que « le tour du poteau » puisse toujours s’effectuer à Ceuta. En plus, la consule s’était montrée assez septique sur ce genre de pratique migratoire lorsque nous l’avions rencontrée quelques semaines auparavant à Rabat. Mais bon, tant que nous ne sommes pas résidents, nous n’avons pas vraiment d’autres choix… Nous sommes dans la file d’attente quand, soudain, je jette un oeil sur le contenu de mon passeport, bien garni de tampons de tous les pays visités depuis 2015. Et là, malheur, je tombe sur le dernier apposé : il est formel : le visa expirait non pas le 17 octobre, mais le 9. Or, nous sommes le 14 !!! Je me décompose car je sais que le Maroc se montre désormais très très tatillon avec les ressortissants français, les « bonnes » relations diplomatiques de nos 2 pays contribuant à cela. Bien sûr, j’imagine le pire et surtout qu’on ne nous laissera pas rentrer, nos affaires étant à Rabat et notre voiture de location à quelques encablures de nous, mais en terre marocaine. Mais comment avons-nous fait pour nous mélanger les pinceaux ainsi ?! Je déteste passer les douanes et les services migratoires, il y a toujours des embrouilles même quand tu es en règle ! Alors quand tu ne l’es pas !!! Arrive notre tour : nous tendons nos passeports à la préposée avec nos plus belles têtes de coupables penauds et, surprise, celle-ci les tamponne et nous souhaite gentiment la bienvenue au Maroc ! Est-ce bien possible ? Je lève timidement un oeil sur elle, mais déjà nous devons circuler. Quel est donc ce mystère ?! Réouvrant nos passeports et LES REGARDANT AVEC DES LUNETTES, nous comprenons enfin : le visa qui expirait le 9 octobre 2023 n’était pas celui du Maroc – camouflé quelque part – mais celui des USA accordé dans le Maine pour 90 jours en juillet (encore une autre histoire foireuse de passage de frontières). Nous étions parfaitement dans les clous ici :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: . Quelle andouille je fais, j’ai failli m’évanouir de peur pour rien hihi

 

 

 

 

 

Cela étant dit, il me reste à déclarer le petit sac de fringues achetées à Ceuta. Je joue alors la carte de la bonne foi et  demande franchement à la douanière installée après les services migratoires si en tant que touriste j’ai le droit de rentrer au Maroc avec des achats faits à Ceuta.  Elle me répond que non, choisissant néanmoins d’ignorer le petit sac de vêtements qui pend au bout de mon bras.  J’imagine que le montant ridicule que représentent deux tee-shirts  ne valait pas la peine, pour elle, de se lancer dans une procédure …  Toujours est-il que l’idée de passer  acheter des produits détaxés à Ceuta pour les rapporter au Maroc n’est désormais plus un bon plan, surtout si l’on tombe sur un douanier appliquant la « tolérance zéro ». On peut toujours acheter en Espagne, shipper vers Ceuta et passer ici la frontière, mais il faut pouvoir justifier de factures établies sur le territoire espagnol. Si elles indiquent « Ceuta« , les produits peuvent être confisqués par les douaniers marocains. Certains disent qu’il y aurait une tolérance jusqu’à 200 euros de produits, mais … 

 

 

Ambiance tangéroise

 

 

Nous regagnons Tanger par le bord de côte. En cette fin d’après-midi un brouillard épais enveloppe les cols des montagnes qui nous séparent du port commercial de Tanger-Méditerranée, contrastant avec le ciel azur que nous venons de quitter à Sebta/Ceuta. Quand nous en émergeons, le paysage resplendit sous les derniers rayons dorés du soleil.

 

 

 

 

Nous dormons dans un appartement de location donnant sur la superbe corniche. C’est très beau, mais très bruyant : toute la nuit les voitures foncent et klaxonnent, empêchant tous les riverains de dormir. Interloqués, nous demandons à notre réveil à notre loueur s’il y avait un évènement particulier qui était célébré cette nuit-là au Maroc, mais il nous apprend que c’était juste une nuit normale de samedi à dimanche, les bars et les discothèques se trouvant entre la plage et la première rangée d’immeubles sur la corniche. Tanger-Guatapé, même combat ?!

 

Au matin, nous partons vagabonder dans les rues de sa vieille ville. Cascadant du sommet d’une butte jusqu’à la mer, ses maisons blanches, vues de loin, paraissent comme autant de petits morceaux de sucre accrochés à ses flancs.

 

 

Pas mal Tanger !

 

 

Abandonnant notre voiture dans un stationnement facile, nous demandons à un taxi de nous conduire sur la place du Grand Socco. Le souk a désormais déserté cet endroit, mais la place reste intéressante par la mosquée qui la borde, la cinémathèque de Tanger et son pittoresque tribunal de commerce dont la cour est ouverte au public.

 

 

 

 

Passant la porte qui s’enfonce en direction de la médina, nous déambulons un temps dans la belle et large rue d’Italie bordée d’immeubles de style européen du début du 20ème siècle, avant de nous diriger dans les ruelles plus anciennes.

 

 

 

 

Contrairement à celle de Marrakech ou de Fes, la médina de Tanger dans ce secteur, n’est pas très touristique. Il y a bien quelques marchands de souvenirs « qui régalent les yeux », mais ce sont surtout des échoppes du quotidien, des marchands de fruits et légumes, des épiceries, des drogueries, des coiffeurs qui occupent ici les rez-de-chaussée des maisons. Les ruelles n’en sont pas moins pittoresques, les habitants y vacant à leurs occupations sans se polariser sur les touristes qu’ils saluent néanmoins très gentiment, comme partout au Maroc. Nous nous perdons plusieurs fois, tombons sur des galeries d’art bien cachées, continuons à serpenter avant d’arriver dans la partie plus visitée de la Kasbah.

 

 

Plaisir des yeux

 

 

Bien repeinte, mise en valeur, elle est sans aucun doute le fleuron touristique de la ville. On y flâne avec grand plaisir, comme beaucoup d’autres en cette fin de journée.

 

 

 

 

 

Soudain, au détour d’une porte dans les remparts, un balcon offre une vue splendide sur la Méditerranée. Un snack a installé des chaises en plastique le long du muret garde-corps et nous dégustons un thé à la menthe en contemplant un décor de rêve.

 

 

 

 

Puis, nous redescendons dans la partie basse de la médina : quelques rues sont consacrées « aux touristes » : c’est ici que les souvenirs et l’artisanat s’achètent !

 

 

 

 

Mais nous, ce qui nous intéresse, ce sont les fortifications qui s’observent depuis le bord de côte. Datant de plusieurs époques, elles donnent un côté un peu militaire à la ville blanche, la protégeant contre les attaques qui venaient jadis de la mer.

 

 

 

 

 

Le temps passant, nous quittons à regret Tanger la belle, pour revenir en direction de Rabat en longeant la côte Atlantique.

 

 

Ambiance Atlantique

 

 

Le lendemain, nous sortons de Tanger-ville pour gagner le Cap Spartel. Ce promontoire est connu pour marquer l’entrée sud du Détroit de Gibraltar, le Cap Trafalgar en Espagne représentant son entrée nord, 44 kms en face de lui.

 

Premier constat : il n’est pas très facile d’y stationner, les visiteurs du dimanche y affluant pour admirer la vue. Deuxième constat : l’entrée est payante et plus chère pour les étrangers que pour les Marocains. Elle permet de visiter le phare du Cap Spartel, son musée et les jardins adjacents.

 

La vue y est très belle et dégagée.

 

 

 

 

Nous nous promenons longuement sur la plage en contrebas, observant les rochers creusés par les vagues…

 

 

 

 

Puis, nous prenons la direction de la Grotte d’Hercule. Google et Trip Advisor sont formels : il s’agit d’une attraction naturelle incontournable dans le nord du Maroc ! Arrivés sur place, nous nous acquittons tout d’abord d’un droit de stationnement, avant de nous rendre à pied à l’endroit considéré. En ce dimanche après-midi, il y a une file assez importante qui patiente pour entrer et nous pensons que cette grotte doit vraiment en valoir la peine pour susciter un tel engouement. Nous déchantons au moment de payer : c’est 60 Dhs par personne de plus de 13 ans, soit pour nous, à trois, 180 Dhs. Nous trouvons ça cher pour le Maroc (environ 16 euros) et demandons au caissier si la visite vaut vraiment ce prix. Le gars, un peu penaud, n’a pas l’air très convaincu. Tant pis ! Nous payons et entrons. Que dire ? La grotte creusée par les flots marins est petite et se visite en cinq grosses minutes, temps d’attente pour « la » photo avec les vagues inclus. C’est intéressant, mais sans plus. Nous en ressortons déçus car c’est beaucoup trop cher pour ce que c’est. Voici une photo de l’endroit « à voir », cela vous évitera de faire un détour pour rien.

 

 

Tout ce monde, ça doit être épatant !

Voilà … C’est un trou !

 

 

Ambiance fortifiée à Assilah

 

 

Notre retour vers Rabat se fait par la petite ville de Assilah. Fondée par les Portugais à la fin du 15ème siècle, sa petite médina est protégée par de beaux et imposants remparts.

 

Nous y parvenons au coucher du soleil, quand la lumière orangée met en valeur la beauté du site.

 

 

 

 

 

Les pêcheurs proposent des poissons tout juste sortis de l’eau, tandis que les habitants flânent à proximité, eux aussi fascinés par le spectacle naturel qui s’offre à tous.

 

 

 

 

Pénétrant dans l’enceinte des murailles, nous avons vite fait de tomber sur son donjon portugais.

 

 

 

 

Le lendemain, nous revenons approfondir notre visite. Toutefois, ses ruelles blanches et bleues, ses nombreux chats se faufilant entre nos jambes, ses quelques boutiques d’artisanat, nous rappellent rapidement que nous sommes bel et bien au Maroc.

 

 

 

 

 

J’apprécie particulièrement une boutique qui déploie ses tapis berbères au soleil.

 

 

 

 

Un peu partout des fresques d’artiste locaux colorent et égayent les murs blancs des maisons.

 

 

 

 

 

Cerise sur le gâteau : à cette époque de l’année le dédale de ruelles est seulement encombré par leurs habitants, très peu de touristes s’y promenant. Et cela n’est pas pour nous déplaire, même si, bien entendu, nous faisons partie du deuxième groupe ! Les vues sur les remparts et l’océan sont donc facilement accessibles et sans bousculades, tout comme les passages étroits qui font aussi le charme de cette petite médina très mignonne.

 

 

 

 

 

 

Quelques heures seront suffisantes pour nous imprégner de cette ambiance hors du temps, loin des tumultes de Tanger… A n’en pas douter, Assilah, que certains renomment – sûrement un peu vite – la « petite Essaouira du nord » – mérite un détour !

 

 

 

Une pensée sur “En direction du nord du Maroc : 4 jours, 4 ambiances

  • 10 décembre 2023 à 10 h 37 min
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    Il fut un temps heureux où les (quelques) camping cars pouvaient bivouaquer sur la place devant le port
    Devenu une invasion après 2010, ceci est maintenant interdit. Ainsi va la vie…

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