Souvenez-vous, c’était il y a 3 ans déjà ! A quelques semaines près nous bouclions 18 mois de voyage en Amérique du Nord. Nous cherchions alors un nouvel endroit où (re)poser nos valises !
Le Québec, malgré ses qualités, ne nous avait pas convaincus d’y poser nos valises sur le long terme. Le Maroc, lui, nous était déjà familier par quelques voyages qui nous avaient donné l’impression qu’il y avait peut-être là-bas une autre possibilité de vie. Alors nous avons tenté. Un vol New York-Casablanca, un gros sac comme tout bagage, aucune adresse définitive, personne pour nous attendre et cette question très simple : où est-ce qu’on va vivre maintenant ? Notre projet était loin d’être ficelé, mais nous avions de l’optimisme à revendre !
Rabat, la douceur de vivre au quotidien
Comme vous le savez, notre choix s’est assez vite arrêté sur Rabat : je me souviendrai longtemps de cette première sortie de la gare, de l’avenue Mohammed V bordée de palmiers, de la poste art déco plus bas, de cette impression étrange d’être au bon endroit sans trop savoir pourquoi. Après toutes ces années passées dans l’effervescence sud-américaine, nous cherchions un endroit plus calme. Plusieurs amis Marocains nous avaient dit « va à Casa ou à Marrakech, tu te marreras plus là-bas ! », mais je crois qu’on avait assez profité de la fête des autres pour supporter un peu d’austérité hihi. Rabat, ville administrative, plus tranquille, nous paraissait correspondre davantage à nos besoins familiaux.

Notre premier trimestre surplace a été euphorique. Mais vivre quelque part ce n’est jamais la même chose que d’apprécier un endroit de passage. Qu’en est-il trois ans plus tard ?
Je dirai que tout ce qui nous avait séduit au premier abord demeure. Rabat est une ville lumineuse, francophone, cultivée, avec des librairies, des théâtres, des festivals, des cafés à chaque coin de rue, un climat tempéré toute l’année, l’Atlantique et un fleuve … Notre inscription dès septembre 2023 à l’association Rabat Accueil nous a ouvert un monde de possibles, tant en choix d’activités, qu’en opportunités de rencontrer des francophones de tous horizons. Cette association a été le « game changer » (pour parler comme les tiktokeurs ^^) de notre installation et demeure importante dans notre quotidien (je fais partie du bureau depuis 2 ans, c’est dire si je l’aime !). Grâce à elle, on a pu tisser un réseau de connaissances et d’amitiés à une vitesse incroyable !
Pour en revenir à la ville en tant que telle, je trouve que la qualité de vie y est excellente : dans le quartier Hassan où nous habitons il y a des boutiques partout pour les courses alimentaires, des restos, des taxis toutes les minutes, les 2 lignes du tram à proximité … Le théâtre et les cinés sont à côté, la médina à 5 minutes à pied, l’océan à un quart d’heure. On vit dans un décor magnifique, mais un peu en retrait des axes touristiques. Que demander de plus ?
J’apprécie également la propreté du centre-ville, ses parcs centenaires, ses vieilles demeures du Protectorat parfois en ruine, recouvertes de bougainvillées, ses ruelles … Je trouve plaisir à y flâner, en dépit de la circulation dense et de la pollution qui ne semble gêner que moi. J’affectionne aussi cette forme de tranquillité que je ressens ici : je me sens libre de circuler, de sortir, de marcher, de vivre ma vie sans être constamment dérangée comme ça pourrait être le cas à Marrakech ou dans d’autres endroits plus touristiques. Pour une femme, c’est précieux, mais pour une famille aussi. Rabat nous a offert une base stable, sûre et agréable, depuis laquelle nous pouvons à la fois construire un quotidien quand nous y sommes et continuer à voyager dans le pays. Pour un ado, c’est une ville géniale qui permet de lui laisser plus de liberté qu’en France ou en Amérique latine, car elle est très bien sécurisée. C’est une des raisons, d’ailleurs, pour laquelle nous ne nous étions pas installés au Mexique où les risques d’enlèvements sont élevés. Et, contrairement à la France aussi, je ne m’inquiète pas de laisser Carlito se rendre avec des amis à un festival attirant une foule dense, comme le Mawazine au mois de juin, car je sais que la police veille et que ce sont les délinquants et non les victimes qui seront inquiétés.
Ce qui me plaît enfin à Rabat, c’est son côté capitale à taille humaine. Elle a les avantages d’une capitale (les administrations, les ambassades, les instituts culturels, les événements) sans avoir l’agressivité ou la démesure de certaines grandes métropoles, notamment de Casablanca. On peut y mener une vie assez simple, presque de quartier, tout en ayant accès à beaucoup de choses. C’est peut-être ce qui nous a le plus convenu.

On peut donc conclure que vivre à Rabat est un plaisir !
Rabat et ses inconvénients, malgré tout
Comme plusieurs lecteurs m’ont demandé de leur faire un bilan honnête sur ces 3 années écoulées au Maroc, je vais tout de même nuancer le rêve que je viens de vous vendre.
Parlons argent, tout d’abord.
Le discours dominant sur les réseaux sociaux consiste à mettre en avant le coût de la vie intéressant au Maroc. On te dit qu’avec l’équivalent de 1000 euros par mois tu vis bien. Sûrement, si tu es dans un petit bled au fin fond de l’Atlas, mais en ville c’est à nuancer. Sauf si tu es disposé à vivre avec le minimum. Mais toute personne ayant vécu en Europe ne fera pas ce choix s’il vient volontairement s’installer ici. Quel en serait l’intérêt ? Pourquoi quitter son pays si c’est pour vivre plus mal ailleurs ?
Concentrons-nous d’abord sur ce qui n’est pas cher à Rabat : l’alimentation de base non importée, les restos-snacks du quotidien, les taxis, les transports en commun et, enfin, les « petits » services qui rendent … de grands services (coiffeurs, barbiers, femmes de ménage, gardiennage, pressing, couture, cordonnier, retouches, etc …)! Et …c’est à peu près tout ! C’est déjà pas mal, me direz-vous, mais ça ne contrebalance peut-être pas ce qui va suivre.

Ce qui coûte cher à Rabat (et dans le reste du Maroc) c’est de vivre selon les standards européens …
Le logement est sans doute l’un des premiers rappels à la réalité : Rabat n’est pas une ville bon marché dès que l’on cherche un appartement (ou une maison) bien situé, agréable et confortable. Les quartiers prisés (Hassan, Agdal, Hay Riad, Souissi, certains coins de l’Océan ou du centre bien placés) affichent vite des loyers assez onéreux voire chers. Même pour un Français. La banlieue est bien plus accessible.
Par ailleurs, si le Maroc reste abordable quand on mange local, il l’est beaucoup moins dès que l’on remplit son panier comme en France. Les produits importés rappellent très vite que le confort européen voyage mal et se facture bien. Pareil pour les restos branchés ou européens qui affichent des tarifs dignes de leurs origines.
Pour une famille, la question des enfants change évidemment tout. Dès que l’on sort du système scolaire local classique, les coûts montent très vite : écoles françaises ou d’autres nationalités, activités, sports, langues, accompagnement… Tout ce qui paraît presque banal en France devient ici un vrai choix budgétaire.
Côté santé, mon impression est également nuancée. On peut trouver à Rabat de très bons médecins, disponibles beaucoup plus rapidement qu’en France, ce qui est appréciable. Mais tout repose davantage sur le privé et la capacité à payer. Quand on a les moyens, ça fonctionne. Quand on ne les a pas, l’expérience peut être très différente.
Bref, à Rabat, comme dans le reste du Maroc, tout ce qui sort du basique est onéreux, bien plus qu’en France sur certains aspects.
Parlons immobilier, ensuite.
Je ne reviendrai pas sur les prix des locations, voire des biens à l’achat. Par contre, ce qui choque un européen, c’est la qualité du bâti. Au moment du tremblement de terre, nous avions été surpris quand des voisins Marocains désignant des immeubles construits sous le Protectorat nous avaient dit « ceux-là sont solides, ils ne risquent rien ». Depuis, j’ai compris que les immeubles ou maisons, même très récents, peuvent décevoir. Neufs et clinquants, mais amochés à l’intérieur par des infiltrations… Récents mais soudainement victimes d’un incendie spontané des compteurs électriques (c’est arrivé chez une copine)… L’isolation thermique est généralement sommaire, et il faut avoir passé un hiver dans un logement humide sans radiateur ou un été sans clim, pour se dire qu’il n’y a pas qu’en France qu’on trouve des passoires-bouilloires thermiques ! A Rabat, c’est très courant. Quant à l’isolation phonique des logements, j’ai l’impression qu’elle non plus n’est pas toujours bien prise en compte par les constructeurs, que ce soit dans l’ancien ou dans le moderne. J’ai des amis, dans un immeuble de standing de 2019, qui entendent leur voisin d’à côté ronfler… Quant à nous, nous avons fait le choix d’acheter. Par chance notre immeuble semi-récent est bien tenu et plutôt de qualité. Ce qui ne nous empêche pas d’être réveillés tous les matins par le bébé qui vit deux étages au-dessus de notre chambre … Donc, ça vaut le coup de faire des visites approfondies avant de louer ou d’acheter, pour être sûrs de ne pas déchanter. Et considérer, d’une part, que beaucoup de logements n’ont pas de radiateurs, d’autre part que l’électricité devient vite chère dès qu’on dépasse les 100 kWh par mois (c’est ensuite exponentiel par tranche).

Faut-il investir à Rabat ? Sur ce point, je suis partagée. D’un côté, ça peut-être une bonne idée si on veut pouvoir aménager un chez-soi confortable ou faire un investissement, la ville prenant tous les jours de la valeur grâce aux grands travaux qui y sont entrepris actuellement. D’un autre côté, je dirais méfiance car, justement, le programme « Rabat ville lumière », entraine une sérieuse restructuration de ses quartiers, ce qui peut actuellement rendre les investissements immobiliers beaucoup plus risqués. Patience donc que la ville soit transformée une bonne fois pour toutes ou vigilance sur ce point … Dans quelques années, elle sera incroyable, ça vaut peut-être la peine d’attendre un peu.

Parlons, enfin, vie quotidienne.
J’ai affirmé qu’ici il fait bon vivre, et je le maintiens. Il existe néanmoins trois points qui peuvent nuancer le propos.
La circulation, tout d’abord, qui reste probablement l’un des aspects les plus fatigants du quotidien. Rabat est loin d’être aussi chaotique que d’autres grandes villes, mais le rapport aux piétons est dangereux. Traverser une rue demande souvent une grande prudence. On finit par s’adapter, bien sûr, mais cette vigilance permanente enlève un peu de légèreté aux déplacements à pied.
La pollution, ensuite. Rabat a beau être verte, aérée, bordée par l’océan, la circulation dense et la forte humidité ambiante laissent souvent une impression d’air chargé, surtout dans certains quartiers et aux heures de pointe. C’est assez paradoxal : on vit dans une ville très arborée, mais on ne respire pas toujours bien.
Les relations humaines, enfin. Après l’exubérance colombienne, je m’attendais peut-être à une chaleur plus immédiate, plus spontanée. À Rabat, les rapports avec les habitants Marocains m’ont paru plus urbains, plus policés, parfois assez proches de ce que l’on connaît en France : on se rencontre, on discute, on se recroise, mais les liens profonds ne se créent pas forcément aussi vite qu’on le rêverait. C’est cordial, mais plus mesuré. On a donc tendance à se replier sur les communautés d’expats ou de MRE (marocains résidant étrangers) revenant vivre dans leur pays d’origine car ce sont les plus faciles à côtoyer. De toute façon les R’batis de souche ont cette réputation, dans leur propre pays, d’être assez bourgeois et réservés, contrairement aux habitants de Casablanca. Donc inutile d’en tirer des conclusions personnelles …
Le match Maroc / Colombie ?
Difficile à arbitrer. Nous avons trouvé dans ces deux pays de bonnes raisons de nous y plaire, mais néanmoins assez différentes.
Deux pays aux logiques pas si éloignées …
Avant d’aller plus loin dans la comparaison, je voudrais préciser que la Colombie et le Maroc ont davantage de points communs qu’on ne pourrait l’imaginer au premier abord. Ce sont, certes, deux pays très différents par leur histoire, leur religion, leur langue et leur géographie, mais où j’ai retrouvé certaines réalités comparables.
En vrac, sans prétendre à l’exhaustivité et avec toutes les limites qu’implique forcément un regard extérieur, laissez moi vous détailler les ressemblances que je crois déceler.
D’abord, ce sont deux sociétés du Sud qui confrontent parfois les nouveaux arrivants européens ou nord-américains à des problématiques qu’ils n’ont plus toujours l’habitude de rencontrer dans leur pays d’origine.
Sur le plan économique et social, les ressemblances sont assez nombreuses. L’économie informelle occupe encore une place importante dans les deux pays, parfois visible jusque dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne. Les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres demeurent importants, sans que les politiques publiques ne parviennent toujours à les corriger. Dans les deux pays, on sent aussi combien les réseaux familiaux, amicaux voire claniques peuvent jouer un rôle essentiel, à la fois comme soutien, protection et moyen d’accès à certaines opportunités.
Il existe également des points communs plus sensibles, liés aux valeurs et aux structures sociales. La religion, ou l’héritage religieux, garde une place importante dans les deux sociétés. Les rapports hommes-femmes sont, eux aussi, marqués par des structures patriarcales, même si les réalités varient selon les milieux, les générations et les villes. En Colombie, le regard masculin passe souvent par une forte valorisation de la séduction et de la beauté du corps féminin ; au Maroc, il peut au contraire s’exprimer davantage à travers des attentes de pudeur et de discrétion. Deux logiques très différentes en apparence, mais qui m’ont souvent laissé la même impression : dans un cas comme dans l’autre, les femmes doivent encore composer avec un regard masculin qui pèse sur leur manière d’être et de se montrer. Comme en France me direz-vous ?! J’en conviens, mais pour d’autres raisons encore.
En outre ces deux pays partagent aussi une vraie chaleur humaine et … une passion pour le foot ! Colombiens et Marocains sont globalement accueillants, curieux des étrangers et fiers de leur pays. Ce patriotisme les rend très sensibles au regard extérieur : les Colombiens n’aiment pas qu’on réduise leur pays à Escobar, à la drogue ou à l’insécurité ; les Marocains supportent mal qu’on parle du Maroc avec condescendance, surtout lorsque cela vient des Français. Les 2 peuples ont également des difficultés à prononcer des « oui » ou « non » francs à leurs interlocuteurs immédiats, ce qui créent souvent des quiproquos avec des européens ou américains habitués à dire les choses de façon beaucoup plus directe.
Enfin, il y a dans les deux pays un rapport à la vie qui m’a souvent frappée : une manière plus détendue d’habiter le temps, une importance donnée aux liens humains et à la famille. Même l’agriculture dit quelque chose de cette impression : les fruits, les légumes et les produits locaux y sont souvent délicieux et moins standardisés qu’en France ou aux États-Unis.
Pourquoi cette petite énumération ? Simplement pour vous dire que notre installation en Amérique du Sud a évidemment facilité celle en Afrique du Nord, quelques années plus tard. Je vois bien que certains Français (même d’origine marocaine) ont du mal à s’adapter au Maroc, même à Rabat qui est très européanisée, car si nos pays sont liés par l’histoire et les migrations, il existe néanmoins des vraies différences qui peuvent causer un choc culturel. Sur les 3 ans écoulées, j’ai paradoxalement vu plusieurs familles de MRE retourner vivre dans une France dans laquelle elles ne se sentaient plus forcément les bienvenues, mais dont les enfants n’ont pas réussi à s’adapter à la vie marocaine. Rien de tout cela pour nous, car nous avions déjà fait du chemin dans le lâcher-prise grâce à nos amis latino-américains !
Deux pays où il fait bon vivre…
Alors ce match Colombie / Maroc ?! Dans mon coeur et dans mon quotidien, les 2 sont à égalité, mais pour des raisons bien différentes.
J’ai aimé (et parfois détesté) vivre en Colombie pour la folie latina, ses excès, son ambiance unique au monde, ses habitants gentils et accueillants, ses contacts faciles avec la population, son climat paradisiaque, ses fruits délicieux, la possibilité d’accéder à des activités sportives et culturelles gratuites pour les enfants. Et surtout pour la liberté que le pays offre, particulièrement quand on arrive depuis une France où des règles régissent chaque micro-comportement du quotidien de ses habitants. En Colombie, on nous foutait une paix royale : personne ne cherchait à connaître notre histoire pour faire des ragots, on pouvait faire ce qui nous plaisait (on n’en a jamais abusé of course, puisque …nous sommes Français et bien dressés par le système) sans que l’Etat ne s’immisce déraisonnablement dans nos choix ; on n’avait de comptes à rendre à presque personne si ce n’est aux impôts. J’ai apprécié de vivre dans un pays avec lequel la France a des relations diplomatiques sans véritables enjeux. En Colombie, les Français ne sont pas vus à travers le prisme déformant de l’histoire récente, contrairement aux Etasuniens. Nous y sommes donc les bienvenus sans a priori négatifs. Bref, j’ai adoré la liberté qu’y vivre procure. C’est également le revers de celle-ci qui nous a lassé : puisque chacun fait comme il veut, c’est un pays très chaotique ou la sécurité des personnes, des biens, des infrastructures routières, voire la sécurité nationale est parfois chancelante. L’ordre peut n’y être qu’un vain mot. Avec tous les dangers et les nuisances qui en découlent.

Contrairement à la Colombie, où l’État m’a souvent semblé absent et où la société s’organise parfois comme elle peut, le Maroc donne l’impression d’un État très présent. On y retrouve une administration en partie héritée de notre bonne vieille France, une police visible (c’était aussi le cas en Colombie, mais on n’a jamais bien su à quoi elle servait), des services de renseignement réputés efficaces et, plus largement, une organisation sociale très verticale, dans laquelle le rang, le statut, l’argent, la famille et les réseaux comptent énormément.
Au début, on ne comprend pas vraiment les codes, puis, avec le temps, on finit par saisir que cette société fonctionne beaucoup autour de la place que chacun y occupe. Cette organisation pyramidale, avec à sa tête une royauté, donne une impression de stabilité : chacun sait où il se situe, même si les nouveaux arrivants n’y comprennent pas grand chose.

Pourquoi raconter tout cela ? Parce que c’est sans doute là que se trouve, pour moi, l’un des grands paradoxes du Maroc. On y ressent moins de liberté qu’en Colombie, en raison du poids de l’État, des règles explicites ou implicites, des interdits religieux et du regard porté sur les femmes. Mais en échange, le pays offre une sécurité physique incomparable, surtout à Rabat. Je ne parle pas ici du risque très réel de se faire renverser en traversant une rue, mais de celui lié aux cartels ou aux pandillas.
Au Maroc, nous vivons et voyageons l’esprit léger, et c’est énorme. Il n’y a pas cette impression de chaos que j’ai parfois ressentie en Amérique latine. Il y a un ordre public qui, je dois l’avouer, rassure mon côté psychorigide de Française. Ici aussi, comme en Colombie, personne ne nous importune vraiment ; mais les raisons sont très différentes. Là-bas, j’avais le sentiment que la liberté venait d’un certain désordre et de l’exubérance des habitants. Au Maroc, la tranquillité vient plutôt de l’ordre.

Cette sécurité a néanmoins son revers. On apprend vite qu’il existe des limites et des mots qu’il vaut mieux choisir avec soin. C’est peut-être cela, le paradoxe marocain dans mon vécu : je m’y sens plus en sécurité, moins mise à l’épreuve qu’en Colombie, mais aussi plus retenue — dans ma façon de m’habiller, dans ma parole, ou même dans ma manière de raconter ce que je vois. Comme n’importe où ailleurs dans le monde, nous sommes ici des invités, alors nous nous faisons le plus respectueux possible des us et coutumes locaux, sans avoir tous les codes sociétaux et donc en commettant malgré nous des maladresses.
Voilà ! Vous savez tout. J’ajouterai qu’on mange très bien ici et que ça compte ! Nous avons retrouvé le plaisir de gouter des fruits d’été qui sont exotiques pour la Colombie comme les cerises, les pêches et les abricots, les melons et pastèques … Et, dans un autre registre, notre portefeuille est fou de bonheur que nous nous soyons rapprochés de l’Europe car les billets d’avion sont beaucoup moins onéreux que les vols transatlantiques et le décalage horaire quasi inexistant. D’ailleurs, on a reçu beaucoup plus de visites de la famille ou d’amis (même colombiens !) ici qu’en Amérique du Sud : tout le monde converge vers le Maroc !
Pour conclure, je dirais que ce dernier n’est ni l’eldorado facile vendu sur les réseaux, ni le pays compliqué que certains décrivent de loin. C’est un pays magnifique où l’on peut vivre bien à condition de ne pas confondre vacances et installation et de respecter les règles du pays. Pour l’instant, tant qu’il nous garde et tant que nous nous y sentons à notre place, nous restons. Avec gratitude et avec encore pas mal de thés à la menthe devant nous !




