La Colombie, le conarovirus et nous : libérés, délivrés ! Mais pour quelle vie ? (6)

Pour les épisodes précédents, voir ici :

 

Résumé : nous entamons notre sixième mois de confinement non-stop, quand, miracle ! Une lueur apparaît dans la nuit ! Reste à savoir si la « nouvelle normalité » qu’on voudra nous imposer ne sera pas la petite soeur psychopathe de « l’ancienne imbécilité » dans laquelle nous vivions déjà ?

 

 

EPISODE 20

DERNIERS JOURS AVANT LA LIBÉRATION

 

 

Vendredi 21 août : début de notre 6ème mois de confinement. Disons que ça commence à faire long. D’autant que la vie quotidienne n’est pas toujours simple. Entre l’incohérent pico y cedula de chaque semaine et les contrôles de la police, c’est même franchement relou. Hier, pour changer un peu les idées de Carlito nous sommes allés prendre un cours clandestin de cuisine chez notre amie Adriana. Comme les rues étaient bloquées par des travaux, impossible de stationner devant chez elle. Il nous a fallu traverser à pied le village en dehors de notre jour autorisé de sortie. Et comme il y avait la police partout, nous avons dû nous cacher ou jouer au chat et à la souris pour ne pas nous faire contrôler. Pfff … au bout de 5 mois de quarantaine, tu parles d’un plaisir ! Quelle tyrannie de traquer les gens sains plutôt que d’enfermer les vrais malades ! Et quel stress inutile pour Carlito qui, réellement, n’en menait pas large … Je me demande quelles conséquences psychologiques tout cela va entraîner, à petite et grande échelles sur le long terme.

 

 

 

 

Samedi 22 août : tout le monde  mise maintenant sur une fin de quarantaine pour le 1er septembre. Les gens en sont sûrs! Et, il est vrai que des indices pourraient indiquer un prochain retour à la « normale » : réouverture programmée des aéroports, des restos, des théâtres et des bars.  Mais, chaque mesure annoncée recèle en soi ses propres limites et paradoxes, comme si désormais chaque autorité colombienne détenant un fragment de pouvoir légal entendait se couvrir de ridicule chaque fois qu’elle ouvre la bouche. C’est ainsi que le génie universel est atteint quand le Président nous annonce solennellement :

  • l’ouverture prochaine des théâtres et des cinés alors que personne n’a le droit de s’y rendre
  • L’habilitation de  restaurants mais seulement ceux des grandes chaînes internationales ou nationales dans les centres commerciaux (joie des 99 % des restaurateurs restant)
  • L’ouverture des aéroports mais seulement pour quelques vols nationaux assurés par des compagnies de second rang
  • Et, cerise sur la gâteau, l’ouverture des bars mais à condition qu’ils renoncent à vendre de l’alcool. C’est tellement stupide que les réseaux sociaux se déchaînent pour se moquer. Et pourquoi pas l’ouverture des aéroports sans passagers, des matchs de foot sans ballon, des piscines sans eau, des collèges sans profs, des hôtels sans lits, …? 

 

 

 

Dimanche 23 août : la mairie de Guatapé a pris en pitié  l’idiot du village qui établit le pico y cedula de la semaine. Pour lui simplifier la tâche, elle lui a permis de mettre plein de numéros différents chaque jour pourvu qu’ils soient tous pairs ou tous impairs. Hourra ! On peut donc ressortir un jour sur deux ! 

 

 

C’était plus facile pour la grosse tache qui fait le pico y cedula hebdo de remettre en place un système pair et impair

 

 

Lundi 24 août :  Il n’y a plus de cas de covid à Guatapé. C’est quand même étrange comment en 15 jours nous sommes passés de 39 cas à aucun … Un miracle de la Vierge, sûrement !

 

 

Les miracles de la Vierge où comment nous sommes passés de 39 cas à aucun en 3 semaines. Serait-elle de mèche avec les intentions politiques du maire ?

 

 

Lundi 24 août bis : Hourra ! Hourra ! Hourra !  Le Président annonce que nous serons déconfinés le 1er septembre ! J’en pleurerais de joie ! 

Enfin, plus exactement, nous passerons de l’étape de « quarantaine intelligente » (mouaf ! mouaf !) à l’étape de « confinement sélectif ». La liberté sera la règle, les restrictions les exceptions. Bueno. Au-delà de la joie immense de sortir de cette injuste et arbitraire privation de libertés, il y a encore pas mal de choses non réglées. Car, connaissant la désorganisation colombienne, je me dis qu’il serait étonnant que les autorités pondent des règles simples. Et déjà, je sens se profiler, des … -comment dire …? – entourloupes ? approximations ? aberrations ? Déja, rien n’a été dit sur les enfants. Auront-ils le droit de reprendre une vie normale ? Rien n’est moins sûr. Quid des vols internationaux qui devaient reprendre au 1er septembre mais dont l’ouverture est sans cesse repoussée ? Et les vieux ? Ils vont pouvoir sortir les vieux ? Mystère. Sur le coup, c’est ce qui m’inquiète un peu.

Mais bon, hourrrra sur le principe du déconfinement !!

 

 

Mardi 25 août : je suis tellement surexcitée que je n’ai pas dormi de la nuit. Il me tarde tellement que tout ce cauchemar soit dernière nous ! D’ailleurs, à propos de cauchemar, j’en ai fait un étrange : la porte des enfers s’ouvrait au-dessus de nos têtes dans un vacarme assourdissant. Mais était-ce un rêve ? Sondant Jérôme et Carlito, je leur demande si leur nuit a été aussi agitée et interrompue que la mienne par le bruit littéralement assourdissant d’un avion passant au-dessus de nos têtes. Evidemment les deux s’esclaffent et je passe donc à autre chose. Jusqu’à lire dans le journal ceci : il y a bien eu un long bruit terrorisant dans le ciel de la région. Et ce n’était pas un avion. La même chose qu’à Manizales fin juillet, mais en plus assourdissant : écoutez plutôt car c’était dingue (ici) ! Sans que personne ne sache vraiment de quoi il s’agit. En tout cas c’était flippant. 

 

                     Encore un « cielomoto » ou « tremblement de ciel » !

 

 

De toute façon, cette quarantaine ne pouvait pas durer davantage. Elle a eu d’épouvantables effets collatéraux sur la population : psychologiques, physiques et financiers. Le peu qui a été sauvé a occasioné la destruction du reste. En particulier, ce que je trouve préoccupant, c’est le retour des massacres collectifs en Colombie. Comme si la quarantaine et ses conséquences avaient de nouveau rendu possible des atrocités que tout le monde pensait appartenir au passé (54 personnes assassinées du 1er au 20 août dans des massacres collectifs atroces. Sans compter les assassinats à titre individuel des leaders sociaux). La nature ayant horreur du vide, priver de vivre normalement des gens normaux, offre l’opportunité à la lie de la société de prendre le pouvoir. Espérons que le retour à la vie mettra un terme à cela. Sinon, plutôt que d’imposer le port du masque, il faudra généraliser celui du gilet pare-balles. 

 

Mercredi 26 août : pour la première fois depuis début mars, je pars faire l’expérience de la nuit. En effet, la mairie a accepté que nous fassions notre premier cours de danse en présentiel depuis plus de 6 mois sous un préau du village , ce soir-là à 19 heures. Quand je monte dans ma voiture vers 18h30, non seulement il tombe des trombes d’eau, mais en plus, il fait nuit noire (on vit sur l’équateur, ne l’oubliez pas). Comme mes yeux ne sont plus du tout du tout habitués à gérer des activités nocturnes, j’écrase 3 chats, 2 chiens, 4 cyclistes et une petite vieille sur mon parcours de 3 kms (je plaisante of course). Il va sérieusement falloir que je m’y remette ! Arrivée en ville, horreur ! Mes yeux continuent à me jouer des tours dans la pénombre : je ne croise que des sosies d’Hannibal Lecter :mrgreen: . Faut dire que tous ces gens avec leurs masques sombres sont assez flippants dans le noir :mrgreen: Si quelqu’un me met la main sur l’épaule en me demandant comment va « l’agent Clarice », c’est clair, je me barre en courant ! Sur ces entrefaites, le prof arrive. Il me fait encore beaucoup plus peur que Hannibal Lecter avec son masque ET sa visière en plastoc. Manquerait plus que Jack Torrance et on serait au complet :mrgreen:

 

 

Moi en arrivant à la danse

 

 

Je me détends peu à peu avant de m’apercevoir que danser avec un masque sur la bouche et le nez c’est comme respirer à pleins poumons à la sortie du pot d’échappement d’un camion colombien des années 50. Impossible. Soit je l’enlève, soit je m’évanouis. Même si c’est interdit, je le vire. Et tout le monde fait comme moi. A part le prof. Hummm… le bal masqué n’aura donc pas lieu !

 

 

Hé ! Les gars ! Moi aussi je peux venir danser avec des masques qui font peur !

 

 

Vendredi 28 août : on fête par anticipation la sortie du confinement en partant déguster une pizza, un sancocho et une bandeja paisa dans l’un des seuls restos ouverts du pueblo. Ô joie ! On en avait presque oublié le goût ! C’est le 1er « vrai » resto officiel que nous faisons depuis début mars. Pour la peine, on re-trinque à la santé de tout le monde avec nos potes Claudia et Gerardo qui vont enfin pouvoir rouvrir leur commerce ! Allez ! Je bois aussi à la santé de ceux qui me lisent ! 

 

Heu-reux !!!

 

 

Dimanche 30 août : les slogans sanitaires liés au covid ont bien évolué. Les premiers mois,  le Gouvernement, la mairie, les commerçants, le curé ou mon voisin ne pouvaient communiquer sans t’envoyer un #Quedateencasa (reste chez toi) dans la figure. Celui-ci s’est désormais transformé en #laresponsabilidadesdetodos (la responsabilité est celle de tous). Comme la fin de la quarantaine survient en plein pic de l’épidémie (allez savoir …), des petits malins l’ont finalement adapté en #salvesequienpueda ((se) sauve qui peut !) :mrgreen: 

 

Lundi 31 août : dernier jour du mécanisme de pico y cedula. Euh … de la quarantaine. Demain nous serons libres ! Pour fêter ça, Jérôme (fayot !!!) exige que nous ne sortions pas de la journée du jardin. Argument : ce n’est pas notre jour de pico y cedula ! Aaaaarg ! Plus personne ne respecte ce truc ! Il n’y a plus que 3 cons en Colombie et c’est nous ! On aura bu le calice jusqu’à la lie ! 

En cette veille de déconfinement tant attendu, un nouveau danger (beaucoup plus grave que le conarovirus) se profile néanmoins : de superbes mais très venimeuses, fourbes et dangereuses chenilles ont fait leur apparition dans le jardin. Le danger n’est plus en dehors de chez nous, mais bel bien chez nous puisque leur piqûre est mortelle dans presque tous les cas. Que faire ?  J’exige qu’en solidarité avec nous, le reste de l’humanité se confine dans des caves sordides et ne sorte qu’en portant des sabots en plomb et des gants en cuir de mammouth !!!

 

 

 

 

EPISODE « REVIVRE »

1ER SEPTEMBRE 2020 !

LA LIBÉRATION !

 

 

 

Happys !

 

 

 

Mardi 1er septembre : les foules seront-elles massées dans les rues ? Y aura-t-il des flonflons et des fêtes orgiaques ? Des gens qui s’embrassent partout ? Plus simplement, le monde au-delà de Guatapé existe-t-il toujours ? Autant de questions auxquelles nous allons enfin pouvoir répondre ! En route pour en avoir le coeur net !

 

 

 

 

Nous prenons la direction de la grande ville voisine car il nous manque un paquet de trucs n’existant pas à Guatapé : les célèbres pastilles pour lave-vaisselle qui ont disparu de notre quotidien il y a 2 mois et qu’aucune boutique n’a su nous commander ; des vêtements neufs et/ou à notre taille (nos fringues étaient en fin de vie en mars. Aujourd’hui, on ressemble à des clodos) ; une bonne coupe de cheveux pour Carlito et … truc sympa … le contrôle technique de la voiture. Bref, une bonne journée d’occupations pourries mais nécessaires en vue.

 

A la sortie de Guatapé, check-point Charlie a enfin été levé. Que c’est bon de pouvoir circuler sans se justifier ou donner une pièce au préposé du barrage routier ! 

 

Premier retour à Rionegro depuis plus de 6 mois. Rionegro c’est une grande ville très moche et très polluée par le trafic des camions et des bus. Le brouhaha et l’air irrespirable nous font apprécier nos masques et regretter nos bouchons d’oreille. On avait oublié ce qu’est la pollution.

 

Mon Carlito qui n’a presque pas mis de chaussures depuis plus de 6 mois et qui n’a vécu que dans son jardin (ou quasi) est totalement effrayé par la circulation, les klaxons, les bruits trop forts. Il ouvre des yeux comme des soucoupes volantes et serre bien fort la main de son papa. On dirait un indien dans la ville hihi

 

 

 

Hélas, il n’y a ni flonflons, ni embrassades dans les rues. Au contraire, les colombiens, des bébés aux petits-vieux, sont tous correctement masqués. Pas un ne porte son masque de travers. Je suis impressionnée. Dans chaque boutique, on prend notre température et nous asperge de désinfectant. C’est pas du tout festif. C’est même très oppressant. Il me tarde de rentrer chez moi pour me mettre à l’aise. Nous abrégeons donc la liste des choses à faire. Cette sortie en ville, avec tous ses protocoles ultra stricts, était tellement désagréable que nous n’y retournerons pas de si tôt !

 

En rentrant, il ne nous reste plus qu’à sombrer dans l’alcool pour se rappeler que ce jour est quand même important et gai : ma dernière Leffe conservée en vue de ce moment précis nous attend. Je bois à la liberté et crache sur les fous qui nous ont fait subir ce délire sanitaire !

 

 

Je bois … pour oublier !

 

 

EPISODE « REVIVRE +1 »

DE L ANCIENNE NORMALITÉ

A LA NOUVELLE IMBECILITÉ

 

 

2 septembre : l’euphorie aura été de courte durée. Je me lève très angoissée. Non pas par le risque accru d’attraper le virus car, même si je ne souhaite pas tomber malade (comme tout le monde, il va s’en dire), je ne m’inquiète pas plus de lui que de la rougeole, de la fièvre aphteuse ou de la chtouille. En revanche, l’idée de vivre dans cette nouvelle société me donne la nausée, d’autant plus que la pression sociale est ici très forte. Les colombiens ont, en effet, hyper peur du conarovirus. Le masque est parfaitement accepté et perçu comme un rempart absolu contre le mal. Pas de discussion. Le vaccin est au moins aussi attendu que le retour du Christ sur Terre (c’est dire…). Ce matin j’ai inscrit Carlito à la danse, au dessin et au BMX  « en présentiel ». J’ai du signer des décharges comme quoi j’assumais les risques encourus par mon enfant, dans lesquelles j’ai admis qu’il porte un masque et une visière en plastique lors de chaque activité et, enfin, dans lesquelles j’ai accepté de nous dénoncer publiquement si nous avions un jour le Covid et de faire une quarantaine si d’autres dans le groupe venaient à nous contaminer. J’ai l’impression de vivre dans un cauchemar …. Mais où est donc passée la Colombie que nous aimions tant ???

 

 

3 septembre : je crois qu’il va falloir se faire une raison. Il y a eu 2 Colombie que nous avons adorées et qui ne reviendront plus. La première, c’était la plus sympa, celle de nos deux premières années ici. Une Colombie remplie de colombiens prospères et optimistes après des années de guerre. Une Colombie gaie, festive où nous avons eu le bonheur de rencontrer des gens ouverts et cordiaux. Une Colombie où mon fils insouciant et heureux jouait avec les autres enfants du village dans le « parc à jeux » du pueblo, dansait, faisait du BMX et étudiait à la maison. Une Colombie où nous rencontrions chaque semaine, chez nous ou au village, de passionnants et immensément sympathiques voyageurs au long cours. Que de bons moments partagés avec eux (avec vous tous qui êtes passés à la maison !) !!! Nous avons vécu là les meilleurs moments de nos vies jusque-là écoulées. Heureusement, nous le savions et en avons profité jusqu’à la dernière miette.

La seconde Colombie que nous avons aussi appréciée, contre toute attente, était celle de ce confinement. Certes il a été très long et très dur psychologiquement, mais nous avons goûté à une quiétude et à un silence jamais expérimentés ici. Des voisins calmes, plus de musique à vous empêcher de dormir, plus d’hélicos touristiques ravageurs au-dessus de nos têtes, des oiseaux partout. Ce calme s’en est aussi allé avec la fin de la quarantaine : déjà les hôtels s’apprêtent à recevoir des milliers de touristes le prochain WE,  l’hélico fait des essais de vols et les boutiques à souvenirs-made-in-china qui ont survécu époussettent leurs bibelots de pacotille. De ce point de vue, tout va recommencer, mais en encore plus cheap, plus dévastateur pour la nature et les habitants de Guatapé, dès samedi. Les visiteurs, qui ne manqueront pas de nous contaminer malgré eux, redeviendront les rois-sans-gène du village devant qui les commerçants affamés se prosterneront.

 

 

Le paradis

 

 

 

4 septembre : une famille de français habitant à Medellin a réservé 3 nuits dans nos chambres. Je ne pensais pas avoir de monde avant janvier et n’avais pas réfléchi au « protocole sanitaire » à appliquer chez nous. Pour moi c’est un dilemme. Non pas tant par peur d’une contamination, mais parce que nous avons toujours reçu nos clients avec un maximum de convivialité, l’idée ayant toujours prévalu étant de partager de bons moments avec des français de passage chez nous. Du coup, l’idée de devoir maintenir une distanciation sociale chez nous, de porter  éventuellement  un masque, de faire deux tables séparées pour le petit-déj, me met le moral dans les chaussettes. Nous sommes si contents de revoir enfin des français  ! Et pourtant, il va falloir « se méfier » les uns des autres. C’est tellement absurde qu’en fonction de l’expérience collective que nous vivrons, nous déciderons de poursuivre ou pas nos chambres d’hôtes. Si celles-ci ne servent qu’à gagner un peu d’argent, sans le côté sympa et convivial, autant faire autre chose. On ne va pas vivre avec ces contraintes sociales jusque dans notre maison à longueur de temps !

 

 5 septembre : horreur ! Entre le 31 août et le 5 septembre le prix de toutes les denrées alimentaires, repas au resto inclus, ont augmenté entre 10 et 60 % d’un coup. Je suis sidérée. La boule de glace que j’offrais hier à Carlito à 3000 pesos en vaut aujourd’hui 4500. Le kilo de tomate est passé de 2500 à 4000 pesos, celui de viande de 6500 à 9500… Sans autre raison que la fin de la quarantaine. Le virus est toujours là, la pauvreté est plus que jamais présente, mais ces scélérats de commerçants qui n’ont vécu que grâce aux habitants pendant ces 6 derniers mois nous matraquent à présent pour rattraper le temps passé. Comme m’a dit l’un d’eux, les habitants ne les intéressent plus. Ils veulent extirper un max de fric aux touristes de passage et tant pis si les villageois ne peuvent plus rien acheter, ni se nourrir correctement. Je suis écoeurée. Et encore plus quand une restauratrice qui n’a survécu qu’en grande partie grâce à nous, nous vend un plat que nous avions payé 15 000 pesos la veille, 22 000 le lendemain. Elle ira désormais se faire voir, même si elle doit crever de faim en cas de nouveau confinement.

 

 

Le grand retour des touristes colombiens

 

 

6 septembre : en prenant des précautions raisonnables, nous avons passé un très bon week-end et mes craintes du 4 septembre se sont en partie évanouies. Il reste que cette histoire de conarovirus paraît bien lourde si l’on applique tous les protocoles. Au village, envahi par les touristes, je constate que bien peu de restos et de personnes respectent les règles. Ce qui ne me plaît guère car cela signifie que dans une dizaine de jours nous serons de nouveau très contaminés à Guatapé. Ce qui nous interroge vraiment sur la suite de notre vie ici. D’une part, il est désormais clair que nous avons fait le tour de ce qu’il y avait à faire à Guatapé. D’autre part, car cette invasion hebdomadaire de touristes cheap nous donne la nausée : entre les fêtes non-stop les WE, les embouteillages, les tours d’hélico au-dessus de nos têtes et l’arrivée en force de personnes irrespectueuses et coronavirussées, nous nous interrogeons sérieusement sur le fait de vendre la maison et de partir faire autre chose. 

 

8 septembre : la nouvelle imbécilité est désormais bien installée. Hier, sans le faire exprès, j’ai tendu la main à un gars pour le saluer. J’ai lu dans ses yeux un effroi total et une gêne incommensurable. La Grande Faucheuse lui aurait tendu une perche qu’il n’aurait pas été plus effrayé. Grand moment de solitude pour les 2.

 

 

Quand ton interlocuteur te renvoie une très belle image de toi même ^^

 

 

9 septembre : Carlito part à la danse. C’est sa première fois en groupe depuis début mars. Ici le port du masque et de la visière en plastique ne sont pas négociables. Contrairement à la France où ces accessoires sont contestés pour les enfants (j’ai vu sur FB que certaines personnes dénoncent une maltraitance des enfants 😕 ), en Colombie, un parent serait maltraitant s’il ne prenait pas toutes les précautions existantes pour protéger sa progéniture quand elle sort de chez elle.

 

« … Dans ton sac, j’ai bien mis le gel antibactérien, le spray d’alcool à 70°, ton masque et ta visière en plastique. N’oublie pas de prendre ton bâton de distanciation physique (qui n’est pas pour jouer à l’épée) et la feuille comme quoi je t’autorise à mourir du conarovirus et à faire une quatorzaine avec toute ta famille, si jamais un petit pote se contentait de te contaminer ! Bon après-midi mon chéri !

… Comment ! Tu risques de mourir étouffé sous ton accoutrement bien avant que du conarovirus  ?!

… Mais non ! C’est la nouvelle normalité, ne t’inquiète pas ! Tout a été prévu, la situation est sous contrôle ! Et ne fais pas de mauvais esprit s’il te plaît ! ça va être trop génial de participer à un bal masqué sur le thème « revivre au temps du conarovirus »  ! « 

 

Je me demande comment on va faire pour empiler masque et casques quand il retournera au BMX  :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: 

 

 

 

 

Blagues à part, je continue à m’inquiéter pour mon fils et ses congénères. On les a strictement enfermés pendant 5 mois et demi, isolés du reste du monde, privés de tout contact ou presque avec d’autres et là, on les relâche sans transition dans une vie esthétiquement effrayante, en les sommant de se réadapter une nouvelle fois et de faire bonne figure. Je lisais ce matin un article sur le stress post-traumatique dont souffrent certains français après 2 mois de confinement. Que va-t-il se passer ici pour une large partie de la population qui se remettait à peine des années de guerilla ??? 

 

 

Le débat sur les masques : qui a tort, qui a raison ?

 

 

10 septembre : je me rends compte qu’il existe désormais dans le monde 2 façons de penser le conarovirus. Dans nos sociétés occidentales riches où nous nous sentons invulnérables et immortels, une large partie de la population ne se sent pas vraiment concernée ou à risque par rapport à ce virus. D’où cette demande qui se fait désormais entendre, de retour rapide à la vie d’avant sans masques et distanciations. Mais en Colombie, le virus est globalement perçu comme aussi dangereux que les FARC. Il y a peu de personnes qui prennent du recul par rapport à sa réelle dangerosité car la majorité d’entre elles se sentent vulnérables et se savent mortelles. Au-cours de ces 10 derniers jours, j’ai lu dans le regard de beaucoup la crainte de l’autre. Comme si chacun était devenu un ennemi sournois pour ses semblables. Pour être plus précise, et en dehors de toute logique sanitaire, plus les personnes sont éloignées du cercle de confiance, plus elles sont considérées comme dangereuses. Ainsi, beaucoup pensent que la famille proche n’est pas un vecteur de contamination, que les gens du village sont moins à risques que ceux venant de la ville, que les colombiens sont plus « sûrs » que les vénézuéliens (qui sont désormais accusés de tous les maux de la société, avec un racisme terrible à leur encontre qui n’existait pas il y a 6 mois), et, par extrapolation que les sud-américains sont plus sains que les  futurs touristes européens. Je pense que ce sera un facteur à prendre en considération pour tous ceux qui voudront venir faire du tourisme ici.

 

 

Et maintenant ?

 

Quelle vie va désormais nous offrir la Colombie ?

A titre personnel, je redoute un mélange entre l’ancienne imbécilité et de la nouvelle, autrement dit une normalité faite des défauts de l’ère précédente et de ceux de l’ère nouvelle.

 

 

 

 

Pour vous autres voyageurs, à quoi faut-il vous attendre ? Le bonne nouvelle c’est que les vols internationaux reprendront au compte-gouttes à partir du 21 septembre. Il semblerait néanmoins qu’un retour à des fréquences plus soutenues ne soit pas attendu avant novembre. En effet, la réouverture des vols ne dépend pas de la seule la seule  Colombie, mais aussi des pays accueillant les vols. Les premières liaisons seront donc limitées à quelques pays du continent américain, l’Europe n’étant pas concernée. Au moment où j’écris les liaisons avec Madrid, en particulier, restent en suspens. 

A supposer maintenant que les vols soient rétablis et permettent aux touristes de revenir en Colombie, je déconseillerais d’y voyager avant la fin de l’année 2020. D’abord car la longue période de quarantaine a laissé la place à une désorganisation du pays assez stressante pour qui y vit. Alors, je n’ose imaginer pour quelqu’un venant de l’extérieur et ne pratiquant pas correctement l’espagnol. Ensuite car les colombiens ont, dans leur grande majorité, une peur bleue du virus. Les normes de biosécurité sont beaucoup plus exigeantes que celles que vous connaissez en France, elles sont globalement appliquées et spontanément respectées par la population qui n’a jamais émis une seule critique contre le port du masque, par exemple. Les respecter est assez pesant, je peux en témoigner. Ne pas les respecter, serait pour un étranger une faute et un risque de se faire reprendre de volée, voire davantage. Il y aura certainement des tensions entre les visiteurs et les autochtones à ce sujet. Enfin, éviter de venir pour le moment, c’est aussi ne pas contribuer à diffuser un virus (ou d’autres) dans un pays qui n’a pas forcément le mêmes moyens médicaux que la France, que ce soit pour soigner ses habitants ou ses touristes. Bref, pour toutes ces raisons et d’autres, voyager en Colombie avant 2021 me paraît déraisonnable.

Maintenant, l’avenir nous dira si j’ai tort ou raison et je vous tiendrai au courant au fur et à mesure !

 

Je boucle par-là mon sixième et dernier article sur le confinement en Colombie. J’espère juste ne pas avoir à en entamer un jour un septième, mais au contraire vous faire profiter de choses plus légères à l’avenir.

Merci à tous ceux qui nous ont soutenus et suivis, ça nous a fait chaud au coeur dans des moments pas toujours évidents !

 

 

 

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4 pensées sur “La Colombie, le conarovirus et nous : libérés, délivrés ! Mais pour quelle vie ? (6)

  • 11 septembre 2020 à 9 h 54 min
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    Salut la petite famille,

    Bonne nouvelle cette libération ! Même si visiblement tout n’est pas rose.

    Ici en France la reprise est particulière aussi. Deux catégories de personnes : les « invincibles » qui n’ont peur de rien, et les « peureux » qui ne sortent toujours pas. La vie a donc repris à moitié et cela cause de gros problèmes pour de nombreuses activités et entreprises. On mesurera les impacts avec le temps. Par exemple, le club de judo n’a quasiment plus d’enfants inscrits et le prof doit appliquer un protocole strict et décourageant. Du coup on sent bien qu’on n’a pas retrouvé la vie d’avant, et on est un peu perdu… mais c’est tout de même un peu mieux que pendant le confinement.

    En tout cas, je comprends tes interrogations quant aux impacts d’une telle période sur la construction psychologique de nos enfants. Je me suis fais la mêmle réflexion et ce sera malheureusement difficilement mesurable…

    On perçoit dans ton dernier article une certaine lassitude de la Colombie et peut être le début d’une nouvelle étape vers d’autres aventures. L’avenir nous le dira 🙂
    Cela dit, j’espère qu’on pourra quand même organiser une visite chez vous avant que vous partiez !!

    En attendant, on vous fait des gros bisous et on vous envoie toutes nos ondes positives !

    Répondre
    • 12 septembre 2020 à 0 h 07 min
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      Tout cela ne me rassure pas ! J’espère bien que vous pourrez venir avant … la fin du monde hihi
      Courage à vous aussi et grosses bises les amis

      Répondre
  • 11 septembre 2020 à 9 h 57 min
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    PS : J’ai oublié… J’ai relevé cette petite grosse faute : Il ouvre des yeux comme des soucoupes volantes et ***serre*** bien fort la main de son papa.

    Répondre

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