Une année en Colombie : bilan n° 3 : s’intégrer

Vie quotidienne

 

… Et l’intégration, me demanderez-vous ?

Quand nous sommes partis vivre en Colombie, vous avez été nombreux à craindre pour nous « un mal du pays » qui nous tomberait dessus tôt ou tard, une solitude atroce qui nous rongerait, un gouffre abyssal entre les autochtones et nous … Vous n’aviez pas tort, car nous partions sans connaître personne.

Un an plus tard, la sanction est sans appel : nous rencontrons tellement de monde que nous avons du mal à trouver du temps pour nous seuls ! Pour être intégrés, nous sommes intégrés !! Voire submergés  :mrgreen:  :mrgreen:  :mrgreen: !

 

Les colombiens et nous

 

Avant de visiter la Colombie, nous n’avions jamais sérieusement envisagé de quitter la France pour nous établir à l’étranger. Plus exactement, nous y avions pensé mais aucun pays n’avait retenu notre attention. Nous avions adoré tous ceux traversés au fil des années, que ce soit en Europe, en Afrique ou en Amérique du sud, mais tous présentaient un défaut : ici la langue, là la culture ou la religion, l’économie, le régime politique, le climat … La Colombie cumulait un certain nombre de ces inconvénients, mais elle comportait une qualité majeure que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs à ce jour :  la gentillesse et la gaieté de ses habitants. C’est pour eux que nous avons divorcé des français ! Et pas un seul jour nous ne regrettons cette nouvelle union !

 

Certes, la société colombienne n’est pas exempte de divisions et de conflits, certes, comme partout dans le monde on y trouve des menteurs, des voleurs, des arnaqueurs, des corrompus et autres gens sans intérêt, mais je me demande quand même si, globalement, le meilleur de l’être humain ne vivrait pas dans cette région du monde (n’ayons pas peur des mots  :mrgreen:  :mrgreen:  :mrgreen: ) ?

 

Dans la forme, tout d’abord, les colombiens sont exquis. Connaissez-vous un seul commerçant français susceptible de vous accueillir en vous demandant « comment allez-vous ma reine aujourd’hui? » ou de vous rendre la monnaie en concluant « avec plaisir mon amour !! » ? D’abord, ce serait hyper louche. Ensuite, vous vous casseriez rapidos, pensant avoir à faire à un dingue  :mrgreen: . De ce côté du globe, c’est normal. Of course, la première fois, tu es un peu étonné, mais ensuite tu trouves ça évident :mrgreen: . Tout aussi étrange, et dans un registre beaucoup moins familier, est cette coutume désuète de politesse consistant à utiliser le « don » ou le « doña« . Depuis l’année dernière je suis donc doña Valérie, mariée à don Jérome. Je vous saurai d’ailleurs gré de bien vouloir m’appeler de la sorte désormais, c’est plus chic que « Val ». A l’Université c’est carrément du délire ! Quand une secrétaire m’écrit , j’ai droit à du « estimada doctora » et autres formules alambiquées montrant mon très haut rang professionnel :mrgreen: . Oui … vraiment … les colombiens sont exquis ! J’adore aussi leur façon d’ajouter « con mucho gusto » (avec plaisir) et « siempre a la orden » (toujours à votre service) à la fin de chaque de phrase, lesquels remplacent avantageusement le « de rien » et « cause toujours, tu m’intéresses » français !

 

 

La célébrissime Monica, avocate de son état devenue une amie

 

 

Cette gentillesse et cette politesse ne sont-elles que de façade ? C’est bien sûr la question que nous nous sommes posés en tant qu’européens suspicieux de tout. Nous avions essuyé quelques belles désillusions avec un certain nombre de péruviens il y a deux ans, nous connaissions également les manières des tunisiens et des marocains pour te faire acheter un max de trucs dans leurs boutiques en te faisant croire que tu es leur ami, donc nous avions les colombiens à l’oeil.  Pour être honnête, l’excès de politesse des colombiens est parfois gênant quand ils n’osent pas te dire non et t’envoient donc sur une fausse piste juste pour ne pas te faire de la peine. Pour le reste, à l’exception de la côte caraïbe où les populations diffèrent radicalement de celles du reste du pays, la gentillesse des colombiens n’est pas une feinte commerciale. Ici l’humain est encore au centre des préoccupations et il existe une solidarité familiale incroyable qui rejaillit sur les tiers et les étrangers. Si tu as un problème, je ne vois pas un colombien t’envoyer bouler comme le ferait un européen. S’il existe un problème, c’est qu’il existe une solution. Et on va te la trouver !! Et c’est comme cela que nous nous sommes retrouvés entourés, aidés, chouchoutés comme jamais nous ne l’avions été en France, par des colombiens aimables, polis, serviables, gais et chaleureux. Un véritable choc culturel pour des français habitués à la rudesse des relations humaines.

 

Jugez-en plutôt ! En février, je cherchais un grand taxi susceptible de conduire 8 personnes et le double de valises de chez nous à l’aéroport. J’avais remué ciel et terre en vain. Alors que nous étions encore en gros conflit avec le chauffeur de taxi qui nous était rentré dedans, celui-ci percevant notre embarras lors d’une conversation que nous avions eu non loin de ses oreilles lors d’une audience au « Transito », nous a  proposé de nous aider en se mettant à la recherche d’une grande voiture. Et nous l’a trouvée ! J’imagine bien le même truc en France  :mrgreen: . D’ailleurs, jusqu’au dernier moment, tous les français devant emprunter ledit taxi étaient sûrs que nous allions nous faire planter et nous ont sermonnés pour notre crédulité. Raté ! Le taxi était là en temps et en heure.

 

 

Des français ras – su – rés !!

 

 

Comme les relations humaines sont fluides, il arrive que les colombiens te fassent malgré eux des petites blagounettes qui te placent dans un certain embarras. Par exemple, en France, quand tu invites 4 personnes, tu t’attends à ce qu’elles viennent chez toi avec des fleurs ou une bouteille de vin. Au pire, les mains dans les poches. En Colombie,  ce n’est pas la coutume d’apporter un petit présent ou un dessert pour tes hôtes. En revanche, les colombiens n’arrivent jamais seuls ! Tu avais prévu pour 4 ? Tu te retrouves à 8 !!! Au début, nous nous sommes faits avoir plein de fois  :mrgreen: . Mais désormais, je maîtrise. Je demande à combien de voitures ils pensent se déplacer et j’ajoute au nombre de convives invités le nombre de convives susceptibles d’occuper les places vacantes des bagnoles :mrgreen: . Du coup, tu passes de 4 à 8 ou 10. Mais, ce n’est pas grave car ce sont toujours des personnes avec qui tu as potentiellement des atomes crochus  car les colombiens aiment te présenter des personnes « qui peuvent t’aider » ou « te concerner »!! Et par effet boule de neige, tu finis par connaître pas mal de gens qui, dans le lot, ont forcément une solution à tes éventuels problèmes ! Fallait juste le savoir !! 

 

 

Le non moins célèbre José O., avocat universitaire de renom en tenue des champs .. et ses amies franco-colombiennes

 

 

Cette amabilité générale cache cependant quelques mauvaises surprises. Car, ne nous leurrons pas, être un étranger, c’est partout  dans le monde être une proie facile. Et nous n’avons bien entendu pas échappé à ce désagrément. Du plombier indélicat qui encaisse ton argent en sachant qu’il va faire faillite, à l’homme à tout faire qui se rend indispensable pour mieux te voler ensuite, nous avons eu droit à ce genre de désagréments. Sans parler du majordome que nous avions au début qui pensait sincèrement que nous ne nous rendions pas compte qu’il volait nos fruits et légumes pour les revendre dans la boutique de sa femme. Et ouais !! Quand tu es étranger, tu es forcément  aveugle et stupide !! Aucun d’entre eux ne l’a cependant emporté au paradis  :mrgreen: : les 2 premiers font désormais low profile, quant au dernier il a de lui-même démissionné. 

 

A propos de paradis, il y a quand même un truc que je déteste chez les colombiens, c’est leur manie de mettre la religion à toutes les sauces. Les fameux « si Dios quiere ! » et « gracias a Dios » commencent à me gonfler un tantinet, surtout quand ils servent d’excuses commodes pour ne pas tenir un engagement parce que « Dieu n’a pas voulu ». Et que dire des groupes Whatsapp ? Aucun colombien de ce nom n’utilise son abonnement téléphonique pour te joindre. Il utilise Whatsapp. Donc, si tu n’as pas Whatsapp tu es ipso facto marginalisé. Mais, si tu l’as, c’est horrible ! Je fais partie de 3 groupes : un pour le bicross de Charles, un pour sa danse et un pour le dessin. Je ne devrais donc y recevoir que des infos relatives à ces 3 thèmes. Mais pas du tout, pas du tout ! Les parents s’en servent pour plein de trucs et surtout pour poster des prières à la vierge Marie  😐  😐  😐 . Tous les jours je reçois 10 prières à la Vierge Marie !! Et 50 réponses pour dire à quel point c’est « muy bonito » !! Et 50 réponses pour applaudir ! Bref, je vous parle ici d’hystérie collective !! Donc mon tel sonne 400 fois par jour pour des conneries !! Pitié Vierge Marie arrêtez les moyens de communication modernes, je craque complètement  !!!

 

 

Une bien fière prière, assortie d’une photo de qualité rendant un hommage bien mérité à la Vierge

 

 

Les français et nous

 

Avant, nous vivions en Provence. Au pied du Luberon, dans un vieux mas plutôt confortable. A quelques minutes de la nationale 7, quelques poignées de minutes d’Aix-en-Provence et d’Avignon. Accès facile, hiver froid, été chaud. Bien que pourvus d’un nombre raisonnable d’amis et de deux familles assez consistantes, personne (ou presque) n’osait s’aventurer jusqu’à nous. Si nous voulions voir du monde, il nous fallait sortir de chez nous.

 

 

Après, nous sommes partis vivre à l’autre bout du monde. Au pied du Peñon de Guatapé, dans une maison moderne plutôt confortable. A 10 heures d’avion de la France, 2 heures de Medellin, 8 h de Bogota. Accès difficile, hiver tiède, été tiède. Bien que dépourvus d’amis de longue date et de famille sur place, nous ne cessons de recevoir chez nous et de rencontrer du monde. Si nous ne voulions voir personne, nous n’avions qu’à rester en France !

 

Ou … 21 !!!

 

Que s’est-il passé entre le moment M1 et le moment M2 ? J’aimerais le savoir  :mrgreen: . Le fait est que depuis juillet dernier la maison s’est transformée en une espèce de joyeuse scène de théâtre où les gens rentrent et sortent, vont et viennent, restent, parfois. Grâce aux chambres d’hôtes et aux groupes FB de voyageurs nous avons eu la chance de rencontrer plein de francophones géniaux ! Des petites rencontres qui se transforment peu à peu en amitiés gratifiantes ! Charles en profite largement puisqu’il n’a jamais autant joué avec des enfants français que depuis que nous sommes en Colombie. Et je ne parle pas des amis français de longue date ou de la famille qui a fait le déplacement pour nous voir, et que nous remercions chaudement d’être venus partager notre quotidien.

 

 

Les potionnistes !

 

 

Finalement, à Guatapé, nous n’avons jamais été aussi peu seuls. La petite communauté de français s’étant établie dans le village est tout aussi sympa que les gens de passage. Loin des grandes villes nous ne ressentons pas du tout cette ambiance parfois pesante que dénoncent souvent les « vrais » expats contraints de vivre entre français dans la capitale du pays ou dans une grande ville. Ici, les choses sont informelles et il n’y a pas l’ombre d’un lycée français susceptible de mettre les gamins (et leurs parents) en compétition  :mrgreen:.

 

 

Don Juan-Redmond

 

 

Et je n’ai malheureusement pas les photos de tous ceux qui nous ont rendu visite cette année … qu’ils me pardonnent  🙂 

 

Alors, suis-je parvenue à vous convaincre que nous vivions désormais à des années lumières de la France ?

 

 

2 pensées sur “Une année en Colombie : bilan n° 3 : s’intégrer

  • 4 juillet 2018 à 23 h 17 min
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    Mais que tu me fais rire!! J’ai aussi De belle photos De Carlito, Don y Doña… merci pour ce nouveau texte.

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  • 5 juillet 2018 à 1 h 28 min
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    C’est plutôt une réussite que votre expatriation en Colombie. Enjoy it à fond !!
    Néanmoins, je me pose une question: font-ils du bon café ??

    Répondre

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