« Vous pouvez tous aller en enfer. Je vais au Texas ! » *

*  Citation (authentique) de  Davy Crockett venant de se cogner un orteil contre une table basse et défoulant sa colère douloureuse contre de vieux amis à lui, un matin brumeux de novembre 1816  :mrgreen: 

 

Nous aussi nous allons au Texas ! Ou plutôt, nous y retournons : quatrième fois de l’année mon général ! Visez plutôt !

 

 

On va commencer à le connaître le Texas ! Une étoile solitaire sur le drapeau bleu, blanc, rouge ; le deuxième plus vaste Etat des USA, presque 30 millions d’habitants et … une tendance à tous les excès pour le meilleur et pour le plus déconcertant… 

 

 

 

 

Excès climatiques

 

Davy Crockett avait tort : c’est le Texas qui est un enfer. Un enfer climatique en tout cas. Ou alors, on n’a jamais eu de chance hihi . 

 

Quelle anecdote pourrais-je vous raconter pour illustrer mon propos? Celle de notre arrivée début juin 2022 à Laredo par une chaleur humide de 44 degrés à l’ombre à 18 heures ? Même les thermomètres fondaient … Celle de la tempête de vent que nous avons affrontée la semaine dernière en pleine nuit dans les Panhandles Plaines et qui a forcé les 2 malheureux cyclistes qui campaient en tente non loin de nous à passer la nuit dans les sanitaires communs ? On a appris ensuite que les vents sont si violents et déstabilisants à Amarillo, que Boeing vient y tester ses avions avant de les commercialiser (notamment son nouveau 777X)…

 

 

Par chance, on a échappé à ce genre de phénomène (vent de poussière, 1935) : ça, c’était plus notre hiver à Durango hihi

 

 

Ou alors, la vague de froid et de pluie qui sévissait entre Austin et Dallas en mars 2023, quelques jours avant notre bref retour en France ? Celle-là, on s’en souviendra ! Quand un orage éclair violentissime nous est passé sur la tête et a, en quelques minutes à peine, entraîné une chute vertigineuse des températures passant de 28  à 6 ou 7 degrés durablement. Descente d’air polaire vers le sud  a-t-on appris …

 

Mais je garde le meilleur pour la fin. Notre arrivée en avion à Dallas le jeudi 20 avril 2023. Tout allait pour le mieux : les vols Lyon/Madrid et Madrid/ Dallas s’étaient parfaitement enchaînés. On s’emmerdait ferme roupillait peinards depuis une dizaine d’heures, essayant de digérer tant bien que mal l’infâme la délicieuse nourriture Iberia généreusement servie 3 fois, quand notre atterrissage a été retardé. Et pas qu’un peu. Fermeture de l’aéroport de Dallas pour orage de grêle. Alors, nous avons tourné dans le ciel, plein plein de tours. Un vrai manège. Avec les turbulences qui faisaient monter et descendre l’avion sans aucune logique, on a tous failli vomir. Et le commandant de bord qui essayait de nous rassurer comme il pouvait en nous expliquant qu’il restait (encore) assez de kérosène pour effectuer toutes ces facéties aéronautiques ! Quel bout en train celui-là ! Heureusement que sa bonne humeur était contagieuse, sinon au aurait presque eu peur… Le bon côté des choses, c’est que la gravité aidant, un avion finit toujours par rejoindre la terre ferme (de façon plus ou moins élégante, mais il retombe toujours). C’est ce que nous avons finalement fait, en nous cognant la tête au plafond à chaque trou d’air lors de la descente. Il pleuvait des trombes d’eau sur Dallas et c’est le UBER qui nous raccompagnait jusqu’au van qui a vraiment failli nous tuer en évitant de justesse de s’encastrer dans la voiture qui nous précédait. Pfffff….

 

Au moment de cette photo, nous survolions encore peinards les Pyrénées

 

 

J’imagine qu’un climat aussi rude, ça doit forger le caractère des habitants qui le subissent …

 

Une fois n’est pas coutume, ces 3 photos ne sont pas de moi, car il pleuvait beaucoup trop pour se hasarder dehors à les faire !

 

 

Excès d’immensité

 

Sans vouloir critiquer Davy Crockett, se barrer furieux en disant « je vais au Texas ! », c’était donner peu de chances à ses interlocuteurs de le retrouver. Parce que le Texas, amigos, c’est grrrrrand, mais grrrrand … Grosso modo 1300 kms nord-sud, 1400 kms est-ouest. Plus vaste que notre cher pays la France. Nous l’avons appris à nos dépens.

 

 

Photo globalement représentative des paysages texans sur 80% du territoire

 

Vous me direz qu’en parcourant au total presque 2500 kms dans le Texas, on doit commencer à en connaître un rayon ! Ce à quoi je répondrai : oui et non. Nous connaissons désormais fort bien les immenses routes en lignes droites qui traversent l’Etat, les paysages désespérément plats, les autoroutes à 8 voies en entrées de très grandes villes, leurs ponts qui s’entrecroisent dans tous les sens, la circulation démente dans les agglomérations, les fermes aux 10 000 vaches, les cultures extensives, les champs d’éoliennes et les puits de pétrole. Bref, les périphéries urbaines et la campagne.

 

 

Le gisement Ewing

 

 

Mais, nous n’avons pas eu l’occasion d’aller nous balader le nez au vent sur la réputée côte texane ni de parcourir le parc national de Big Bend, tout comme nous ne sommes entrés dans aucune des grandes villes du Texas : Houston, Dallas, Austin. J’aurais adoré, mais c’était trop compliqué en van et les journées de stationnement à 50 dollars ont achevé de nous en dissuader. Nous avons donc raté les centres urbains les plus hype du Texas, leurs musées incroyables et … (c’est un moindre mal) leurs drogués arpentant les rues comme des zombies.

 

 

ça, c’est compliqué

ça c’est une cause de désespoir

 

 

Une exception cependant : San Antonio, la plus mexicaine des villes texanes (le Texas était espagnol puis mexicain jusqu’en 1836) ! En effet, 65 % de sa population est latina, ce qui donne l’occasion de croiser dans ses rues la célébration de coutumes étrangères aux moeurs américaines, comme celles des « quinceañeras » : la cérémonie des 15 ans qui marque le passage des jeunes filles à l’âge à adulte.

 

 

Une « quinceañera » avec sa robe de princesse, le photographe et ses copines

 

Nous ne connaissions rien de cette cité, mais nous l’avons beaucoup appréciée, aux confins des influences américaines et latinos.

 

Son centre-ville qui se visite à pied, le long de la rivière est absolument charmant. C’est propre et on s’y sent en sécurité : ni poubelles, ni drogués. Je ne sais pas comment la mairie réussit ce miracle, mais ça mérite d’être salué !

 

 

 

 

Le river walk mesure près de 15 miles !

 

 

De quoi te permettre de te promener longuement et de visiter le centre moderne et les quartiers historiques sans prendre ton véhicule.

 

 

Quartiers historiques qui comprennent notamment la mission franciscaine de El Alamo. Datant  du 18ème siècle, elle s’est transformée un siècle plus tard en base militaire où s’illustra et périt… Davy Crockett. En effet, en 1836, se déroula ici la plus grande bataille de la Révolution texane contre le Mexique, qui conduisit à son indépendance et à la naissance de l’état du Texas. Tant pis pour Davy Crockett, mais ayant déjà visité de nombreuses missions auparavant (et autres forts), nous faisons l’impasse sur celle-ci, tout comme sur celles de la  banlieue de San Antonio. 

 

 

El Alamo sous la pluie

 

Des bateaux navettes remontent la rivière et les écluses pour ceux qui veulent aller plus vite.

 

 

La nuit, c’est encore plus sympa. 

 

 

 

Il n’en demeure pas moins qu’il faisait très mauvais. Ce qui a, en partie, gâché nos visites et qui nous a contraints à poursuivre notre route … C’est dommage car la ville mérite vraiment qu’on s’y attarde. Quel contraste avec les petites villes que nous allons ensuite parcourir !

 

Excès d’agonie des campagnes

 

En parlant de jolies villes, il y a un truc qui choquerait Davy Crockett s’il revenait parmi nous, c’est le contraste qui existe entre les grands centres urbains hyper modernes, dynamiques, surpeuplés et … le reste du territoire.

 

 

ça, ce sont des immeubles de Dallas

 

 

Parlons de l’axe San Antonio-Austin-Dallas et Fortworth : en forçant un peu le trait, c’est comme une immense ville qui ne s’arrête jamais, une banlieue touchant la suivante, le tout sur 450 bornes de long … Un truc de fou … Des zones commerciales à perte de vue, des zones pavillonnaires, des zones d’habitats modestes… un centre-ville … un peu de campagne … et c’est reparti … Allez dans l’agglomération de Houston et le sentiment est le même : une densité de population incroyable étalée sur des dizaines de kms … 

 

Maintenant, sortez de là et c’est le désert … S’il y a 30 millions d’habitants au Texas, presque aucun ne vit en campagne. Les petites villes sont à l’abandon, sauf quelques pimpantes comme Jefferson (ici) au nord-est.

 

L’effet est absolument saisissant… Des centres-villes vides, des maisons et des hôtels abandonnés, des commerces qui ont cessé d’exister depuis si longtemps que personne ne doit plus se rappeler ce qu’ils vendaient au « bon vieux temps » …

 

Ici à Mineral Wells, bourgade thermale de 16 000 habitants, avec son hôtel 1929 de 450 chambres, abandonné et peut-être en voie de réhabilitation : 

 

Mais le bon vieux temps a disparu … La petite ville de San Jon en lisière de Texas et de Nouveau Mexique nous a paru particulièrement emblématique de cette agonie d’une Amérique jadis prospère jusque dans ses campagnes, mais aujourd’hui en ruine. C’est un exemple parmi tant d’autres.

 

 

La rue principale, déserte

 

 

Encore habitée par 216 personnes, elle pourrait passer pour une ville fantôme … Pourtant, il n’y a pas si longtemps, avant que l’autoroute ne soit construite et ne détourne le flot de circulation à son détriment, il s’agissait d’une petite ville agréable où les commerces s’échelonnaient le long de sa large route principale (ex route 66). 

 

 

Des maisons abandonnées …

 

 

Même les RV sont fracassés (celui-ci date des années 1970)  :

 

 

De l’époque, il ne subsiste que son Motel. Plus personne n’y vient jamais et le toit s’effondre progressivement par endroit… Ceux qui s’y présentent encore (j’ai lu les commentaires sur Google) ne le font que parce qu’ils sont … tombés en panne à proximité de San Jon. Tous racontent que le très vieux propriétaire est accueillant mais que les matelas en laine, l’odeur de renfermé, la déco et les sanitaires obsolètes, les chiens qui aboient en font une expérience inoubliable, digne des films d’épouvante des années 1970 (« Massacre à la tronçonneuse » a été tourné au Texas). Mais tous, recommandent l’établissement, ne serait-ce que pour soutenir un vieux rêve américain sur le point d’être enterré.  

 

 

 

Je trouve que c’est l’un des aspects les plus tristes, sordides et … fascinants des US, ces villes fantômes ou entrain de le devenir … Il y a comme une espèce de tradition-malédiction dans ce pays : des villes se créent autour d’un intérêt économique X ou Y; puis quand cet intérêt disparaît (mines, route 66, industrie automobile, etc …), les gens perdent leur emploi, les commerces ferment, les maisons ne se louent plus et ne se vendent plus, elles sont abandonnées à tout jamais par leurs occupants qui migrent vers une zone plus attractive (ou meurent ?). Souvent ils laissent tout sur place… Et la ville devient une ghost town.

 

J’y reviendrai dans mon article suivant, car le Nouveau-Mexique présente, de ce point de vue, des curiosités dignes d’intérêt. Hélas !

 

Excès de nostalgie

 

Ce qui me conduit au point suivant : comme partout aux US, les campagnes et les villes de petites envergures du Texas vivent dans le passé. Un futur positif ne semblant pas possible pour une grande partie de la population, alors elle se recroqueville sur 2 âges d’or : celui des pionniers et celui des années prospères de l’après-guerre.

 

Souvent les quelques boutiques encore ouvertes sont des brocantes où tous les objets de plus de 30 ans (en particulier les vieilles bouteilles de soda) sont considérés comme des antiquités aussi précieuses que des vases grecs ou romains. Et pour cause, ici le passé est presque contemporain.

 

 

Par ailleurs, on ne compte plus les musées qui célèbrent le « american way of life » .

 

En ce sens, nous avons beaucoup apprécié le musée du camping-car situé à Amarillo. C’est la première exposition de ce genre que nous ayons vue. Elle nous rappelle que les américains qui, à l’époque des cowboys transportaient leur bordel leur maison dans des carrioles tirées par des chevaux, ont ensuite tout naturellement inventé la caravane (1935), puis le camping-car quand les moteurs ont remplacé les animaux ! Ce sont des experts et des « gens du voyage », aucun doute sur ce point.

 

En voici quelques-uns :

 

La première caravane « airstream »  inventée, 1935

Un modèle « airstream » plus récent

 

 

 

 

 

 

 

Mais Amarillo a d’autres tours dans son sac : je pense en particulier au Cadillac Ranch qui se situe à mi-parcours de l’ancienne route 66, entre Chicago et Los Angeles. Il s’agit, originellement (1974) d’une sculpture monumentale de 10 vieilles Cadillac plantées dans le sol. Sorte d’hommage critique à l’âge d’or de l’automobile américaine, sérieusement remis en cause par les chocs pétroliers du début et milieu des années 1970. Elles sont en accès libre et chacun est libre de les repeindre ou de les taguer. Elles disparaissent d’ailleurs derrière leurs épaisses couches de peinture !

 

 

Carlito a beaucoup apprécié !

 

 

 

Mais ce que Carlito a préféré de la route 66, c’est un autre de ses symboles, lui aussi né au début des années 1970 : le Big texan, un restaurant de viande et motel.

 

 

Il compte remporter le défi qui a rendu célèbre le resto : manger en moins d’une heure, un steack de plus de 2 kilos(72 oz)  avec ses accompagnements. S’il réussit, son repas d’une valeur de 72 dollars lui sera offert.

 

 

 

 

Nous voici attablés dans un décor westerno-rustique de bon aloi.

 

 

S’il veut réussir, il doit s’asseoir sur une estrade spécifique et le chronomètre sera lancé. 

 

 

Néanmoins, l’animal se dégonfle … A l’entrée du resto, il a vu ce que représentaient en quantité  le steack et sa garniture. Par ailleurs, il sait qu’un concurrent vorace a réussi à engouffrer le tout en 4 minutes (c’est le record) ; le même ayant gobé 3 steacks de ce poids en moins de 20 minutes (autre record).

 

Plus modestement, il se rassoit à côté de papa et maman. Nous nous contentons d’une commande … ordinaire hihi. La viande, qui ne vaut quand même pas celle de notre pote JR, est néanmoins délicieuse. Carlito aura pu en profiter sans se rendre malade hihi.

 

 

Un bon moment et une bonne adresse !

 

 

 

Avec tout cela, il nous restait à dépenser nos calories en marchant un peu ….

 

Excès de beauté dans certains State Parks

 

Davy Crockett ne pouvait pas le savoir, mais son Etat préféré allait, au cours du siècle suivant, se transformer en une terre d’accueil pour les State Park, ou « parcs d’Etats »… Les State parc c’est normalement super car, moyennant un coût d’entrée raisonnable, tu as accès à un coin de nature aménagé, avec sentiers, lacs de pêches, campings et parfois douches chaudes.

 

Sauf qu’au Texas, tous ne sont pas géniaux et ne possèdent en fait aucun intérêt touristique. Inutile de vous en dresser une liste, mais beaucoup nous ont déçus.

 

Deux nous ont cependant beaucoup intéressés. Le premier, que nous avions visité en septembre 2022, se trouve au nord-est du Texas : le « Caddo lake State Park« . Magnifique endroit, jouissant d’un climat subtropical, où les arbres paraissent hantés et les alligators se cachent dans les herbes hautes des bords de lagunes …

 

 

Un parce de fées et de lutins

 

 

Le second se trouve grosso modo à 1000 bornes plus à l’ouest, à côté d‘Amarillo : le « State park de Palo Duro ». A l’inverse du précédent, il se situe en zone semi-aride. Après avoir parcouru des plaines hideuses pendant des centaines de kilomètres, l’effet  est saisissant : il s’agit d’une vaste saignée de 160 kms de long et 330 mètres de profondeur au milieu de nulle part, qui en fait le deuxième plus vaste canyon des US après le fameux « Grand Canyon » d’Arizona.

 

 

Quand nous y arrivons, il fait très mauvais. mais la météo est formelle : de midi pile à 15H50, il fera beau et nous pourrons réaliser sa marche star : celle qui conduit aux « Lighthouses« , 2 cheminées immenses de pierres rouges.

 

 

 

Reconnaissons aux américains qu’ils ont des services météos très précis et fiables, qui ne se trompent pas. A midi pile, le soleil sort. Nous faisons donc les 10 bornes aller/ retour au pas de charge. Les paysages sont superbes. Les photos en témoignent mieux que moi.

 

 

Et de fait, alors que nous sommes de retour dans le véhicule, la pluie se met à tomber à 15H50. Je suis aussi bluffée par les paysages que par le précision de la météo hihi.

 

Ainsi s’achève nos séjour Texans.

 

Jérôme et Carlito  donnent tort à 100 % à Davy Crockett: dans l’ensemble, hormis quelques endroits, ils n’ont pas aimé le Texas et ne seraient pas morts pour lui. Ils n’ont plus qu’une hâte : sortir des plaines monotones et des sinistres petites villes inhabitées. Je suis plus mitigée qu’eux : certes les routes y sont trop longues et ennuyeuses, mais nous y avons quand même vu de belles choses. Il aurait fallu assister à un rodéo pour que l’expérience soit complète … Mais y reviendra-t-on un jour ?

 

 

 

 

 

En route … pour d’autres plaines !

 

Une pensée sur “« Vous pouvez tous aller en enfer. Je vais au Texas ! » *

  • 5 mai 2023 à 16 h 47 min
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    L’aventure continue régalez vous bien on se régale de vos petites aventures !!! Ici tout va bien nous n’avons toujours pas eu la chance d’avoir un peu de pluie et il commence à faire chaud pour la saison. Demain nous partons en randonnée avec JR Fred Monique et Henri nous penserons bien à vous. Des bisous du midi à vous 3

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