Un petit tour sur la Route 66 et puis s’en vont

Route 66 de Barstow à Kingman, Calico + Bilan du voyage

 

Dimanche 11 novembre. Nous approchons de la fin du voyage à très grands pas. Pourtant, l’heure n’est pas encore tout à fait aux bilans de ces 5 semaines dans l’Ouest américain.

D’ailleurs, quelle heure est-il ? Telle a été LA question du voyage !

Voici le problème à résoudre, vous avez 15 minutes :« Soit une famille de 3 personnes vivant en Colombie, mais étant en contact avec la France de façon régulière / Cette famille voyage dans un pays comportant plusieurs fuseaux horaires qu’elle traverse quelques fois par semaine (et parfois par jour) / Soit un pays – la France – qui passe en heure d’hiver au milieu du séjour / Soit un autre pays – les USA – qui passe en heure d’hiver aux 2/3 du séjour » : question : « quelle heure est-il à Las Vegas (Nevada) le 27 octobre / à Kindman (Arizona) le 4 novembre / et à Los Angeles (Californie) le 13 novembre quand il est 16 heures en France heure d’été ? » ! Vous n’avez rien compris ? Nous non plus ! Alors … on a laissé tomber et vécu aux heures qui nous arrangeaient !

Le temps étant devenu flexible, nous en avons donc profité pour ne pas nous reposer et ajouter quelques kms supplémentaires à un itinéraire qui n’en manquait déjà pas. Je vous rappelle que nous étions à Monterey au sud de San Francisco. Donc, il aurait été ballot de ne pas faire un petit détour par le sud de la Californie pour aller se balader sur la fameuse route 66. Pensez-vous ! 1500 bornes de plus, c’était une paille pour des gens qui ne voulaient plus du tout rouler !

 

Les français et la Route 66

 

Pour être franche, nous n’avions pas prévu de nous rendre à hauteur de la Route 66. La seule chose que cette dernière évoquait pour nous était un mythe fabriqué par une marque de motos autour d’un concept un peu commercial de liberté. Mais au fur et à mesure que nous discutions avec des touristes français, tous nous vantaient les charmes de la « mother road ». Alors … pourquoi pas ?

 

 

Bien sûr, il n’était pas question de traverser les USA pour rejoindre Chicago, mais seulement de parcourir le minuscule tronçon (à l’échelle du pays) allant de Barstow à Kingman, soit environ 300 bornes. Un petit bout de chemin, mais un petit bout de chemin instructif qui nous a permis de sortir de nos clichés à l’égard de la route 66 pour découvrir des aspects beaucoup plus intéressants que ceux que nous soupçonnions initialement. Très loin des seules Harley Davidson.

 

 

En effet, nous nous attendions à croiser des centaines de Harley sur une route qui aurait elle-même été bordée de boutiques de souvenirs de mauvais goût. Mais il n’en n’est rien. Presque déçus hihi. La Route 66 est avant tout une route. Banale. Parcourue de bus de touristes et de camping-cars. Et parfois de motos. Elle traverse alternativement de beaux et laids paysages, des bleds infâmes, des petites villes, des lieux authentiques et d’autres reconstitués …

 

Et dire qu’elles étaient à l’arrêt !

 

Parlons tout d’abord de ces derniers.

A proximité de Barstow se trouve tout d’abord la ville « fantôme » de Calico. Je mets des guillemets à fantôme car il s’agit d’une ancienne ville minière ayant prospéré une dizaine d’années à la fin du 19ème siècle sur l’exploitation de l’argent et du borax. Elle est désormais vendue comme une ville abandonnée à visiter, mais il s’agit en fait d’une ville restaurée et remplie de boutiques. C’était sympa pour Charles de voir une ville du « far west de l’époque », mais l’aspect commercial est un peu trop présent.

 

 

Même constat pour l’autre soit-disant ville fantôme de Oatman, beaucoup plus loin. Donnée pour une ville abandonnée elle est en fait habitée et très bien exploitée touristiquement. Heureusement qu’on y croise de mignonnes petites mules en liberté !

 

Courageux, mais pas téméraire

 

Entre les deux, il reste un lieu visité par une immense majorité de français (d’après le propriétaire des lieux, 70 % des clients viennent de France) : le Bagdad café (où se déroule le film du même nom). Whaou ! Si l’endroit n’a pas d’intérêt particulier pour ceux qui n’ont pas vu le film, il témoigne en revanche de l’engouement de nos compatriotes pour la Route 66 qui, partout, ont laissé des mots, des photos et des signatures. Il y règne une ambiance très particulière de nostalgie et de dévotion touristique, qui n’est pas désagréable du tout. 

 

Allez Les verts !

Une ambiance …

 

A tel point que nous finissons par nous demander si la Route 66 ne serait pas devenue un concept purement français sensé représenter une liberté devenue inaccessible au commun des mortels. Car, à ce moment-là, je ne vois aucun américain s’extasier sur la « mother road » et sa signification symbolique. Juste des français, des français et des français en pèlerinage, heureux de repartir avec une photo d’eux sur un lieu mythique et la conviction rivée au coeur d’avoir eu accès à un Graal. La Statue de la Liberté n’a qu’à bien se tenir : elle trouve dans la 66 Route une concurrente de taille !

 

Les américains et la Route 66

 

Qu’allons-nous donc chercher ici que nous ne trouvons plus en France ? Pourquoi fantasmons-nous un Ailleurs de liberté qui serait symbolisé par cette route ? Au demeurant, cette dernière remplit-elle encore le rôle qu’on lui prête chez nous ?

 

 

Autant le dire tout de suite, la réponse est aujourd’hui négative puisque la Route 66 a été déclassée depuis de nombreuses années et n’existe officiellement plus. Elle a été remplacée par des  interstates highways  plus modernes, offrant plus de sécurité, d’accessibilité et de prévisibilité. Encore une fois, adieu le charme, bonjour la vitesse et la rentabilité !

 

 

Pourtant cette route a eu une véritable importance pour les américains. Et c’est le très intéressant musée de Kingman qui nous l’explique. La région qui nous intéresse était évidemment un endroit stratégique pour la conquête de l’Ouest, c’est pourquoi les pionniers ont eu tôt fait de comprendre l’intérêt de s’approprier et d’aménager les sentiers ancestraux créés par les indiens. Ce n’est que plus tard, en 1926, qu’est née l’idée de fédérer des portions de routes existantes pour créer ce qui deviendrait la « mother road » entre Chicago et Santa Monica en Californie.

 

 

Elle connut ses heures sombres au moment de la crise de 1929, puis du Dust Bowl qui lui succéda (tempêtes de poussière et sécheresse continue de 1932 à 1937), empruntée par des milliers de personnes fuyant la crise en direction de la Californie, en espérant une vie meilleure. Qui ne vint pas puisque la plupart furent contraintes de rebrousser chemin par les autorités californiennes.

 

 

Puis, la Route 66 connut des heures plus glorieuses  après la 2ème Guerre Mondiale, permettant un véritable développement économique des régions qu’elle traversait, la création de motels, de station-services et le développement du tourisme. Un peu comme la nationale 7 en France à la même époque. Elle est liée à cette idée du « american way of life » de l’après guerre.

 

 

Pourtant Eisenhower en sonna le glas dès la fin des années 1950, en proposant de créer un réseau routier plus moderne inspiré du modèle allemand. La Route 66 allait peu à peu tomber en désuétude avant d’être définitivement déclassée en 1985.

 

 

Aujourd’hui, la Route 66 n’a donc plus qu’une valeur historique et sentimentale pour les passionnés.

 

 

 

Comme je l’ai dit plus haut, elle n’offre rien de plus que d’autres routes, même si certains tronçons dans les montagnes sont superbes.

 

 

Elle recèle néanmoins une part de nostalgie d’un temps où les voyages n’étaient pas encore totalement standardisés. Comme pour beaucoup d’autres, elle a su toucher nos coeurs, moins pour ce qu’elle est, que pour tout ce qu’elle n’est plus aujourd’hui : le symbole d’un temps insouciant et conquérant, d’un avenir de tous les possibles …

 

 

Dimanche 11 novembre, 16H30. Le soleil se couche sur le Lake Mead en périphérie de Las Vegas.

 

Sont forts ces ricains … zont même su reconstituer le sphinx en naturel

 

A 17 heures, il fera nuit noire. Dehors, les meutes de coyottes se font déjà entendre. C’est la fin d’un très beau périple aux USA. .

 

 

 

L’heure du bilan des 5 semaines a désormais sonné !

 

4 Etats traversés : Nevada, Californie, Utah et Arizona. Voir :

6000 kms au compteur (hum…) : il est vrai que le pays s’y prête, avec ses belles routes droites

Coût de la vie : correct pour des français, diesel moins cher que dans l’Hexagone (bon y a pas de mal), nourriture et restos à des prix comparables (j’ai bien dit à prix comparables et non à qualité comparable : si tu commences à lire la liste des ingrédients des produits, tu renonces à manger quoi que ce soit).

Coût pour dormir (en camping-car !!) : inexistant, sauf sur la côte californienne où il n’est pas autorisé de bivouaquer. Partout ailleurs, il est possible de le faire gratuitement. D’où l’intérêt ici de ce mode de locomotion, d’autant qu’il y a de nombreuses possibilités de locations. Pour nous, c’était encore mieux puisqu’il nous appartenait. Nous avons donc pu visiter les US avec un budget ultra raisonnable.

Un bon plan : Flixbus : plutôt que de faire un Los Angeles / Las Vegas en avion low-cost (300 dollars AR pour 3), nous avons pris le bus (30 dollars AR pour 3). Bus moderne, propre, rapide. Impeccable !

 

Ce que nous avons aimé :

 

– Le confort de notre nouveau camping-car (!)

– Le caractère grandiose des paysages

– La sympathie directe des américains quand tu parviens à discuter avec eux

– La météo clémente et les grands ciels bleus sans nuages

– La facilité pour bivouaquer

– La liberté laissée aux automobilistes et la facilité de se déplacer en véhicule sur de belles routes toutes droites et sans péages

– Les véhicules totalement dingues circulant sur les routes

– Le respect des piétons et du code de la route

– La ponctualité et la propreté

– La richesse de la faune sauvage et la facilité pour l’apercevoir

– La côte californienne et ses animaux marins

 

Ce que nous n’avons pas aimé :

 

– L’immensité du pays qui oblige à beaucoup rouler (oui, je sais, on pouvait s’en douter)

– L’affluence touristique déraisonnable dans les parcs proches de Las Vegas et de Moab

– La standardisation des approches de la nature dans ces mêmes parcs

– Le caractère impersonnel de la plupart des endroits touristiques

– Le manque de contact au quotidien avec les américains et le manque de lieux de convivialité en dehors des station-services et des fast-foods. Bref, des places de villages pittoresques pour regarder vivre les gens et partager un peu leur quotidien

– Le caractère ultra psychorigide des américains dès qu’il s’agit de faire appliquer une règle (on est tombé sur 2 ou 3 cons qui auraient pu faire bonne figure dans un dîner organisé par Thierry Lhermitte, notamment le charmant monsieur qui, au Parc National des Arches, est venu me menacer de me dénoncer au shérif et au ranger car « mes » enfants avaient détérioré le patrimoine national (entendez un petit rocher sans importance) en gravant leurs petites initiales dessus. Ce n’était pas « mes » enfants puisque Charles n’était pas avec moi, mais le gars m’ a suspectée de mentir jusqu’au moment où les parents des délinquants en herbe méritant la prison à vie ont fini par se manifester … Pffff … ).

– La laideur de la plupart des villes et villages traversés

– La qualité très médiocre de la nourriture

– La société ultra individualiste qui laisse tellement de gens sur le carreau

 

Conclusion : magnifique voyage dans des décors mythiques, mais nous n’avons pas eu le coup de foudre pour cet immense pays qui, à notre goût personnel et non universel (je me permets d’insister pour éviter les insultes ^^), a trop gommé le charme au profit de l’utilitaire, l’humain au profit du business, la lenteur de la découverte à la rentabilité touristique. Nous sommes très contents d’avoir pu y faire un tour, mais décidés à n’y revenir que pour aller chercher le CC au storage de Las Vegas et le descendre au Mexique. Décidément, nous sommes beaucoup plus hémisphère sud que nord (oui, oui, je sais le Mexique est en Amérique du Nord hihi) !

 

Mais, finalement, n’oublions pas qu’il n’est pas nécessaire de voyager si loin, puisque : 

 

 

THE END ….

Une pensée sur “Un petit tour sur la Route 66 et puis s’en vont

  • 1 décembre 2018 à 17 h 21 min
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    Salut les no-amerloc ! Et je comprends pourquoi :)) Valérie comme toujours j’ai pris beaucoup de plaisir à te lire :)) et à découvrir à vos côtés l’ouest américain 🙂 j’espère que tout se passe toujours aussi bien à Guatapé ! Bisous à bientôt

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