J’ai testé la médecine 2.0 en Colombie, entre surprise, hilarité et … consternation !

 

Aujourd’hui, c’était le jour du docteur  ! Et quelle journée ! Je vous raconte !

 

Depuis que nous vivons en Colombie, beaucoup de personnes nous demandent comment nous nous faisons soigner (sous-entendu – méchant – dans ce pays du Tiers-Monde). Levons immédiatement le doute !

 

Quand nous sommes malades, c’est évidemment au grand sorcier du village que nous nous adressons. Ce dernier, un os dans le nez, un pagne en peau de bête et des tatouages sur le visage, fait tout d’abord bouillir un chat afin de lire les oracles concernant notre santé, avant de nous administrer une potion à base d’yeux de grenouilles et de crottes de rats. C’est dégueu, mais ça requinque bien.

 

Si ça ne suffit pas (ou parce que je plaisante), nous nous tournons vers une médecine plus occidentale qui cache néanmoins quelques surprises ! Pour tout vous dire, les choses ne fonctionnent pas vraiment comme en France et nous l’apprenons tous les jours à nos dépens, faisant au passage marrer pas mal de colombiens !

 

Concernant la santé, et à supposer que tu y sois éligible, tout commence par le choix de ta sécu, qui fonctionne en fait comme une mutuelle française, puisqu’il n’existe pas de régime général comme en France. Te voilà donc réduit à faire ton petit marché au pays des assureurs, avant de jeter ton dévolu sur tel ou tel organisme ainsi que sur tel ou tel forfait. Comme une mutuelle, vous dis-je ! Ce choix opéré, il ne te reste plus qu’à … patienter ! On a tous fait la queue dans une administration française quelconque et je pensais avoir tout expérimenté en matière d’attente, mais reconnaissons que dans ce domaine les colombiens battent les français à plate couture ! En Colombie, « patienter quelque part »  a été érigé en art de vivre et fait partie intégrale du folklore national, au même titre que de danser le Bambuco ou de dévorer une bandeja paisa .   » – Tu fais quoi aujourd’hui ? – Ben … je vais patienter à la banque ! – Et toi ? Moi ? J’ai sécu pendant 2 jours ! Mais j’espère en ressortir avant le WE, sinon je serai de retour lundi, y paraît qu’on peut dormir sur les bancs ! ». 

 

C’est ainsi que le jour où nous avons opté pour SURA, a aussi débuté un marathon administratif cauchemardesque,  imposant de se réveiller plusieurs jours d’affilée à 6 heures du matin afin de prendre un RV d’affiliation via le serveur internet, lequel était (est et sera) systématiquement saturé de 6h01 jusqu’au lendemain 5h59.  Pinaise ! C’était presque aussi drôle et décevant que de tenter sa chance sur une machine à sous ! Sauf que tu ne remportes le jackpot que le jour où, après des heures et des heures de queue en présentiel, de nombreux allers-retours guichet/photocopieuse, de nombreuses erreurs de documents à fournir et que sais-je encore, la gentille dame du guichet te remet ta carte d’affilié. Il est bon ce moment ! Tu courrais presque te faire arracher une dent sans raison, histoire de profiter de ta nouvelle carte de « sécu » !

 

Alors voilà … ça faisait plus d’un an que j’avais en ma possession ce précieux sésame, aussi me suis-je décidée à en profiter et à rendre visite à mon médecin. En fait, j’avais juste besoin d’un banal suivi gynéco. Problème : dans le cas colombien et vu mon forfait de santé, il était hors de question pour moi de prendre un RV directement avec ce genre de spécialiste. Il me fallait d’abord passer par mon « médecin de famille ». Mais …. au fait …. j’ai bien une famille, mais où se trouve le médecin  susceptible de la soigner ? Dans mes délires de française, je me voyais déjà  demander conseil à une amie pour rencontrer son médecin de campagne aguerri, dévoué et rempli d’humanité. J’en avais presque la larme à l’oeil … quand j’ai déchanté rapidos ! Le « mode d’emploi » SURA était formel : je ne pouvais prendre RV avec un médecin que via le serveur internet (encore lui), lequel se chargerait de me mettre en contact avec un docteur. Aucun espoir d’expliquer mon cas à une secrétaire compatissante…!  Aimable comme un douanier chilien découvrant de la viande crue dans un frigo, le serveur internet m’a donc expédiée chez le docteur Illustre Inconnu  à 35 bornes de chez moi, un mardi à 14 h. Bien, bien, bien …

 

 

Le hall d’entrée manquait de statues de Vierges. J’aurais immédiatement dû me méfier !

 

 

Et c’est là, qu’un peu bêtement je l’avoue, je me suis dit « je vais y aller en bus ». Mais de retard en retard, il est 14h03 quand je finis par franchir la porte d’un hall d’aéroport. Euh … du cabinet médical. Enfin je crois …. Mais où suis-je ? La salle d’attente d’un simple médecin peut-elle vraiment mesurer  200 m² ? De toute évidence oui si j’en crois mes yeux …

 

 

Quand je pense qu’en France une salle d’attente contenant plus de 5 personnes me faisait fuir  … J’en dû en affronter 173 en Colombie hihi

 

 

Très en retard, je pensais m’adresser directement à une secrétaire, mais il me faut d’abord piloter en espagnol « une machine à faire la queue » remplie de boutons énigmatiques. Misère ! Je n’y comprends rien de rien ! Alors, morte de rire, je récupère méthodiquement un ticket correspondant à chacun. Comme ça, j’irai au guichet qui me prendra en premier même si ça n’a rien à voir avec mon rendez-vous hihi !

 

 

Sujet : « l’homme et la machine ». Vous avez 3 heures !

 

 

C’est à ce moment précis qu’un miracle se produit ! Je crois reconnaître mon nom prononcé à l’espagnol dans un mauvais haut-parleur. La petite doña Baléry Vernaoude est attendue  à la consultation porte 19 ! La petite doña Baléry ! Dernier appel avant la fermeture des portes ! Ni une ni deux, je me mets à courir dans les couloirs ne sachant pas où se trouve la porte 19, mais bien décidée à la trouver. De toute évidence, mon médecin n’est pas seul à pratiquer son art ici. Un indice : elle n’était pas du tout entre la 18 et la 20 hihi Quand je pousse enfin la 19, je découvre un homme masqué. Pas façon  carnaval de Venise ou partie fine sado-maso, ne vous méprenez pas. Masqué de façon médicale. Le détail a son importance, vous allez comprendre. Assis derrière son ordi, celui que je suppose être le médecin est bien décidé à ne pas en bouger. La bouche couverte par son masque-bâillon, et tel un robot 2.0, il se met alors à me poser 1000 questions que je ne comprends absolument pas. Rien. Que dalle. Forcément … je ne les entends pas hihi ! Il s’ensuit alors des quiproquos tous plus incroyables les uns que les autres (et je n’invente rien) !

 

 

Pour un peu je poussais la porte d’à côté et m’électrocutais. VDM

 

 

Alors que je lui demande un suivi gynéco, celui-ci me propose de consulter un oto-rhino, convaincu que je suis sourde. Mais je ne veux pas d’un oto-rhino ! Je veux un gynéco ! Comme je ne comprends toujours rien à ce qu’il me raconte (et réciproquement de toute évidence), il envisage ensuite un RV chez un psy pour traiter ma débilité légère ! Je manque de m’étouffer, mais je ne lâche rien ! Je ne viens pas du Stupidistan, je suis française et je souhaite qu’on me parle sans bâillon devant la bouche, ce qui améliorera mon taux de compréhension ! Perplexe, le gars accepte enfin d’enlever son masque et se met à me parler comme à une vieille gâteuse sourde comme un pot, en articulant exagérément ses mots : un gy-né-co ??? A vo-tre â-ge ? C’est pour une li-ga-ture des trom-pes ??? A 45 ans il va fal -loir y pen-ser (sous-entendu si vous ne voulez pas mettre au monde d’autres tarés congénitaux de votre espèce) ! Je manque de m’étrangler une seconde fois. Je veux juste voir un gynéco pour passer une mammographie. Continuant à ânonner, le monsieur m’explique que je suis trop jeune pour y prétendre. Je n’ai droit qu’à une échographie. En revanche, SURA fait des promos sur la ligature des trompes, c’est balot de ne pas en profiter… Pinaise … et si je lui suggérais de se faire couper les roubignoles, histoire qu’il arrête de briser celles des autres (pardonnez ma grossièreté. Mais bon c’est pénible à la fin cette idée fixe !) ? 

 

Un ange passe
(photo : https://www.ange-paradis.com/statuette-ange-serenite.html)

 

 

Histoire de changer de sujet, je quémande une imagerie quelconque pour des douleurs de dos récurrentes, histoire de poser enfin un diagnostic sérieux sur ces dernières. Bizarrement, il se met à me comprendre parfaitement pour m’opposer une réponse négative. Il me prescrit alors 6 cachets à prendre en 2 fois et je serai guérie.  Autant aller à la messe et se gaver du corps du Christ, ça fera le même effet. En tout cas, on ne pourra pas dire que dans ce pays les médecins creusent le trou de la sécu ou se laissent séduire par les gestes généreux des labos hihi  Un sou est un sou et il n’est pas question d’en dépenser un de trop !

 

Mon calvaire médical touche à sa fin. Il est 14h21, j’ai vu le médecin moins de 10 minutes. Je tends la main pour récupérer mes 2 ordonnances et payer, quand celui-ci m’apprend que je dois retourner faire la queue avec les 173 patients qui séjournent depuis des heures dans la salle d’attente de 200 m² , pour régler ces formalités. En serio ??!! Oui, oui, sérieusement ! Por Dios, pitié, pas ça !!! Retour devant la machine « à faire la queue » qu’il n’est plus question de soudoyer en récoltant une poignée de tickets, vu qu’une préposée veille désormais à ce que l’on prenne celui correspondant à nos besoins. Je vais pleinement pouvoir savourer le verbe « esperar » qui, en espagnol, signifie à la fois espérer et attendre. Pour attendre, j’ai attendu ! Pas moins d’ 2 h 12 minutes (je n’invente rien). Pour espérer, j’ai espéré ! A chaque « cling » entendu, j’ai espéré que le téléviseur m’annonçait le moment de la délivrance. Qui a fini par venir à 16h33. J’ai réglé mon dû, soit l’équivalent d’un euro, récupéré mes ordonnances, et suis partie m’enfiler un remontant histoire de me remettre de mon après-midi médical. Quand je suis rentrée chez moi en bus, il faisait nuit. Et je n’avais toujours pas obtenu de suivi gynéco ….

 

 

 

Moralité …

 

Je savais que se faire soigner relevait un peu du parcours du combattant en Colombie, mais pas forcément à ce point ! Non pas que les soins soient forcément mauvais puisque de nombreux américains du nord viennent en profiter, mais à cause de cette pesanteur administrative qui plombe le processus !

 

Bref, je ne suis pas une adepte de la médecine « industrielle  » 2.0 et du remplacement des humains par des robots ou assimilés !

 

M’enfin … Je crois avoir désormais compris la leçon :

 

  • soit j’accepte de payer plus cher mes mensualités pour être mieux soignée,

 

  • soit je fonce aux urgences du mini hôpital de Guatapé quand j’ai le moindre bobo : ils ne sont pas super compétents, mais ils savent recoudre un menton et faire la différence entre une verrue et un orgelet, le tout dans un cadre croquignolet et sous le haut patronage de la Vierge. En plus, contrairement aux médecins-robots de SURA, il reste aux praticiens locaux un peu d’humanité hihi

 

  • soit je prends des RV médicaux en tant que « particulier » : moyennant un non remboursement total, je peux bénéficier de tous les soins dont j’ai besoin : mammographie, gynéco, IRM … Je vais juste devoir ouvrir en grand mon portefeuille. Par chance, les soins et médicaments sont beaucoup moins chers qu’en France.

 

  • ultime solution : je choisis d’être en pleine forme et de ne jamais tomber malade. Allez go ! Je vote pour la dernière branche de l’alternative ! 

 

 

PS – Si tu es en voyage en Colombie et que tu tombes malade, fonce aux urgences de n’importe quel hôpital tu trouveras toujours un médecin pour t’examiner. En plus, pour les soins de base, c’est souvent gratuit.

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