Bref, on a essayé de vendre notre maison colombienne …

 

Au bout de 4 ans de vie à plein temps, nous pensions connaître la Colombie un peu mieux que de simples voyageurs… Oui, un peu mieux, mais peut-être pas tant que ça finalement ….

Remercions donc le premier semestre 2021 qui a totalement remis nos pendules à l’heure sur ce point   :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

 

Premier épisode : la vente de notre finca colombienne

 

… Retrouver un peu de mobilité

 

L’idée de vendre notre magnifique finca nous est venue l’an dernier pendant le confinement. Ou plutôt juste après. C’est l’addition « 6 mois d’emprisonnement » + « le retour d’un insupportable tourisme de masse drainant tout ce que la Colombie compte d’abrutis bruyants et de sans-gênes » + « l’éloignement de Medellin et d’une communauté française un peu consistante » qui nous a poussé à mettre en vente notre maison.

 

Notre baraque on l’adore, mais c’est un boulet au quotidien : 8000 m² de terrain, d’arbres fruitiers, de fleurs et d’herbe qui poussent très très vite tout le temps, temps, temps. Des poules, des chats. Des trombes d’eau qui ravagent tout 6 mois par an. Un bateau qui se rêve trop souvent à notre goût en sous-marin plutôt qu’en hors-bord. Et personne ou presque pour nous seconder. C’est le Paradis, mais nous, nous aimerions bien (re)voyager plus souvent, plus facilement, sans ce souci. Alors voilà, on s’est décidé … Et c’est là que tout s’est compliqué …

 

 

 

 

Quelques conséquences collatérales agaçantes et inattendues …

 

 

Vous allez voir comme parfois les choses vous échappent alors que vous pensiez votre stratégie parfaite hihi…..

 

Comme nous ne souhaitions pas avoir tous les curieux du département en visite chez nous, c’est très logiquement que nous avons opté pour l’agence immobilière de Guatapé  (à l’époque – pas si lointaine – il n’y en avait qu’une. Désormais il y a aussi celle de nos amis français French Riviera), plutôt que de  mettre en vente la maison sur l’équivalent colombien du Bon Coin. On aurait pu se douter que notre choix était quand même un peu con-con dans la mesure où ladite agence a ses portes fermées depuis mars 2020 par peur bleue du covid et que, si elle continue néanmoins à travailler, c’est uniquement sur rendez-vous avec application drastique des normes sanitaires. Ce qui, il faut bien en convenir, dissuade un peu tout le monde de venir demander une information….  ¡ Juepucha ! comme disent les colombiens, on n’était donc pas sortis de l’auberge pour trouver un client ! Mais d’autres (indélicats) allaient nous apporter leur aide… 

 

 

Tu vois cette maison entourée en rose, elle est à vendre !

 

 

C’est ainsi qu’un beau matin, notre délicieux voisin qui en a 4 ans n’avait jamais daigné nous saluer car il déteste les gringos est arrivé chez nous tout sourire avec un autre mec se présentant comme un « chercheur de biens » pour un cousin d’Amérique. Après une visite de la propriété le gars en question en est sûr, c’est LA maison que son cousin cherche et il reviendra nous le présenter bientôt. Moyennant quoi, à vot’ bon coeur m’sieur dame, ça fera 4% du prix de la propriété pour nous présenter un gars sans aucun autre travail. 4% d’une maison de ce prix là ça représente quand même… 5 ou 6 ans de salaire minimum colombien… Juste pour nous mettre en contact avec quelqu’un. Bueno … on ne se mouche pas du coude dans le voisinage et je comprends alors mieux pourquoi mon voisin, dont les yeux brillent exagérément, est désormais si agréable avec nous. A ce moment là, je lui demanderais de lécher mes semelles pleines de boue qu’il le ferait sans hésiter…. Mais je ne suis pas comme ça et je n’ai surtout pas envie de  filer tout ce fric à un mec que je déteste.

 

Mais ce n’était que le premier d’une longue liste…

Je trouvais bizarre, soudainement, que plein de personnes que je ne connaissais presque pas auparavant se mettent soudainement à me sourire ou à me demander des nouvelles. En quelques semaines « doña Valérie » était devenue d’une popularité extravagante dans ce petit village… Le bruit s’était répandu que nous vendions notre finca … Et tout le monde s’en réjouissait sans que je ne sache vraiment pourquoi. Je n’étais pas assez parano pour penser que tous les villageois se félicitaient de notre départ, genre « bon débarras les gringos » , mais pas assez naïve pour considérer que j’avais  autant de nouveaux amis. Bizarre ….

 

Ce que j’ignorais alors c’est que chaque villageois, à notre insu totale, était devenu « notre » agent immobilier. Car, autre inconnue de l’époque, j’ignorais qu’en Colombie il est tout à fait légal d’être un commissionnaire informel (comme mon voisin, en fait). Et tout à fait acceptable, voire recommandé,  d’être un cuistre sans vergogne.

 

C’est ainsi qu’un beau matin (et la scène s’est répétée plusieurs fois), en consultant la page FB du pueblo « Ofertas de servicios Guatapé« , destinée à mettre en relations les commerçants et leurs éventuels clients pour vendre des salades, des gâteaux ou des empanadas, j’ai retrouvé les photos de notre maison avec le nom d’un mec inconnu la proposant à la vente comme s’il s’agissait de la sienne. D’où venaient les photos ? Il m’a fallu plusieurs jours pour enquêter et constater qu’elles avaient été dérobées dans le téléphone d’une amie à qui je les avais envoyées, par son propre fils. Puis reprises et reprises par d’autres. Genre effet boule de neige. Chaque semaine ou presque un nouveau gars proposait notre finca à la vente. Sans notre accord. Sans nous connaître. En divulguant des photos si précises qu’on pouvait établir l’inventaire du contenu de nos placards malencontreusement restés ouverts au moment de la photo. Photo privée que je ne pensais pas divulguer.

 

J’ai commencé à flipper grave, selon l’expression consacrée. Et à être très en colère que tout le monde dans ce village connaisse désormais mon intimité jusqu’à la couleur de mes slips, alors que nous avons toujours été très discrets tant sur notre maison que sur notre vie en général. Et là, horreur ! sur une page internet touchant plusieurs milliers de personnes notre maison était devenue la curiosité des villageois qui se régalaient à laisser des petits commentaires admiratifs, jaloux, curieux, bienveillants ou malveillants. Mais je ne savais toujours pas QUI se permettait de mettre en vente la maison sans notre accord et sous plusieurs autres noms … Ni une ni deux j’ai donc contacté les indélicats qui, sans exception, ont feint la plus grande surprise que je m’offusque de leur démarche pourtant-si-altruiste-doña-Valérie-que-pena consistant à chercher pour nous des clients. Certes, ils ne nous connaissaient pas ou à peine, certes nous ne leur avions rien demandé, certes par facilité ils avaient mis la finca à leur nom ou à celui d’une pseudo agence  sur l’annonce, mais ils nous auraient retrouvés le jour où ils auraient eu un client sous la main pour nous ! J’hallucinais ! Je t’en foutrais, moi, des « que pena doña Valérie » ! De grosses engueulades et quelques menaces de plaintes à la police plus tard, les indélicats semblent pour le moment avoir disparu … Affaire à suivre néanmoins.

 

Mais le summum c’est que depuis cette mésaventure datant du mois d’avril les faux agents immobiliers ont fleuri à Guatapé : n’importe quel blaireau propose désormais des maisons ou des terrains à la vente sur des pages Facebook créées à cet effet. Moyennant quoi, en parallèle,  sont également apparus sur les murs des fincas de Guatapé ce genre de panneaux : « la maison n’est ni à vendre, ni à louer, ni à échanger, ni à hypothéquer, ne vous faites pas avoir ». Celui-ci a été installé par un de mes voisins à l’entrée de mon quartier et je pense qu’il a subi le même genre d’indélicatesse que nous… Il faudra que je lui demande. 

 

 

Cette propriété n’est ni à vendre, ni à échanger, ni à louer. Ne vous laissez pas arnaquer

 

 

 

Le folklore colombien c’est malheureusement aussi du côté des clients…

 

Nous nous doutions que vendre une maison ayant un prix élevé ne serait pas chose aisée. Aussi avons-nous convenu que cela prendrait le temps qu’il faudrait, quitte à ce que ce soit plusieurs années dans la mesure où nous ne sommes en rien pressés. Nous avons donc fixé nos conditions, nos marges de négociation et roule ma poule. Les agences (car entre temps nous en avions trouvé d’autres dans la région) étaient prévenues. Mais nous, nous n’étions pas encore très au fait des folklores colombiens de l’achat immobilier. 

 

 

Il y a tout d’abord le gars qui, après visite, tombe AMOUREUX de ta finca. Vraiment, il la veut, sa vie en dépend. Petit souci, il t’avoue qu’il n’a pas le dixième de la somme en poche et que tu dois donc accepter de lui faire TOI un prêt sur plusieurs années. Sur le coup je pensais n’avoir pas bien compris, genre ma maîtrise de l’espagnol n’est peut-être pas aussi bonne que je ne le pensais. Mais pas du tout ! J’avais très bien compris. La méthode existe ici et est légale. Elle s’appelle acheter à « plazos« . Pour faire simple, ce n’est pas la banque qui prête l’argent (les colombiens détestent les banques qui pratiquent des taux d’intérêts très très très défavorables), mais le vendeur : tu vas chez le notaire, tu signes un contrat dans lequel tu remets ta maison à un mec qui s’engage à te payer tous les mois pendant XXX temps. Au bout de tout ce temps, il sera propriétaire. Entre temps il vit chez toi. L’histoire ne dit pas comment se faire payer si l’acquéreur fait faux bond au vendeur ce qui doit arriver une fois sur deux ………. 

 

Je trouvais la méthode originale et déconcertante, mais nous n’étions pas au bout de nos surprises hihi. La Colombie offre aux rêveurs désargentés d’autres alternatives amusantes, comme celle de pouvoir payer « en nature » avec d’autres biens matériels jusqu’à concurrence de la somme. Tu peux échanger ta maison contre celle de quelqu’un d’autre, c’est légal. Et si les biens n’ont pas la même valeur, alors il est possible de compléter avec une voiture, un bateau, un cheval, des oeuvres d’art, un frigo, ton échelle en alu, tes boutons de manchettes, tes slips et l’urne funéraire de ta belle-mère. Por Dios ! Qu’allions-nous faire de tout ce bordel ?!!! Lorsque la question s’est posée, nous avons poliment décliné, prétextant que la couleur des boutons de manchettes n’iraient pas avec celle de nos chemises. Pffff ….

 

 

 

 

Mais le plus curieux restait à venir…

Comme ce jour où j’étais seule à la maison et qu’une agence immobilière a débarqué avec des clients, prétendument entrepreneurs à Medellin (je n’ai jamais su dans quel business ils bossaient et je serais très mauvaise langue d’affirmer sans preuves qu’il s’agissait du commerce de la poudre blanche, mais …. nous en sommes en Colombie….). Bref, se pointe un gros 4×4 dont sortent 4 men in black d’une cinquantaine d’années, avec des pompes de rappeurs à strass. Enthousiaste, le gars de l’agence me glisse à l’oreille tout fier et tout content :  « ils peuvent payer, eux ». Et nous voilà partis faire le tour du propriétaire. De toute évidence, la maison en elle-même ne les intéresse pas. Ce qu’ils veulent savoir de l’agent immobilier, pensant que je ne comprends pas l’espagnol, c’est s’il sera possible de blanchir de l’argent avec des étrangers comme nous. Si nous serions susceptibles d’accepter ce genre de marché. Je ne vais pas faire ma vierge effarouchée, mais je ne me sens pas tranquille car je n’ai pas du tout l’intention de vendre notre maison à des narcos ou assimilés. La visite se termine quand Jérôme revient enfin du village. Il me fait alors remarquer que le gros 4×4 auquel je n’ai bien sûr pas prêté attention car-je-suis-une-femme est exactement un Mercedes G préparé par Brabus … et qu’elle vaut à peu près le même prix que notre maison …. Sauve qui peut ! nous sommes rattrapés par le côté obscure de la force colombienne ! 

 

 

Le genre de voiture que je n’avais remarquée à prime abord, mais qui vaut quelques sous, surtout en Colombie où les taxes d’importations sont très élevées

 

 

Or, en Colombie, les très riches et/ou hommes politiques ont tous les droits. Puisqu’ils sont riches, vous avez compris. C’est ainsi qu’un homme politique  haut placé dans l’Etat colombien a lui aussi jeté son dévolu sur notre maison. Avec tout ce que nous venions de vivre ces quelques derniers mois, je me méfiais un peu pour tout vous avouer. Sans forcer le trait exagérément, ce genre de personne est nécessairement quelqu’un qui a le bras long et qui s’y connaît bien en entourloupes en tous genres, pour ne pas dire en matière de corruption (qui n’existe pas en Colombie, of course). Truc étrange, le monsieur (et sa cour de lèche-bottes) visite la maison, tombe sous son indéniable charme et s’en va sans discuter du prix. Le soir même, un de ses sbires fait savoir à notre agence que ledit monsieur avant de faire une proposition demande qu’on lui envoie les copies de tous les documents officiels de la maison. Pour voir. Et là, chat échaudé, je refuse. L’agent immobilier a beau me garantir qu’il s’agit d’une buena gente qui ne fera rien de mal avec nos écritures, je refuse net, expliquant que lorsqu’il aura fait une proposition notre avocat se mettra en contact avec le sien et lui communiquera en temps et en heure les documents. La réponse de l’intéressé ne se fait pas attendre : nous avons offensé monseigneur qui ne donnera donc pas suite au negocio … J’en ai presque des sueurs froides : pourquoi cet homme voulait-il nos écritures, qu’allait-il en faire ? Je suis certainement devenue complètement parano, mais qui sait … ?

 

Epilogue ….

 

Nous sommes le 25 juin 2021 et la maison n’est toujours pas vendue. 

La faute au folklore colombien ? Un peu …

La faute à ses propriétaires ? Beaucoup …

 

Le comble du comble dans tout cela c’est que nous avions trouvé un acquéreur sérieux et non folklorique un tout petit peu en-dessous du prix que nous voulions. Mais, le fait qu’un client sérieux se présente nous a mis au pied du mur et … nous n’avons pas pu nous décider à vendre ! Certes, nous avons une liste de griefs longue comme un demi bras contre Guatapé, mais une liste beaucoup plus longue de choses que nous adorons et que nous ne retrouverons que péniblement ailleurs.

Le « client sérieux » a donc acheté un autre bien et nous avons gardé notre paradis parfois trop perturbé par les colombiens sans-gênes, partagés que nous sommes entre la fascination que nous éprouvons pour cet endroit magique et notre besoin de liberté. L’avenir tranchera …

 

PS – Notre voisin ne nous a plus jamais (re)salué depuis qu’il sait que nous avons fait foirer son plan : c’était lui qui nous avait présenté LE « client sérieux » ….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9 pensées sur “Bref, on a essayé de vendre notre maison colombienne …

  • 25 juin 2021 à 22 h 00 min
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    Cc les voisins , hou la la que de rebondissements dans votre village… Soyez prudents quand même et bon courage pour une future vente… Ou pas…. Bonne chance, des bisous à vous 3

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    • 25 juin 2021 à 22 h 29 min
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      Merci beaucoup ! on vous embrasse bien fort aussi !

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  • 26 juin 2021 à 9 h 28 min
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    Hola Valérie et Jérôme !

    Avec tout ça, je me suis mis à cherché de manière effrénée les photos dévoilant les fameux slips pour en connaître les couleurs. Car, à mon humble avis, le paiement en nature d’un client potentiel via ses slips pourrait avoir l’avantage de compléter votre collection et de vous lancer dans une carrière d’influenceur de mode, spécialisé dans les dessous, sur Instagram. Mais pour cela, il faut connaître les-dîtes couleurs. Malheureusement, mes recherches sont restées vaines…
    Mais je ne perds pas espoir ! J’ai d’ailleurs récemment été en contact avec un politicien colombien qui a bien failli réussir à retrouver les photos. Il était même à deux doigts de pouvoir me donner, en plus des photos, tous les plans et papiers de la finca concernée. Malheureusement notre petite affaire est tombée à l’eau sans que je sache pourquoi. Il semblerait que des gringos paranos leur aient mis des bâtonos dans les roues. Mais, soyez rassurés un jour, très bientôt, je dégoterai ces photos et je vous amènerai sur un plateau, un client et sa farandole de slips colorés pour qu’enfin un nouvel avenir vous soit donné !!

    A bientôt amigos

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      • 10 juillet 2021 à 15 h 57 min
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        Merci pour le petit clin d’œil à French Riviera Finca Raíz
        La Colombie est pleine de rebondissements…. J’en ai encore de bien bons à te transmettre !!!!

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    • 27 juin 2021 à 0 h 00 min
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      jajaja ! Parfait ! On compte sur toit … euh … sur toi !

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  • 26 juin 2021 à 13 h 34 min
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    Bonjour,
    et avez vous essayé de contacter Netflix pour une série « les tribulations de la vente d’une Finca », saison 1. Cela paierait peut être les frais d’agence? Et l’arrivée d’une armada de cameramen chez vous rehausserait votre étoile auprès des voisin…
    Bonne chance
    Christian et Armelle

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    • 26 juin 2021 à 23 h 59 min
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      Attends de lire le second épisode de nos déboires, pour de bon je vais devoir les contacter hihi

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