Tout a commencé fin novembre… On venait de se la couler douce (point de vue climat) depuis des mois, de supporter de grosses chaleurs en octobre au sud du Maroc, de profiter de ces journées d’automne où l’été s’éternise … En chemises, parfois en tee-shirts, mais jamais avec une veste. Ou alors une petite le matin, juste pour dire qu’on était presque en hiver quand même …!
Et puis, il y a eu une première pluie mi-novembre. Pas de celle qui lave vraiment les rues, mais plutôt de celle qui exhale les odeurs d’urine de tous les crados incontinents de la ville : ça puait, mais c’était joli à voir ces rues qui luisaient au lever du soleil. De toute façon, au Maroc, il fallait de l’eau urgemment pour contrer un peu la sécheresse, elle était donc la bienvenue.

C’est mi-décembre que les intempéries sont devenues vraiment sérieuses. Ce matin-là, je prends le bus pour rejoindre le sud de Rabat. Soudain, une tempête s’abat sur nous. Il pleut si fort que j’en rate mon arrêt. Je dois rebrousser chemin à pied sur plus d’un kilomètre: une bourrasque retourne mon parapluie, mes chaussures sont trempées et pour éviter de finir comme une serpillère mal essorée, je me réfugie sous le porche d’une maison avec un compagnon marocain d’infortune qui n’en croit pas ses yeux lui non plus. « Le changement climatique, me bredouille-t-il ». Bueno, s’il le dit …
Le soir, je m’aventure en bord d’océan. La tempête fait rage, mais elle est « instagramable », c’est sûr !
Dans les locaux et appartements sans radiateurs (le nôtre comme une multitude d’autres), il commence à cailler fort. Pire, il fait meilleur dehors que dedans : on enlève une couche quand on sort, on en remet une dedans car l’humidité-froide a pris ses quartiers pour l’hiver et ne veut plus sortir des immeubles.
J’espère néanmoins que la météo va revenir au beau fixe car nous devons partir pendant 26 jours faire un tour du Maroc avec d’autres camping-caristes et si on a ce temps-là entre le 27 décembre et le 21 janvier, ça va pas être commode … Ils viennent tous profiter du beau temps et de la chaleur et aucun d’entre eux n’a pris la peine de se renseigner sur la météo réelle qu’il peut faire au Maroc en hiver.

L’Espagne nous accueille sous les intempéries
Nous voici à Tarifa, tout en bas de l’Espagne, juste en face du Maroc. Sur la plage on peut presque faire coucou aux marocains tellement nous sommes géographiquement proches d’eux. Pourtant, en ce 26 décembre, nous n’apercevons rien d’autre qu’un ciel noir d’encre qui n’annonce rien de bon dans la région.
C’est confirmé : il se met à tomber des trombes d’eau et quand nous rejoignons les autres au camping, le sol s’est transformé en cloaque argileux : comme on doit quitter les lieux le lendemain vers 6 heures du mat’ et prendre le ferry de 8 heures, il va falloir trouver une solution pour qu’on ne reste pas collectivement enlisé… Les combats dans la boue matinaux, c’est pas notre truc… Tout le monde met donc ses deux roues avant sur le goudron de l’allée, le cul dans la gadoue, et on espère que Dios fera le reste en temps en heure. Par chance, Dios s’est réveillé tôt et nous a permis d’accéder au port sans encombre, juste les véhicules bien sales.
Je prie pour que la mer ne soit pas déchainée. La semaine précédente un bateau de la compagnie Balearia s’est retrouvé en difficulté dans le détroit de Gibraltar et tous les véhicules se sont entrechoqués dans la cale pendant la traversée, causant des dégâts importants. Heureusement, la houle n’est pas suffisamment forte ce matin là pour engendrer une nouvelle catastrophe de ce genre, provocant seulement de belles nausées aux organismes sensibles. Dont le mien.
A Tanger Med, la pluie a cessé. En route pour le beau temps ?
Oui, mais … non !!
Nous fonçons plein sud pour aller passer notre première nuit à Kenitra. Kenitra, c’est à environ 300 bornes de Tanger, sur la côte, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rabat. C’est une ville industrielle, bordée de bidonvilles, mais avec une jolie côte.
Premier constat : toute cette portion de pays est inondée ! Partout la flotte déborde, les champs sont transformés en lacs. C’est impressionnant pour le pays.
Deuxième constat : Kenitra c’est déjà pas très beau, mais avec ce climat, on dirait que les égouts débordent, que les rivières de fortune charrient toutes les ordures non ramassées. C’est dégueulasse. Bonjour la première impression pour ceux qui n’ont jamais mis un pied dans le pays ! L’arrivée au camping se fait sous la pluie et chacun passe la soirée enfermé dans son camping-car, un peu misérable…
Le lendemain, visite de Rabat. La végétation est d’un vert insolent et la visite au site archéologique du Chellah, un peu glissante. Mais on s’accroche.
Le soleil nous honore d’un rayon en fin de soirée, ça doit être bon signe.

Puis, on enchaine avec Oualidia, au sud de Casablanca. Rien à signaler. On devait aller se promener à Safi, à proximité, mais il en est hors de question. 15 jours auparavant, pendant que je m’abritais comme je le pouvais sous un porche pour ne pas finir trempée comme une soupe, une quarantaine de malheureux périssaient noyés dans la médina de Safi, dévastée par des inondations soudaines.
Direction Marrakech pour y passer quelques jours, dont le réveillon du jour de l’an. Accalmie climatique, ouf ! Il ne fait pas chaud, mais c’est normal, c’est l’hiver. Dans le groupe les participants commencent à se demander si on leur a toujours menti sur le Maroc …
Dimanche 4 janvier, on reprend la route pour Essaouira sur la côte. Le lever de soleil est sublime avec le vent qui souffle en tempête.



Dans la nuit il a beaucoup plu et la nationale est bordée d’endroits inondés. Surprise ! Peu avant le camping où nous devons séjourner pour deux nuits, notre route en croise une autre. Ou ce qu’il en reste. A ce moment-là, elle s’est transformée en oued en grosse crue, nous barrant littéralement la route. Impossible de passer par-là !

Demi-tour ! Nous trouvons un autre chemin : plus loin un pont permet de passer au-dessus de l’oued en crue. On hésite un peu à l’emprunter car la rivière a déjà beaucoup creusé et fissuré les talus qui le bordent, fragilisant l’ouvrage. On fonce et on passe ! Ouf ! On apprendra plus tard que le pont sera ensuite fermé à la circulation car trop endommagé…

Le séjour à Essaouira est humide : pendant que le groupe se lance dans une visite de la ville, nous préférons nous réfugier chez nous. Les averses alternent et, en fermant les yeux, on se croirait en Colombie quand l’eau tombant furieusement du ciel se fracassait sur le toit de notre maison … Chose incroyable : la campagne environnante fleurit …

Le mardi matin, nous reprenons la route. Nous devons nous rendre au nord d’Agadir par la nationale côtière. Impossible : elle est coupée à mi-chemin depuis presque 3 semaines car un pont s’est effondré… Comme on ne va pas lancer des campings-cars sur des pistes pour contourner l’obstacle, il faut trouver un plan B. Nous décidons donc de revenir sur nos pas pour aller prendre l’autoroute qui relie Marrakech à Agadir.
Mais, en attendant, il faut repasser par l’itinéraire parcouru l’avant-veille. Le pont étant coupé, pas d’autre solution que de revenir jusqu’à l’oued en crue, pour voir s’il est désormais traversable. Devant l’obstacle, on hésite. Certes le niveau de l’eau a beaucoup baissé, mais elle arrive encore à hauteur de roues et le courant reste fort. Pire, on ne voit pas très bien où se trouve la route normale sous l’eau, ni si elle est endommagée ou pas. De l’autre côté, un gars en mobylette nous observe. Il quitte ses chaussures, remonte son pantalon et … attend de voir si nous passons sans encombre ou pas. Tant pis ! On se lance ! Le courant nous pousse vers la gauche, mais nous ressortons du gué sans difficulté supplémentaire. Derrière nous, d’autres nous imitent. Rassuré, le « mobylettiste » va pouvoir plonger à son tour !
Direction l’autoroute. On descend désormais plein sud ! A 50 bornes d’Agadir, sur notre gauche, un superbe paysage de montagnes enneigées s’offre à notre vue. C’est extra : on a la douceur de la région et le contraste de l’hiver sur la même carte postale !

A Agadir, on remonte un peu vers le nord sur la route côtière pour aller dormir à Aourir, à l’entrée de la route menant à la Vallée du Paradis. Elle aussi est alors fermée car victime des inondations … Pffff …
Bien sûr, tout le monde râle un peu. Comme les dizaines de milliers de touristes qui sont venus passer leurs vacances de Noël au Maroc, chacun est persuadé « que ça n’arrive qu’à moi de venir au Maroc et de ne subir que du mauvais temps ! ». En fait, je peux vous le garantir, la pluie n’a discriminé personne et elle est bien tombée sur la tête de tous ceux qui étaient présents dans le pays hihi.
Le sud, fief du beau temps, heureusement !
A Agadir, la douceur satisfait finalement tout le monde.
Nous prenons ensuite la route de Tafraoute dans les montagnes. Celle que nous empruntons parcourt des montagnes inconnues des touristes. Ici les inondations ont généré des paysages stupéfiants de beauté.
Même sec le décor montagneux est superbe.
A Tafraoute, il fait enfin vraiment beau. Froid, mais beau ! Les rochers sont toujours aussi majestueux.
Au petit matin, il a gelé mais le ciel est dégagé.

Tout comme dans la superbe région de Tata.
Entre Tata et Zagora ce sont les crues de l’année dernière qui ont laissé des stigmates : les ponts bousculés par les oueds n’ont toujours pas été reconstruits. Par contre, cette année, les pluies sont restées loin de la région et la sécheresse a repris ses droits, hélas.

Entre Zagora et Ouarzazate, le beau temps se maintient. Comme nous connaissons bien la région, nous nous contentons d’un petit arrêt à la cascade de Tizgui qui est en eau. L’endroit est terriblement mignon à défaut d’être grandiose.
Ouarzazate nous accueille avec un froid de canard, comme il se doit en cette saison. Tout autour les montagnes de la chaine du Haut Atlas sont enneigées..
A Dadès et Tinghir, l’hiver est là-aussi installé pour de bon. Au sommet des gorges de Dadès, la neige est proche et il gèle à pierre fendre.
A Tinghir, il fait guère plus chaud, mais le ciel dégagé nous offre un coucher de soleil mémorable sur la palmeraie. Le moral des troupes serait presque revenu mais sans bonnet sur la tête, on s’enrhume !
On va quand même pas se prendre la neige pour de bon ?!
Je rassure tout les membres du groupe (pas trop convaincue quand même car l’année dernière il y avait des lacs dans les dunes en raison des pluies automnales inhabituelles) : nous nous dirigeons vers le désert de Merzouga. Aucune chance d’intempéries ! D’ailleurs, en octobre, au même endroit, il faisait une bonne quarantaine de degrés, ça n’a pas pu refroidir si vite !
Je vais vite déchanter, tout comme Carlito qui a fait suivre une panoplie de shorts-indispensables-quand-on-voyage-au-Maroc ! Plus nous avançons, plus le ciel se couvre. L’intéressé en convient, comme il l’avait déjà fait à Rabat, il va devoir composer avec le climat !

Quand nous arrivons au camping, les pieds dans les dunes, nous devons nous rendre à l’évidence : il pleut ! Oui, mesdames et messieurs ! Il pleut dans le désert sous vos applaudissements !! Les membres du groupe sont au bout de leur vie … Nous aussi.

Par chance, le lendemain et le surlendemain, le soleil revient. Les excursions peuvent se dérouler normalement et les participants retrouvent le sourire, un vrai grand sourire.

Néanmoins, les intempéries qui se sont déchainées en amont du désert ont permis au lac Srji Dayet de se reconstituer entièrement. Au fond, dans le lointain, se découpent les dunes de sable ocres, tandis que dans le lac bleu se reflètent dromadaires et flamants roses. C’est sublime !
Tout comme est sublime le lever de soleil sur notre dernier matin dans le désert. Il annonce le retour du mauvais temps.
Qui hésite à s’imposer à droite, mais à laisser tranquille la gauche …
Depuis Merzouga, pour regagner Fès, nous devons passer par la vallée du Ziz, Midelt, Azrou et Ifrane, là-haut dans les montagnes.

Quand nous arrivons à Midelt, environ 1500 mètres d’altitude, la neige menace sérieusement. Toutes les montagnes entourant ce haut plateau sont blanchies.

Quelques minutes avant la nuit de gros flocons cotonneux se mettent à tomber. Bien sûr, nous n’avons pas de pneus neige. Que ferons-nous au petit matin ? La route reliant Ifrane et la forêt des cèdres sera-t-elle ouverte ? J’ai de sérieuses raisons d’en douter car elle a été fermée toute la journée : non seulement il neige, mais le vent la rabat sur la route, rendant les opérations de déneigement inutiles…

Au petit matin, nous appelons la gendarmerie. Si la neige n’a pas tenu à Midelt, elle encombre le col reliant cette ville à Ifrane, puis Fès. Elle demeure fermée. Pour la journée et les suivantes. Vite, il nous faut trouver un plan B. Les gendarmes hésitent : c’est peut-être ouvert par Boulemane, mais c’est pas sûr… On a un groupe de 15 véhicules à coacher : on ne peut pas les envoyer n’importe où …

Pourtant, il faut y aller. On lance tout le monde en direction de Boulemane. 20 bornes avant, la circulation est arrêtée. Que se passe-t-il ? Vérification faite, la barrière d’enneigement est fermée. On ne passe pas par là non plus. C’est un vrai casse-tête ! Nous sommes sur le point de tous rebrousser chemin quand, soudain, la circulation est à nouveau possible. Les opérations de déneigement sont finis !
Le groupe se lance donc prudemment. Plus nous avançons, plus la hauteur de neige s’accroît sur les bas côtés. C’est pas énorme, mais il doit y avoir une quinzaine de centimètres dans les prés. En tout cas c’est suffisant pour rendre les paysages aussi insolites que magnifiques.
La route est glissante, mais les opérations de salage l’ont rendue praticable. On croise un bus qui a glissé, puis un camion accidenté. Sur la file inverse, des véhicules ployant sous leur chargement essaient d’atteindre le sommet du col. C’est épique !

Un gros embouteillage de véhicules en file indienne s’est formé et il nous faudra assez longtemps pour regagner la vallée … Tous sains et saufs. Ouf !
Fès, elle aussi a les pieds dans l’eau. Le camping est boueux et la visite de la ville le lendemain se fait accompagnée par un vent glacial.
Tous les participants maudissent désormais le climat marocain ! Mais heureusement Carlito réchauffe les coeurs en soufflant ses 16 bougies !
Il reste un dernier effort à accomplir : retourner à Tanger, point de départ et point final du voyage. Nous décidons de remonter à Asilah, dernière nuit étape, par l’autoroute. Nous sommes le 20 janvier et … devinez quoi ?! Il tombe des trombes d’eau… 400 bornes sous la flotte … pffff ….
Quand nous arrivons au camping, nous redoutons de nous embourber… Mais tout se passera à peu près bien. C’est le groupe suivant qui, le surlendemain, se retrouvera au même endroit dans des conditions peu désirables. Je vous laisse regarder les photos, elles décriront la situation mieux que mes mots !
Tant qu’à nous, nous sommes rentrés chez nous … Notre petite station météo était formelle : 16 degré dans l’appart’ et 79 % d’humidité… L’hiver va être looooong ….!
PS- Bonne nouvelle, les rues ne sentent plus le pipi sec








































































