« El dia de los muertos » en Tehotihuacan ou comment transformer la Toussaint en événement hilarant

Tehotihuacan

 

Comme tout le monde, je déteste la Toussaint. Aller rendre visite à ses morts dans le brouillard d’un petit matin glauque, c’est pas mon truc. Pardonne moi maman. Alors cette année, destination le Mexique pour aller voir si on s’amuse davantage sur les tombes de ce côté de l’océan qu’en France.

 

L’occasion, nous l’avions puisque notre fidèle destrier nous attendait à Tehotihuacan en storage depuis le mois de mai. Quelques heures d’avion depuis Medellin, une arrivée au poil à 3h30 du matin à Mexico City incluant une fouille des valises par des douaniers mieux réveillés que nous (des fois qu’il s’agisse d’un vol Air Cocaïne reliant directement Escobar à El Chapo), une heure de Uber et nous y étions.

 

De là se posait une question : passer le WE férié à Tehotihuacan ou se rendre rapidos dans un lieu plus touristique avec des shows professionnels bien rodés ? La flemme familiale, la possibilité de nous éloigner du flux de perches à selfies du tourisme de masse et l’absence total d’intérêt pour les lieux « instagramables », nous ont finalement fait opter pour la première branche de l’alternative !

 

Retour à Tehotihuacan

 

Alors, Tehotihuacan, on adore ! Pour la troisième fois en 6 mois, nous repartons en direction des pyramides ! Le site est gigantesque et il se trouve toujours quelques détails à découvrir, comme cette très belle fresque dite du Tlalocan dans le Palacio de Tepantitla.

 

 

 

 

Les pyramides sont toujours en place. Seul le petit vent du nord glacial nous rappelle que nous sommes fin octobre et que la fête des morts approche.

 

 

 

A l’époque, déjà, le peuple de Tehotihuacan avait l’habitude de faire différents rituels et offrandes aux défunts, tout au long de l’année, afin de leur permettre d’atteindre l’un des 4 Paradis possibles. De la nourriture, des pierres de jade, des vases, des couteaux et du copal étaient offerts en leur honneur. Pour les amateurs de chamanisme, un festival avait d’ailleurs lieu le 2 novembre pour se reconnecter aux énergies cosmiques (d’où, probablement, l’insistance des douaniers à contrôler le vol Air Cocaïne précité). C’était sûrement intéressant pour les amateurs du genre, mais nous avons jeté notre dévolu sur « l’autre » Tehotihuacan, c’est-à-dire sur le village, pour passer notre Toussaint.

 

Le village, c’est la zone désertée par le tourisme de masse qui ne dépasse pas la Pyramide du Soleil, quoi qu’il arrive. Quand nous y arrivons en ce jeudi 31 octobre en fin d’après-midi, un charmant petit marché y a élu domicile.

 

 

 

Mais pas n’importe quel marché ! Un marché pour les morts-qui-font-leurs-courses-grâce-aux-vivants ! Une épaisse fumée odorante de copal nous guide jusqu’à lui. Surprise : ici les oeillets d’Inde remplacent les chrysantèmes et sont vendus un peu partout. Leur belle couleur orange symbolise la splendeur du soleil, origine du Tout et permet de guider l’âme des défunts.

 

 

 

D’autres offrandes sont également à l’honneur des différents marchands : des citrouilles confites (elles occupent une place importante dans les aliments de base mexicains, avec le maïs, le haricot et le piment), des « pan de muerto » (des petits pains ronds souvent avec un motif en forme de croix dessus), des « calaveras de dulce » (des rigolotes petites têtes de morts en sucre ou en chocolat), du « papel picado » (une frise de papier coloré avec des motifs représentant des squelettes ou têtes de morts), etc …

 

assortiment de « dulces » en forme de « calaveras »

 

 

L’excuse des offrandes aux morts est absolument géniale : pendant que les vieilles femmes repartent les bras chargés de bouquets, les enfants se goinfrent de sucreries et achètent des masques de calaveras. L’ambiance familiale est vraiment chouette !

 

 

 

 

 

La Toussaint, oui, mais en beaucoup plus sympa !

 

Ce soir-là, nous rejoignons le storage où le CC nous attend. A priori, pas d’Halloween en vue …

 

 

 

Il faut dire, que les « Tehotihuacanses » (et les mexicains, j’imagine), font de savantes distinctions entre les morts :

– les 28 et 29 octobre sont célébrées les personnes décédées de façon tragique ;

– Les 30 et 31 octobre les personnes sans baptême ;

– Le 1er novembre, les âmes des enfants décédés ;

– Le 2 novembre, celles des adultes

 

Mina, la proprio du storage, a dressé à l’entrée de son jardin un superbe autel en l’honneur de ses défunts. Construit de façon symbolique, il comporte plusieurs niveaux sensés symboliser les différents lieux traversés par l’âme du défunt. Sur celui-ci, outre les photos des proches décédés, se trouvent des calaveras, des bougies, des fleurs, des crucifix, du copal, de la nourriture et du « papel picado ». L’ensemble est saisissant et … terriblement exotique pour les français que nous sommes !

 

 

Un autel familial

 

 

Toute la ville rivalise d’ailleurs d’ingéniosité quant à ses autels, que ce soit chez les particuliers ou dans les institutions. Même les églises jouent le jeu et accueillent entre leurs murs ces autels un rien païen quand même !

 

 

Dans la rue

 

 

La soirée des enfants

 

Bien que l’on sente la ville en effervescence autour del Dia de los muertos, l’inorganisation institutionnelle et l’incapacité de fournir des informations fiables sur les festivités, nous rappellent la Colombie en 1000 fois pire. Certes, il existe bien un programme placardé un peu partout dans la ville, mais il semble très très très indicatif. Voire décoratif. Impossible de nous y fier, nous dit la police. 

 

Le 1er novembre vers 17h nous remarquons, un peu par hasard, que la place centrale commence à se remplir d’enfants déguisés. Une petite sorcière, puis un bébé momie, puis deux autres sorcières … Vite ! Carlito enfile son masque pour ne pas faire trop tache au milieu des petits mexicains !

 

 

 

 

Mais, ce que nous prenons pour un carnaval est en fait l’équivalent du soir d’Halloween. Soudain, la ville est envahie de hordes de petits démons quémandant dans chaque boutique des bonbons. Normal, finalement, puisque c’est le 1er novembre que sont célébrées les âmes des enfants morts !

 

 

On a retrouvé Jim Carrey

 

 

Au début, Carlito hésite un peu à suivre le mouvement, un peu intimidé.

 

 

Et puis, c’est parti! On ne l’arrête plus ! Il récolte plus de bonbons en une soirée qu’il n’en a mangé dans toute son année !

 

Splendide !!!

 

Les grands aussi se déguisent !

 

On a aussi retrouvé le pharaon de « Powerslave » qui s’était échappé de la pochette d’Iron Maiden

 

 

Un « torito » enflammé et chargé de pétards et fusées, s’amuse à foncer dans la foule désormais compacte. C’est pas très « normes UE », mais tout le monde s’amuse franchement. Tant pis pour les éventuels brûlés.

 

 

Ce soir on vous met le feu !

 

 

Le retour des morts-vivants ou la Toussaint mise en scène par Iron Maiden

 

Le 2 novembre au matin, nous partons au cimetière.

 

Comme chaque jour, de belles montgolfières nous surplombent.

 

 

A Tehotihuacan, il n’existe pas de tradition voulant que les vivants passent la nuit au cimetière sur la tombe de leurs morts, pas plus qu’il n’existe de tradition consistant à les déterrer pour leur refaire une beauté avant de les remettre dans leurs tombes. Non, ici les gens sont venus en nombre pour décorer les tombes avec des oeillets. C’est vraiment joyeux : ici on jardine, là on boit une bière, à côté on mange un morceau ! Rien n’est sinistre et j’apprécie vraiment !

 

 

 

C’est en fin d’après-midi que débarquent enfin en ville plusieurs camions de croque-monstres, tous plus affreux les uns que les autres !

 

 

Le croque-monstres show

 

Ils partent se mêler aux centaines de Tehotihuacanses maquillés en Catrinas ou Catrines, pour le plus grand bonheur de tous !

 

 

 

 

D’un côté avancent toutes les Catrinas et autres squelettes :

 

 

 

 

Tandis que d’un autre, les plus effroyables monstres du Mexique remportent un franc succès !

 

 

 

Sous nos yeux médusés !!!

 

El Dia de los muertos, inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 2003, nous a bien fait marrer. En revanche, je me demande encore ce que celui-ci est sensé contenir pour correspondre aux canons de l’UNESCO hihi.

Nul doute qu’à Tehotihuacan nous ayons assisté à un mélange de coutumes pré-hispaniques, mélangées à des rites chrétiens eux-mêmes mâtinés de coutumes nord-américaines. Une espèce de gloubi-boulga géant culturel très divertissant et n’ayant sûrement rien à voir avec les magnifiques défilés se déroulant dans les grandes villes du pays.

En tout cas, une chose est sure, c’est que ces 3 jours avaient été organisés par les habitants pour les habitants, avec tout leur coeur, sans autre arrière pensée que celle de profiter et de s’amuser en famille. De l’authentique, pour ceux qui en chercheraient pour l’année prochaine !

 

 

En famille et heureux

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