Du voyage au long cours à l’expatriation, regards croisés de voyageurs (2)

 

(suite de l’article …)

 

Suite à l’anniversaire de notre installation en Colombie, j’ai demandé à plusieurs voyageurs de répondre à quelques questions sur leur expérience d’expatriation suite à un voyage au long cours. Aurélie (Paraguay) et Malika (Colombie) , m’ont fait l’amitié de me répondre. Voici la suite des questions …

 

 

 Avez-vous rencontré des problèmes administratifs pour vous installer dans votre nouveau pays ?

 

 

Personnellement j’ai trouvé que s’installer en Colombie était plus facile que de quitter la France de ce même point de vue. La question centrale lors d’une expatriation concerne les visas. En effet, vouloir s’installer nécessite l’obtention d’un visa autre que touristique. Or, chaque pays possède sa propre politique migratoire (souvent fluctuante) et peut exiger des étrangers un certain nombre de choses comme un investissement financier ou un statut (étudiant / retraité), par exemple. En Colombie, il existe plusieurs visas offrant la possibilité de s’installer pour une période plus ou moins longue. Le top consiste à obtenir le visa de résident (qui permet de résider pendant 5 ans et qui est renouvelable sous certaines conditions). En achetant une maison, et donc en investissant une somme importante, nous pouvions prétendre à ce dernier. Sans cela, la durée des visas est beaucoup plus courte et leur renouvellement est soumis à des conditions de plus en plus strictes qui n’existaient pas il y a quelques années encore. Pour ne pas nous tromper dans les formalités migratoires, puis bancaires, nous avons préféré prendre une avocate pour mener à bien ces formalités. C’est également elle qui s’est chargée des démarches pour acheter la maison. Sans regret ! Enfin, pour ne pas nous tromper dans l’établissement de notre déclaration d’impôt (chose assez complexe dans le monde entier, je ne vous apprends rien), nous avons trouvé un comptable pour s’en occuper. Comment ont fait les autres voyageurs ?

 

 

Malika et Anouar

Malika : « Nous, nous avons pris un avocat pour faire nos visas et organiser notre nouvelle vie. Ce n’est ni facile ni difficile c’est juste un processus administratif à suivre. Nous avons trouvé qu’en Colombie tout est clair et bien organisé. Si rien n’est compliqué en soi, il faut néanmoins de la patience.  En outre, notre activité touristique a nécessité la création d’une entreprise, puis son inscription au registre national de tourisme. Mais encore une fois, rien de très compliqué à partir du moment où l’on suit le processus logique. Il en va de même pour l’achat de la maison : nous avons trouvé que le « e-gov » en Colombie est très bien fait. L’information se trouve facilement et il suffit d’appliquer ce qui est demandé. Les notaires aident beaucoup dans cela ». 

 

 

Aurélié, Charles, Lou-Ann et Anthony

Aurélie : « Cela reste facile, pour le moment, de s’installer au Paraguay. Même si les choses changent très vite.
Nous avons demandé la résidence permanente à vie en tant qu’investisseurs. Les formalités ont pris entre 4 mois (pour les adultes) et 6 mois (pour les enfants) pour obtenir la résidence à vie et la carte d’identité (cedula). Nous avons acheté notre terrain sans problème :  pas besoin de permis de construire ou autre paperasse. Nous sommes responsables de ce que nous construisons. Il faut bien sûr déclarer notre activité et payer les taxes en vigueur à la commune annuellement, ainsi qu’avoir un comptable ».

 

 

 

Comment se passe la scolarité de vos enfants

depuis que vous vous êtes installés ?

 

 

La question de l’école s’est inévitablement posée lorsque nous avons emménagé en Colombie. A l’époque Carlito aurait débuté son CE2 en France, avec une année d’avance. En discutant avec les colombiens, plusieurs problèmes apparaissaient : le faible niveau de l’école publique (non pas qu’en France nous soyons en tête des classements internationaux, mais la Colombie fait encore pire dans le classement PISA …), le coût et surtout l’éloignement des écoles privées, les horaires de l’ensemble d’entre elles et le petit niveau en espagnol de notre écolier. Nous avons donc opté pour l’école à la maison que nous allons poursuivre cette année encore pour une quatrième fois (si j’inclus celle du voyage). Pour nous cette solution reste la meilleure car elle permet à Carlito de continuer à apprendre correctement le français, tout en respectant le rythme familial. En effet, il était hors de question de nous lever chaque matin à 5h30 pour que celui-ci puisse être à 7h à l’école. Dans ce cas, autant rester dans notre vie française hihi. Les après-midis sont consacrées aux sports et aux copains. Guatapé nous offre la chance inouïe de pouvoir pratiquer de très nombreuses activités sportives, artistiques et culturelles à volonté et gratuitement. Carlito a choisi le BMX et la danse, ce qui lui permet de côtoyer des garçons et des filles de son âge qu’il retrouve aussi au parc de jeux chaque jour. Grâce à cela il parle désormais très bien l’espagnol et a des copains. Les autres voyageurs ont-ils fait des choix comparables ? 

 

 

Mehissa, Mehdi et Maya

Malika : « Nos enfants continuent à étudier à distance au travers du CIDEAD qui est un organisme du ministère de l’éducation espagnol. Nous en sommes très satisfait. Le calendrier scolaire colombien étant différent du nôtre et le niveau étant plus bas nous avons préféré garder ce système d’éducation scolaire que nos enfants apprécient beaucoup. Ils ont des amis dans le village et font plusieurs activités à la maison de la culture qui leur permettent de rencontrer d’autres jeunes de leur âge ».

 

 

 

 

Aurélié, Charles, Lou-Ann et Anthony

Aurélie : « La scolarité des enfants est la même que lors de notre voyage. Chaque matin nous faisons 1h30 à 2h d’école par jour, tous les jours sauf le week-end. Nous ne faisons pas de vacances « scolaires ». Les après-midis, ils se rendent à l’école du village où ils apprennent l’histoire, la culture et la langue (le guarani qui reste langue officielle avec l’espagnol) du Paraguay. Ils se sociabilisent avec les enfants du village. Ils se sont très vite et très bien intégrés ».

 

 

 

 

Question cruciale : arrivez-vous à vivre

de votre activité ?

 

 

Je pense vraiment qu’il s’agit d’une question fondamentale. A Guatapé, nous avons la chance de côtoyer énormément de touristes et de voyageurs français et il n’est pas rare que certains d’entre eux se mettent à rêver de venir vivre ici : la Pierre, le lac, le beau temps, la gentillesse des colombiens … tout est fait pour donner envie. Le niveau de vie, également, paraît beaucoup plus abordable qu’en France. Pourtant, comme l’a remarqué un collègue blogueur, la Colombie n’est pas forcément un pays bon marché et faire du business dans ce pays nécessite certaines connaissances et précautions afin de ne pas déchanter à grande vitesse. 

 

Sur ce sujet, voir les articles suivants de l’excellent blog Vivre en Colombie :

 

Quant à Guatapé, disons-le clairement, même s’il reste des niches pour développer des activités de nature touristique (notamment des hôtels de luxe ou des restos de qualité), le marché est désormais presque saturé. L’offre hôtelière est pléthorique, des centaines de biens sont en location sur airBnb et il ne passe clairement pas assez de voyageurs en camping-cars pour ouvrir un camping et en vivre (surtout s’il s’agit d’amortir l’achat d’un terrain bien situé et donc coûteux). Même constat pour l’offre de restauration : quand un local n’est pas consacré à la vente de souvenirs ou d’artisanat, il abrite un resto ou un bar. Or, comme les loyers sont chers pour la Colombie, beaucoup s’ouvrent et se referment quelques mois plus tard. Enfin, les prix des terrains, des locaux commerciaux et des loyers sont entrain de flamber dans la zone de Guatapé et je ne pense pas que nous aurions aujourd’hui les moyens de nous offrir la maison que nous avons acheté il y a 3 ans.

 

Il me semble donc que quitter la France pour venir en Colombie dans l’idée  « de se faire de l’argent ou une vie facile », sans investir de son temps ou de son argent n’est pas jouable. Au contraire, avant de s’expatrier, il est clairement préférable d’avoir un projet réaliste et des économies  permettant d’obtenir un visa, d’investir dans un bien ou un business  viable, puis de passer une, voire deux années, en attendant de pouvoir vivre de son activité colombienne. Et le tout en gardant à l’idée que le système fiscal colombien est compliqué et potentiellement gourmand et que le salaire dégagé sera « colombien » (c’est à dire permettant de vivre en Colombie, mais pas forcément suffisant pour voyager ou revenir régulièrement en France).

 

En ce qui nous concerne, nos chambres sont davantage un moyen de rester en contact avec les voyageurs que de vivre. Et heureusement. Qu’en est-il pour les autres voyageurs ?

 

 

Malika et Anouar

Malika : « Pour l’instant notre activité colombienne n’est qu’un complément. Cette dernière couvre une partie de nos charges de fonctionnement du camping/maison d’hôtes. Mais, cela fait à peine 8 mois que nous sommes officiellement ouverts et que nous facturons… Nous espérons pouvoir en vivre à long terme, mais pour l’instant nous comptons aussi sur d’autres sources de revenus non colombiens »

 

 

La Bonanza, Silvia, Colombie

 

*

Aurélié, Charles, Lou-Ann et Anthony

Aurélie : « Notre activité touristique (resto/bar piscine location de cabañas) nous permet aujourd’hui de vivre. L’accueil de voyageurs (en camping) est un plus. Mais cela demande beaucoup d’énergie et de travail car nous ne vivons pas dans un pays très touristique et que tout est à faire. Les outils de communication ainsi que la culture sont très différents de ceux de la France. Nous sommes retombés dans le même stress de boulot qu’en France. C’est donc la raison pour laquelle nous souhaitons vendre «Tranquilo ». Ce qui nous permettra de nous recentrer sur nous et notre projet de départ, de nous construire une maison, toujours à La Colmena au Paraguay car nous aimons vraiment ce pays, et surtout de repartir de temps en temps sur les routes car ça nous manque depuis ces 2 années de « sédentarisation ». Nous serons toujours ravis d’accueillir les voyageurs qui désireront venir chez nous et boire l’apéro !!!  » (PS Aurélie : nous arrivons !!!)

 

 

Tranquilo, La Colmena, Paraguay, coin voyageurs

 

 

 

Qu’est-ce qui a changé en positif et en négatif

de votre vie antérieure ?

 

 

En ce qui nous concerne, hormis l’éloignement familial et amical, le changement de pays n’a été que positif ! Pas une seconde nous n’avons regretté d’avoir déménagé en Colombie ! Il y a évidemment du positif quant au cadre de vie et au quotidien beaucoup moins contraint par le combo « travailler plus pour consommer plus ». Mais, je dirais que le plus important changement pour nous a été de renouer avec des relations humaines de qualité s’établissant à partir du coeur et non des intérêts, que ce soit avec les colombiens ou les vénézuéliens que nous fréquentons, ou avec les voyageurs que nous recevons ou rencontrons à Guatapé. Bien sûr, le côté systématiquement éphémère des rencontres avec ces derniers est assez frustrant, mais il nous a appris à vivre dans l’instant présent et à profiter des bons moments quand ils sont là. Sans retarder, sans procrastiner, comme on peut malheureusement le faire avec des amis de longue date parce qu’ils font partie du décor. 

Qu’en pensent les autres voyageurs ?

 

 

Malika et Anouar

Malika : « Depuis que nous vivons en Colombie, notre qualité de vie est meilleure qu’au Maroc et nous avons enfin la sensation de faire ce que nous voulions. Le gros point noir reste pour nous  l’éloignement de la famille qui nous manque beaucoup ».

 

 

 

 

 

Aurélié, Charles, Lou-Ann et Anthony

Aurélie : « Heureusement il y a plus de positifs que de négatifs ! Nous avons appris sur nous et sur nos enfants. Leur communiquer les valeurs de la vie et le respect des autres est pour nous important. Le fait de vivre librement et de briser toutes les barrières que l’on s’impose voilà le bonheur ! Nous savons aujourd’hui ce que nous voulons et surtout ce que nous ne voulons plus ! Bien sûr le petit moins, c’est que nous sommes loin de la famille et des amis ».

 

 

 

 

Conseilleriez vous de venir vivre

dans votre nouveau pays ?

 

 

Sous les réserves mentionnées ci-dessus, je conseillerais évidemment la Colombie ! 

 

 

Malika et Anouar

Malika : « Totalement. C’est un pays que nous recommandons fortement. Nos enfants y sont heureux et se sont rapidement appropriés leur nouvelle vie. Il fait bon vivre dans un pays où la joie de vivre est présente malgré un passé lourd. 
Certaines personnes ne voient que les difficultés du pays mais sincèrement ne les trouve-t-on pas partout où de manière différente dans tous les pays du monde ? « 

 

 

 

 

 

 

Aurélié, Charles, Lou-Ann et Anthony

Aurélie : « Nous ne pouvons que conseiller aux personnes en quête de changement de vie de venir s’installer au Paraguay ou du moins de le visiter. Les paraguayens sont vraiment accueillants et aimables. Et il y a ce sentiment de liberté et de tranquillité qui est tellement agréable !!! Question business, il y a de quoi faire ! Tout dépend du rythme de vie que l’on souhaite.
Quant aux enfants, ils vous recommandent vraiment de venir au Paraguay parce que :
– C’est beau,
– Il y a beaucoup de balades au milieu de saltos, des forêts, des animaux ….
– Les gens sont très gentils,
– On voit très bien les étoiles, 
                                           – On peut être dans la benne du pick-up quand nos parents conduisent
                                           – ON EST LÀ !!!! »

 

 

 

Pour aller plus loin, voici quelques liens vers d’autres articles

qui m’ont intéressée :

 

 

 

 

J’attends aussi les témoignages de tous les (voyageurs) expats qui auront la gentillesse de collaborer en écrivant leurs ressentis dans les commentaires ci-dessous !

 

 

Une pensée sur “Du voyage au long cours à l’expatriation, regards croisés de voyageurs (2)

  • 25 juillet 2019 à 23 h 27 min
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    Merci encore !
    Cela donne bien envie de venir vous rendre visite et de reprendre la route quittée il y a moins de 2 semaines
    Belle continuation à vous Valérie et Malika. Bon changement de projets à Aurélie et sa famille.

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