La semaine sainte en Colombie : entre piété chrétienne et péplum hollywoodien !

Guatapé, El Peñol

 

Le 14 février, c’est bien connu, c’est la Saint Valentin ! Monsieur et madame tout le monde se mettent donc sur leur 31 pour fêter l’amour. Ah l’amour ! Dans un pays comme la Colombie où « tout-le-monde-il-beau-tout-le-monde-il-est gentil », nous nous attendions  à croiser des hommes croulant sous des bouquets de fleurs et des femmes apprêtées comme pour aller au bal. Mais, rien de tout cela. Plus nous avancions dans les rues de notre village ce soir-là, plus je trouvais étrange le look des habitants … Ce qui était bizarre, c’était le petit côté morts-vivants 😯  que leur donnait leur front noirci d’une croix chrétienne genre « Vade retro satanas » !! Eh ouais … J’ignorais que le mercredi de la Saint-Valentin était aussi cette année … le mercredi des Cendres, tradition désuète dans notre doux pays laïque mais bien ancrée ici….. 

 

 

 

Nous entrions dans le Carême.  Plus de 40 jours nous séparait alors de Pâques, la fête des oeufs en chocolat qui, en France, succède à Noël, la fête des commerçants. En Colombie, les choses sont cependant un peu différentes. On célèbre bien Noël et Pâques aux mêmes dates qu’Outre-Atlantique, mais le premier pour fêter la naissance de Jésus et la seconde pour se réjouir de sa résurrection. En cette fin de mois de mars, l’occasion était donc superbe de participer aux fêtes de Pâques et de partager des hosties « 100% pur corps du Christ » au cours des 6 messes (je ne dois pas être loin du compte) quotidiennes qui  jalonnent la semaine Sainte. En revanche, pas un oeuf, pas une bouchée en chocolat…. 

 

Jeudi Saint, c’est le jour des agapes

 

Bon, bon, bon … Pour vous la faire courte, je débute mon reportage au jeudi Saint. En effet,  pour bien faire, il aurait fallu signaler que la semaine Sainte avait débuté par le dimanche des Rameaux, suivi du lundi Saint, puis du mardi  Saint et du mercredi Saint … Mais comme vous êtes malins, vous avez compris le principe. Je n’insiste pas. Entrons donc dans le vif du sujet.

 

 

Rameaux

 

 

Le jeudi c’était « Saint » aussi, mais, à la différence des jours précédents, tout le monde était invité à la table du Seigneur. C’est sûrement pour cette raison que les colombiens sont tous en vacances lors de la semaine Sainte et qu’ils envahissent par milliers Guatapé. Même Judas était de la partie.

 

 

 

En ce jeudi matin, ça bouchonne devant l’église de Guatapé. Il est 10 heures, la moitié du village se presse pour écouter la messe en l’honneur des malades et des biens portants (qui, comme le souligne un dicton de l’industrie pharmaceutique, sont des malades qui s’ignorent encore). Evidemment retransmise en direct pour ceux qui n’ont pas pu pénétrer dans la maison de Dieu. Assise à l’extérieur, j’écoute le prêtre s’emmêler un peu dans ses explications. 

 

 

On retransmet France/Colombie ou quoi ?!

 

A 13 heures, avant de passer à table pour la Cène, les apôtres se font laver les pieds. Dans le village voisin du Peñol, ce sont les enfants – coiffés de frais pour l’occasion – qui endossent le rôle. De leur côté, les parents des apôtres écrasent une larme de fierté de voir leurs rejetons déjà si hauts placés dans la hiérarchie catholique. Je communie pour la 2ème fois de la journée. C’est nourrissant le corps du Christ, je frise l’indigestion. 

 

 

Vendredi Saint, du poisson au menu

 

Étonnamment, vendredi, c’était « Saint », aussi.

Je parie que s’il l’on demandait aux français culturellement chrétiens de quoi il s’agit, beaucoup se contenteraient de dire que le vendredi Saint, c’est poisson à la cantine ou bol de riz. Avec énormément de bon goût, certains de mes amis FB m’ont aussi rappelé que vendredi Saint pouvait s’écrire avec une autre orthographe. 

 

 

Je n’aurais pas pu l’inventer celle là sans mon ami Roro

 

De ce côté du globe, vendredi est « Saint » car on commémore très sérieusement la mort du Christ. Ce qui rapproche les 2 continents ? La date, la météo  et le bon goût (dans un genre différent) !

 

 

Une météo de circonstances

 

 

A Guatapé, tout a commencé la veille. Comme l’a dit et redit le prêtre : Pâques est avant tout une fête de la foi qui se vit dans les cœurs. Et ce n’est pas l’église catholique qui se permettrait de faire de la crucifixion du Christ une super production hollywoodienne racoleuse. Non, non, non ! La foi et la piété, rien de plus.

 

Nous sommes malgré tout conviés pour « les tribunaux » vers 19h30. Aux balcons de la place centrale, on rejoue le procès du Christ. En bande son Enae Volare (vous savez, le générique des « Visiteurs »), histoire de dramatiser un peu.

 

 

 

Comme nous sommes un peu loin de Gethsémani, Jésus est arrêté dans le jardin du cimetière de Guatapé en présence de quelques-uns de ses disciples et grâce au traître baiser de Judas.

 

 

 

Pierre le suit de loin. Ainsi que son maître l’avait prédit, avant que le coq ne chante, il l’a déjà renié 3 fois… Sous le triste regard de Marie-Madeleine !

 

 

Fin du 1er épisode. Le prêtre invite la communauté à une lumineuse veillée de prières.

 

 

Changement de décor dans l’église depuis les Rameaux

 

 

Vendredi, 10 heures. J’adore les cérémonies religieuses et les péplums. Je suis donc de retour sur la place centrale. Toujours dans la foi et la piété. Rien de racoleur a-t-on dit ! 

 

Pour bien illustrer cette exigence de sobriété, un voleur a été pendu haut et court sur la place centrale de Guatapé, attirant à lui les badauds comme le miel attire les guêpes. 

 

 

Saint Bon Goût priez pour nous !

 

Roulements de tambours. Le procès se poursuit. Pilate qui n’est pas un mauvais bougre est prêt à laisser partir le « roi des juifs ». Le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas, hésite également. 

 

La foule, faisant pression sur Pilate, réclame la libération de Barabbas plutôt que celle de Jésus. La sentence de mort par crucifixion est prononcée.

 

 

Des milliers de personnes se pressent autour de la star incontestée de ce Vendredi Saint. Désormais en vêtement de prisonnier, le Christ fait bonne figure.

 

 

 

 

En avant pour le chemin de croix et la procession !

 

 

3 heures plus tard et autant de rues et ruelles parcourues, les croix commencent  à peser lourd  sur les dos de Jésus et des deux larrons.

 

Quel succès !

 

Le ciel s’obscurcit dangereusement. Nous sommes proches du dénouement final. Cette année, quoi qu’il arrive, je n’aurai pas un parapluie Hello Kitty devant moi pour gâcher le spectacle de la crucifixion. Je suis donc accrochée à la scène centrale quand l’orage s’abat sur la Scène Ultime causant une certaine débandade dans l’assemblée encore présente. Crucifié sous une pluie battante, le Christ est ensuite parti déjeuner. 

 

 

Il est grand le mystère de la foi …

 

Samedi Saint, c’était entracte personnel

 

Bon alors, samedi était également « Saint ».

En attendant la résurrection, l’église s’est dit qu’il fallait bien meubler un peu. C’était donc le jour des baptêmes. Des milliers de touristes ayant envahi Guatapé – rendant la circulation quasi impossible 10 bornes à la ronde – je suis restée chez moi. De toute façon, je ne connaissais personne à qui offrir des dragées et j’avais déjà participé à suffisamment de messes dans la semaine.

 

Dimanche … Hallelujah le Seigneur nous revient !

 

Attention, il y a un piège !  Dimanche n’était pas « Saint ». Dimanche, c’était Pâques !

 

 

 

 

Je me permets de le préciser car à la lecture des journaux français, j’ai eu un doute. En France, on fêtait d’abord les poissons d’avril et on chassait les oeufs en chocolat. En Colombie, on célébrait la résurrection du Christ. Visez d’ailleurs la différence de programme entre les 2 pays  :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :

 

 

 

Bonne nouvelle, non seulement le Christ est revenu parmi nous, mais en plus – tout comme à Rome – les cloches se sont remises à sonner. Ici, comme personne ne songe à  distribuer des cloches chocolatées aux gamins, ces derniers se réjouissent de faire sonner à tour de rôle celles de l’église en ce dimanche de Pâques !

 

 

Happys de faire du bruit

 

 

Mais avant de célébrer la résurrection par une messe, une dernière petite procession pour la route !

 

 

Avec participation des enfants !

 

 

Et des grands, aussi.

 

Je vais vraiment finir par glisser s’ils continuent à bouger comme ça !

 

 

Au passage de la procession les commerçants baissent leur rideau en signe de respect.

 

 

 

 

Et c’est le dénouement final ! Sous les clameurs de la foule, le Christ est ressuscité ! Dans l’église, l’ambiance est à son comble. On accueillie le Christ avec ferveur en agitant de petits drapeaux blancs.

 

 

Ambiance flonflons

 

Et ça fait plus de 2000 ans que ça dure ..! RV l’année prochaine !

 

Conclusion :

 

Venez passer les fêtes de Pâques en Colombie !

D’accord, il n’y a pas de chocolat à déguster. Mais ce n’est pas grave : comme les grandes surfaces françaises le vendent 3 mois à l’avance, vous en faites une provision avant de partir. C’est juste une question d’organisation.

La semaine Sainte est vraiment un moment fort pour visiter ce pays. Certes, les aspects culturel et folklorique sont particulièrement intéressants et photogéniques, mais ils ne sauraient masquer une vérité plus profonde : la Colombie est avant tout un pays chrétien où les gens pratiquent avec conviction leur religion. C’est sûrement l’un des aspects les plus touchants et les plus étonnants pour des français de passage…

 

PS – En Colombie, ce sont très logiquement les 4 derniers jours de la semaine Sainte qui sont fériés (donc du jeudi Saint au dimanche de Pâques). Le lundi de Pâques n’existe pas. Il a été imposé  en 1801 en France par Napoléon lors du Concordat avec le Pape, à la place de la semaine Sainte qui était entièrement fériée jusqu’alors.

8 pensées sur “La semaine sainte en Colombie : entre piété chrétienne et péplum hollywoodien !

  • 2 avril 2018 à 9 h 35 min
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    Cette célébration colombienne est en effet haute en couleurs. On sent bien la ferveur religieuse qui anime le pays pendant ces jours de communion.
    La semaine sainte et Pâques comme si on y était. Ceci dit le vivre sur place, c’est mieux

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  • 3 avril 2018 à 8 h 03 min
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    Toujours le plaisir de lire les commentaires et de voir de belles photos !!! Nous voyageons avec vous. Merci et gros bisous à vous 3

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    • 3 avril 2018 à 18 h 43 min
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      Salut Marc ! Merci pour ton message ! Et vous ? Comment allez-vous ?

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      • 4 avril 2018 à 20 h 59 min
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        Tout va bien ici il n’y a que le temps qui n’est pas top entre le gris du ciel la pluie et le vent cette année le printemps tarde à venir. Toujours en forme sur les cours de tennis avec la fine équipe Jean-Raymond – Henry et les autres ….. Entre temps un peu de marche pour garder la forme !!!! Nous nous régalons avec les petits reportages et les photos tu vas pouvoir envisager une nouvelle profession tu as du talent et de l’humour bien tourné . Nous vous espérons en pleine forme et vous embrassons bien fort en attendant de vos nouvelles dans vos prochains reportages

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  • 10 avril 2018 à 16 h 09 min
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    Bravo Valérie, c’est un beau reportage qui nous instruit sur la culture et la tradition cultuelle qui effectivement n’a rien à voir avec chez nous !
    Cette ferveur chrétienne est impressionnante
    merci pour toutes ces infos, je passe de bons moments à te lire
    a bientôt pour d’autres moments marquants
    Mireille

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  • 15 avril 2018 à 5 h 32 min
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    J’adore toujours autant vous lire, et ce, depuis le début :-))
    Pour nous, finalement, pas (encore) de voyage comme nous en rêvions, alors je me régale de vos récits drôles et percutants qui me transportent dans cette région du monde que j’aime tant !! Merci, et à bientôt j’espere pour de nouveaux récits (si si…le lecteur devient exigeant !!) !!

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    • 15 avril 2018 à 16 h 54 min
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      C’est trop gentil ! Merci ! En tout cas, quand ce sera décidé, venez nous voir !

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