Les 24 heures de Bogota

Bogota, vie quotidienne

 

Voir aussi : Bogota, « circulez y rien à voir! »?

 

Cette semaine je me suis enhardie à quitter  Guatapé pour répondre à « l’appel du droit ». Je sais, ça ne peut arriver qu’à moi : abandonner un bord de lac paradisiaque pour répondre aux sirènes de l’Université et me laisser tenter par une réunion entre juristes franco-colombiens à l’autre bout du pays. Je vous rassure, la maladie n’est pas contagieuse. Dans la famille, je suis à l’avoir attrapée. A tel point que les deux hommes qui partagent ma vie ont obstinément refusé de m’accompagner, me laissant seule face à mon sort de femme moderne qui choisit de ne pas abandonner sa carrière professionnelle.

Sur le papier, ça avait l’air facile : Guatapé (7 829 habitants) – Bogota (7 829 000 habitants) : tranquillllla  comme disent les colombiens : un coup de bagnole, un avion, un Air BnB et hop, dans la poche ! Enfin presque …

 

Comment j’ai failli rater l’avion à cause d’un coup de téléphone

 

Il y a un truc que je déteste depuis que je suis en Colombie, c’est téléphoner. Je veux dire, téléphoner à des colombiens.

D’abord parce que ces gens normalement normaux en temps normal, se transforment en furies débitant 25 mots par seconde, dès qu’ils décrochent un téléphone, te donnant l’impression de recevoir une salve de mitraillette dans l’oreille.

Ensuite, parce que les colombiens sont des gens hyper polis et formels et qu’il faut qu’ils casent, dans une seule et même conversation, un certain nombre de mots ou d’expressions toutes faites, sans lesquels de toute évidence, ils risqueraient de passer pour de gros rustres sans aucun savoir vivre !

Du coup, à supposer que tu comprennes ce que la personne essaie de te dire, il te faut plusieurs minutes de politesses en tous genres avant d’entrer dans le vif de la conversation !

 

Et, le jour dont je vous parle, j’étais pressée. Un bon quart d’heure avant d’embarquer dans l’avion, me vint à l’esprit l’idée géniale de téléphoner à ma logeuse Air BnB afin de vérifier l’adresse de sa chambre.

 

 

Un hall d’aéroport comme tant d’autres

 

 

Que n’avais-je pas fait !

  • Moi : « Buenos dias senora ! Con quien hablo ? » (« Bonjour madame ! Qui est à l’appareil ? ») : notez que je sais très bien à qui je parle, puisque je téléphone sur le portable perso de ma logeuse potentielle. Mais, je fais comme tous les colombiens : je ne me présente pas, je demande à qui j’ai affaire tout en le sachant parfaitement !!
  • Elle : « Con Andrea ! » (« Avec Andréa ! »)
  • Moi (faisant ma colombienne, je ne tiens pas à passer pour une française impolie) : « Como esta usted ? » (« Comment allez-vous ? »)
  • Elle (sans jamais me demander qui lui parle) : « Bien, gracias à Dios ! » (« Bien, grâce à Dieu ! ») : ça y est, la 1ère formule imposée est casée ! On a invoqué Dieu, on est sur la bonne voie !
  • Elle : « Y tu ?» (« Et toi ? »)
  • Moi : « Bien, gracias!» (« Bien merci ! ») : on avance, on avance !!
  • Elle : « Chevere ! Me alegra mucho ! Y tu familia ?» (« Super ! Je suis tellement heureuse pour toi ! Et ta famille, ça va aussi ? » : 2ème passage obligé, négocié : ton interlocuteur, qui n’a toujours pas demandé qui lui parle, a casé « qu’il est tellement heureux que tu ailles bien » et s’est enquis de la santé de ta famille
  • Moi (regardant ma montre) « Llego a Bogota por la tarde … » (« J’arrive à Bogota cet aprem … » … enfin si je rate pas l’avion…)
  • Elle (me coupant la parole) : « Que bueno!! » (« Super !! ») : 3ème passage obligé
  • Moi (Aaaarg !! Tu vas me laisser en placer une !!!) : « He reservado una habitacion en su casa » (« j’ai réservé une chambre chez vous ! »)…
  • Elle : « Que bien !» (« Trop cool ! ») : 4ème passage obligé 
  • Elle : « Y como te llamas ? » (« comment tu t’appelles ? ») : excellent, au bout de 5 bonnes minutes, elle me demande enfin mon nom !!
  • Moi (ne résistant pas au plaisir) : « Valérie »
  • Elle (je n’invente rien) : « Ah que bien !!» (« génial ! »)
  • blanc dans la conversation, quand, tout à coup, mon interlocutrice, se met à hurler à la mort sur le ton du désespoir absolu « Ooooh ! Que pena contigo !!» : nouvelle phrase toute faite par laquelle celui que te parle t’annonce que tu n’as vraiment pas de bol et qu’il en est terriblement désolé pour toi (mais qu’en fait il n’en à rien à faire car ça ne le concerne pas) : « No tengo  reserva a tu nombre, no puedes dormir a casa esta noche !! » (« J’ai pas de réservation en ton nom, tu ne peux pas venir dormir chez moi ce soir !! »)
  • Moi (voyant la file d’attente pour entrer dans l’avion fondre comme neige au soleil) : « merde ! tu veux dire que je n’ai pas d’endroit où dormir ce soir, alors que j’ai déjà payé par internet ?!!! » Oups … Je la refais en espagnol !
  • Elle (5ème passage obligé) : « Eso !» (que vous prononcerez èèèèsso en traînant longuement sur le « è » et un peu sur le « s ») : expression mise à toutes les sauces et qui veut dire grosso modo « c’est ça, mon con, tu m’as bien compris !»
  • Moi (consciente que l’avion va partir sans moi) : « je vous rappelle plus tard ! »
  • Elle (6ème et 7ème passages obligés d’une conversation en bonne et due forme) : « Listo ! Siempre a la orden !».  Alors, « listo ! » ça veut tout dire et rien dire : les colombiens l’ajoutent à chaque fin de conversation pour signifier qu’on a fini de parler, que c’est OK, qu’on va pas y passer la nuit… Avant d’ajouter leur formule préférée : « Siempre a la orden ! » :  littéralement « toujours à votre service ! », expression qui côtoie souvent un « con mucho gusto ! » (« avec grand plaisir ! »), ultime passage obligé de politesse …

 

 

La petite Valérie B. est demandée dans l’avion quickos !

Je guette l’avion du coin de l’oeil : il a pas intérêt à se tirer sans moi !!

 

 

Mon cours de bonnes manières téléphoniques ayant duré un gros quart d’heure pour ne rien dire, c’est donc avec une certaine incertitude sur l’endroit où j’allais dormir le soir même que je finissais par embarquer dans l’avion. Bonne dernière et fâchée.

 

 

Bogota, sweet bogota

 

 

Bogota

Bogota la contrastée, entre buildings et masures

 

 

 

Ma logeuse « siempre a la orden » m’ayant fait faux bond, il ne me restait plus qu’à trouver un hôtel pas trop loin de l’Université du Rosario. Comme diraient mon fils et mon père, « pourquoi tu prends un hôtel pourri ? Prends donc un 5 étoiles !!! Tu seras quand même mieux !! » ! Je me suis donc mise à la recherche d’une chambre, mais, en tant que mère de famille responsable du budget familial, j’ai finalement opté pour l’hôtel Chorro de Quevedo. Aucune étoile, mais un grand lit et « direct TV » (« must have » des abonnements télé colombiens et argument de poids pour l’hôtelier cherchant à racoler de la clientèle) pour occuper les heures me séparant de ma réunion du lendemain.

 

 

 

 

J’étais pas mal dans ma piaule quand me vint à l’esprit la seconde idée extravagante du jour : prendre une douche ! Sur le principe pas de souci, puisque j’en avais une dans ma chambre. En pratique, j’ai toujours eu super peur des douches sud-américaines ! Regardez plutôt :

 

 

Adieu monde cruel

 

 

Et le pire, c’est que je n’avais même pas  de semelles crêpes pour me servir d’isolant. Faute de tongs aux pieds, il ne me restait plus qu’à diffuser un fond sonore de Claude François, histoire de me rappeler de ne pas bricoler sous la douche !

 

C’est électrisée par cette douche requinquante que je suis finalement partie à la découverte de mon quartier d’un soir. Nous ne l’avions pas visité l’an dernier et, disons-le franchement, la petite place Chorro de Quevedo est super mignonne.

 

 

 

 

Curieusement, le soir venu, les bogatanais prennent très au sérieux les 2650 mètres d’altitude de leur ville, enfilant bonnets, oreillettes et anoraks pour lutter contre les 18 degrés ambiants ! J’étais moi-même en tee-shirt manche longue. Allez savoir …

 

 

 

 

 

… Allez aussi savoir pourquoi les gens se lèvent aussi tôt dans ce pays ? Quelle idée d’organiser une réunion à 7 heures du matin ?!!! 8 heures, à la rigueur … Mais 7 heures ! Pffff … dur pour moi qui déteste me lever tôt !

 

 

Il est 7 heures … Bogota est déjà réveillée depuis longtemps

Ouais, même lui est debout depuis belle lurette

 

 

L’effort en valait malgré tout la peine, confortablement reçus que nous étions dans la splendide université du Rosario, à discuter des nouvelles juridiques autour d’un délicieux petit déjeuner. J’en profite d’ailleurs pour remercier toutes les personnes rencontrées à cette occasion pour leur gentillesse et leur bienveillance !

 

 

 

 

Prendre de la hauteur

 

Avec tout ça, il me restait quelques heures avant de reprendre l’avion. Connaissant déjà le Musée de l’Or, la fondation Botero et le quartier de la Candelaria, j’avais le choix entre traîner dans les quartiers pour faire des photos de street-art ou de prendre de la hauteur au sommet du Montserrate.

 

J’aime bien le street-art, mais j’aime moins le côté décati du « vrai » Bogota. Y a tellement de barbelés partout qu’on croirait presque que les allemands de l’ex RDA y ont destocké leurs rouleaux inutilisés à la chute du Mur de Berlin.

 

 

Berlin Est, 1971

Street-art de talent

 

 

Je me suis donc dirigée en direction de la montagne surplombant Bogota. A pied. Pensant à vue d’œil que c’était pas loin.

 

 

 

 

Mais en fait, c’est comme les oasis dans le désert : plus tu t’approches, plus elles s’éloignent. Et je n’étais pas vraiment chaussée pour faire de la rando en ville.

 

 

On approche, on approche !

 

 

Horreur ! Quand je suis enfin arrivée au pied du funiculaire, il y avait une file d’attente de fous. J’ai hésité à patienter (je déteste faire la queue, comme tout bon français qui se respecte) car je vivais à ce moment là un drame personnel. Mes orteils, en bouillie dans mes chaussures, venaient de se désolidariser du reste de mon corps et je souffrais atrocement (non je n’exagère pas : c’est très douloureux d’avoir mal aux pieds hihi).

 

 

Nous

 

 

En même temps, j’allais pas craquer à 20 mètres du Montserrate. Au sommet, il y a un sanctuaire et j’espérais secrètement un miracle pour mes orteils.

 

J’ai donc pris de la hauteur à 3 150 mètres d’altitude !

 

 

 

 

La vue au sommet est incroyable. Je vous laisse en juger par vous-même.

 

 

 

 

Et, croyez-moi ou non, après un arrêt devant la Vierge Noire, le miracle s’est produit.

 

 

Passage obligé

ND, bienveillante

 

 

Juste à la sortie de l’Eglise, le petit marché d’artisanat proposait des produits très locaux, à base de plantes très locales :

 

 

 

 

 

Gracias a Dios ! J’ai pu enduire mes orteils d’un baume « Coca / Marijuana » et c’est toute guillerette que j’ai pu regagner en taxi/avion/voiture mon lac de montagne à l’autre bout du pays !

 

Mais avant, on profite une dernière fois du Montserrate !

 

 

 

2 pensées sur “Les 24 heures de Bogota

  • 29 septembre 2017 à 13 h 16 min
    Lien Permanent

    Coucou Valérie

    Petit moment que je ne t’ai pas lu… Je découvre avec plaisir (des yeux) cet article ! Ça valait le coup d’avoir mal aux pieds ;))

    Bisous
    A bientôt

    Répondre
  • 13 octobre 2017 à 12 h 59 min
    Lien Permanent

    je continue à te lire depuis hier soir… mes yeux ne se retenaient plus à se fermer tellement j’étais fatiguée :-). Dans tous les cas, à prendre de la hauteur, c’est très beau et cela aurait été dommage de louper tout cela… bon là, je reprends le boulot, il va être 14 h, c’est vendredi et c’est bientôt le week end !!! YES, des bisous à vous et je continue à te lire dans le jours à venir, j’ai du retard de lecture…

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *