Un avant goût d’expatriation

Colombie, Guatapé

 

 

Moi, ce que je déteste quand je prends l’avion, c’est lorsque le pilote écrit son nom dans le ciel avec la fumée des réacteurs. Surtout quand le mec a un nom à rallonge, genre José Luis Maria Cordova de Ibagua et qu’il s’applique à super bien faire les boucles des lettres. Je déteste et je vomis. Dimanche soir, en posant les pieds sur le tarmac de l’aéroport Marseillais, j’étais très fâchée contre lui et sa façon peu courtoise de jeter son zinc sur la piste après une tentative d’atterrissage avortée.

 

De profundis

 

 

 

Tout avait pourtant bien commencé …

 

 

Je vois le Christ, nous sommes sauvés !

 

 

Rien d’innocent dans notre choix de revenir en Colombie lors de la Semaine Sainte. Nous voulions vibrer la passion du Christ avec les sud-américains … Nous l’avions déjà partagée avec les péruviens l’an dernier, mais quelque chose nous disait que nous pourrions également vivre d’intenses moments au côté des colombiens.

 

 

 

On balade les saints en motos chivas

 

 

 

C’est chose faite. Quand en France les rares pratiquants à fêter Pâques, suivent tristement les processions du Vendredi Saint et se réjouissent du bout des lèvres de la résurrection de leur leader, les sud-américains festoient en grand. A Guatapé, tout était réuni pour une super production : le public était venu nombreux, la météo était au diapason de l’évènement (pluie battante le vendredi Saint, soleil le dimanche de Pâques) et les acteurs parfaits : Jésus arborait fièrement les stigmates de la Passion pendant que Ponce Pilate achevait de se laver les mains.

 

 

 

Un Jésus des années 2000

 

 

 

C’est ainsi que bien à l’abri sur une terrasse de restaurant, une bière à la main, une entrecôte dans l’assiette, nous avons tenté d’apercevoir le Christ portant sa croix. Avec plus de 2000 ans d’expérience, l’Eglise fait désormais très bien les choses : plutôt que de crucifier sa star sur un terrain vague rempli de chiendents au milieu de nulle part, au risque de dissuader les fidèles, elle la promène dans les rues touristiques afin que chacun puisse confortablement suivre la Crucifixion. Par souci de pudeur, Marie-Madeleine avait quant à elle décidé de se cacher sous son parapluie Minnie.

 

 

 

 

 

 

C’est le ventre bien rempli que nous avons finalement assisté à la Crucifixion du Christ en direct, médusés par tant de bon goût. Nous voulions tous notre selfie avec le Christ, mais son agonie a été brève et la descente de la Croix trop rapide pour y parvenir. On se contentera de quelques photos de loin.

 

 

 

Qui veut se faire crucifier ?

Bouleversant. Quel talent !

 

 

 

 

Ah !!! Qu’aurait été la vraie mort du Christ si les réseaux sociaux avaient existé à l’époque ?!!

 

 

 

A défaut de selfie …

 

 

 

D’une star à l’autre

 

 

Mais il n’y a pas que le Christ et les footballeurs pour vivre comme des stars en Colombie. Il y a avait nous aussi !

 

Nous ? Il faut que je m’explique.

Il y a quelques mois, nous avons été contactés par CAPA TV pour France 5 afin de réaliser une émission sur les français « d’un certain âge » qui choisissent de partir continuer leur vie ailleurs qu’en France. Notre dernière télé était encore en noir et blanc quand nous avons décidé de la jeter aux ordures et, de prime abord, le concept ne nous séduisait pas plus que cela. Et puis, de fils en aiguilles, nous nous sommes laissé convaincre par l’idée de faire un petit film sur notre départ français et notre arrivée en Colombie, genre ça nous fera des souvenirs quand nous n’aurons plus un « certain âge », mais un « âge certain ».

 

Ce qu’on ne savait pas – naïfs que nous sommes – c’est que se faire filmer ça prend vachement de temps. Mais quand je dis vachement, c’est vachement ! On croyait que pour une émission de 52 minutes, on te filmait 104 minutes en tout, on coupait les bourdes et basta !

 

Pas du tout ! C’est comme la télé réalité : on te filme tout le temps. Pas sous la douche, quand même, à cause de notre âge incertain. Mais sinon …. C’est ainsi que la délicieuse journaliste Sidonie Bonnec et son équipe sont venus me filmer une première fois à l’Université avant les vacances de Pâques, au plus grand étonnement de mes collègues et étudiants. Puis, le tout aussi charmant Philippe Lagnier nous a accompagnés les 5 premiers jours de notre séjour colombien.

 

 

 

Avec Sidonie et son équipe

 

 

 

Heureusement qu’on a bien rigolé et que nous avons passé de super moments car pour l’anonymat c’était raté ! Imaginez-vous sortant de l’avion –en vrac, minables et puants – au milieu d’une foule d’anonymes, attendus par une caméra qui ne va pas vous lâcher de sitôt ! Tous les regards se braquent sur vous, avant de constater déçus que ce n’est pas Shakira et son staff qui sont sous le feu des projecteurs, mais 3 blaireaux français. Imaginez-vous entrant dans n’importe quelle boutique, entrain d’expliquer qu’une télé française fait un reportage sur vous, pour solliciter l’autorisation de filmer. Heureusement que les colombiens adorent la télé et qu’aucun d’entre eux n’a vu d’inconvénients à être filmés !

 

 

Un journaliste sur le terrain

 

 

Et sinon, l’intégration ?

 

 

L’avantage avec les colombiens, c’est qu’ils sont vraiment sympas et attachants. En 15 jours sur place, nous avons eu la chance d’être accueillis dans la famille de notre formidable avocate, presque notre « maman colombienne ». Et comme souvent en Colombie, il se passe quelque chose de très inhabituel pour des français : tu te mets à parler de tes projets et les convives, plutôt que de t’énoncer tous les risques que tu prends, tous les dangers que tu vas rencontrer et tous les regrets que tu auras de prendre une telle décision, se mettent à réfléchir avec toi pour trouver des solutions et te faire rencontrer du monde pour t’aider. C’est totalement désarmant pour les français que nous sommes. A tel point que tu virerais presque parano en te demandant pourquoi tant de gentillesse gratuite à ton égard hihi ?! Grâce aux réseaux des uns et des autres, notre carnet d’adresses a donc commencé à bien s’étoffer, sous l’œil attentif de notre journaliste attitré. Qui n’en croyait pas ses yeux lui non plus.

 

 

 

Combats aéronautiques francos / colombiens

 

 

 

Venu dans un pays de FARCS et de narcos, il apercevait ainsi une réalité beaucoup plus nuancée que ce que ses collègues des médias avaient bien voulu lui montrer de ce pays. Mais, en bon journaliste, il voulait approfondir les choses et interroger d’autres personnes susceptibles de lui dire tout le mal qu’elles pensaient de ce pays. Chose perdue chez les colombiens, dont le patriotisme est inaltérable, peut-être trouverait-il des mauvaises langues chez les français installés dans le pays ? OK pour être tout à fait objectif, il lui aurait fallu interroger nos compatriotes croupissant en prison pour trafic de drogue et ceux ayant eu de mauvaises expériences dans ce pays (en cherchant bien sur les blogs de voyageurs ou d’expats on finit par en trouver), mais les seuls français vivant à Guatapé que nous avons pu rencontrer étaient totalement enchantés et dithyrambiques sur la Colombie, leur nouvelle région d’adoption et leur petit village. Aucune information croustillante à rapporter donc …

 

Quant aux autres français retrouvés sans l’œil de la caméra, leurs avis étaient convergents : la Colombie n’est pas le pays que l’on croit qu’il est en France. Tout n’y est pas parfait, loin s’en faut, mais tout y est bien mieux qu’on ne l’imagine ! C’était en tout cas l’opinion de Sophie et Philippe et de Marion et Daniel, tous voyageurs au long cours, que nous avons eu le plaisir de retrouver dans notre nouveau chez nous ! Que de temps écoulé depuis notre première rencontre en Argentine en octobre 2015 à la péninsule de Valdes ! Les uns ont continué leur voyage, les autres ont pris la décision de s’installer en Colombie. Mais tous étaient ravis de se revoir et de partager leurs expériences !

 

 

Salut les potes !

 

 

 

Même Charles et ses potes Hadrien et Laure !

 

 

Je joue aussi avec les enfants colombiens

 

 

 

Alors cette maison ?

 

 

 

Il restait néanmoins un doute sur la maison. Visitée en juin 2016 lors du voyage, achetée sur un quasi coup de tête, je ne l’avais pas revue depuis lors. Jérôme ne cachait pas son enthousiasme pour y avoir passé seul 3 semaines en janvier, mais je l’avais presque oubliée depuis notre retour en France.

 

 

 

 

A sa plus grande satisfaction, El gringo produira désormais son propre café

 

 

 

Bonne surprise en arrivant. Elle était bien aussi jolie que j’en gardais le vague souvenir ! Vide, mais exactement comme j’aime les maisons : grande et lumineuse. Il ne restait plus qu’à la meubler à notre goût! C ‘est presque chose faite car, en Colombie, Ikea n’existe pas et qu’il est possible de faire fabriquer à coût ultra raisonnable ses propres meubles. Livraison prévue en mai.

 

 

 

 

 

 

 

C’est donc dans une maison meublée de 2 lits, d’un salon de jardin, d’un frigo, d’une plaque de cuisson et d’une machine à laver que nous avons passé notre spartiate séjour.

 

 

 

 

 

Et quand je dis machine à laver, c’est encore un grand mot car notre machine toute neuve n’a jamais voulu fonctionner. La garce. Heureusement, dans ce pays, tout problème a sa solution. Notre gardien (car nous avons un gardien) était tout content de nous annoncer qu’il était possible de louer une machine de remplacement en attendant la réparation de l’autre. Les kilos de linge sale s’entassant dangereusement, nous avons pensé comme lui qu’il s’agissait d’une bonne idée. Et c’est là l’erreur ! Comme des bons français que nous sommes, nous pensions recevoir une « vraie » machine. Hihi la blague ! Nous est arrivé un objet type jouet « apprends à devenir une parfaite ménagère », non automatique et … non lavant. En gros, tu mettais du linge dans le « tambour », linge que tu arrosais à l’eau froide avec un tuyau branché au robinet le plus proche et un peu de lessive. Un « moteur » se mettait à faire tortiller le linge sur lui-même pendant 15 minutes et – ô surprise – au bout de ce temps-là, non seulement le linge était toujours immonde, mais – comble du bonheur – les manches des vêtements avaient formé des doubles nœuds entre elles. Vous connaissez le sketch de Coluche ?   Et bien, la même chose : le lundi tu fais les noeuds, le mardi tu laves le linge et … tu as le reste de la semaine pour défaire les nœuds mouillés ! Sauf que là, c’était moins bien : la lessive colombienne ne fait pas le tour des vêtements pour laver les tâches ! Bref, ça nous a bien occupé et a contribué à cette inimitable allure de ploucs que nous ne lâchons jamais hors de France !

 

 

 

 

Peu importait finalement : en Colombie les français ont la réputation d’être des gens crasseux. Nous avons donc été à la hauteur des attentes colombiennes et, de toute façon, pour profiter de notre superbe jardin et sympathiser avec les nombreux colibris, rien ne valait mieux que notre odeur naturelle ! Pari réussi !

 

 

 

7 pensées sur “Un avant goût d’expatriation

  • 25 avril 2017 à 14 h 04 min
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    Je suis complètement sous le charme des photos de votre jardin !!!! Vous allez y être bien ma Val!!! Bisous

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  • 25 avril 2017 à 15 h 02 min
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    J’ai pris un grand plaisir àlire votre article qui m’a fait beaucoup sourire. J’attends la suite de vos aventures avec impatience.
    Gwladys

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  • 25 avril 2017 à 15 h 08 min
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    Non seulement c’est un plaisir de te lire, sauf la premiere partie, beaucoup trop realiste a mon gout comme lecture de petit dej’, mais en plus tu me fais toujours autant rire. Evidemment je ne connais pas ce programme de tv, mais je veux voir le programme, tu me tiens au courant.

    Quand je te lis, c’est comme si je t’entendais, juste phenomenal! Une plume bien aceree, une vision humoristique, je suis fan! A quand un livre?

    PS1: charles ila super trop grandi :0

    PS2: il y a des mots que je connais meme pas!!

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  • 26 avril 2017 à 9 h 45 min
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    Quel plaisir de voir votre nouvelle vie en Colombie. Nous pensons bien à vous depuis la Bretagne et continuerons de lire vos articles ! Alex, JB and co

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  • 14 juin 2017 à 8 h 54 min
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    Ah oui, toi aussi, tu avais remarqué que certains français – et beaucoup les rapatriés qui reviennent au pays, d’ailleurs – ne pensent qu’à deux choses :
    1) t’expliquer comment la vie est épouvantable, comment ils savent pas te préparer le filet mignon coupé dans le bon sens de la viande, comment, non, tu ne mangeras plus jamais de religieuse au chocolat le dimanche après la… non, pas la messe, quand même !!! Et j’en passe, et des masses.
    2) comment tout ce que tu vas entreprendre va lamentablement rater, genre trouver un “bon” électricien pour t’arranger un circuit qui ne fonctionne pas, faire faire de menus travaux chez toi, trouver une femme de ménage qui ne va pas se servir dans tes tiroirs ou dans ton porte-monnaie, croire que tu peux laisser ta maison ouverte… mais comment tu vas pas trouver un gars travailleur et honnête pour te mettre en cage avec des beaux barreaux en fer forgé tarabiscoté…
    Je continue ?
    Et pas besoin de s’installer dans un pays exotique pour connaître tout ça. On les a au Portugal, grave !!! Non, gravissimes !!!
    Mais bon, je concède, c’est peut-être plus dans les pays dits civilisés et dans les milieux qui gravitent autour des consulats et autres agences gouvernementales françaises. Des pipelettes… c’est pour rester bien polie 😉
    Cela dit, pour la maison, bravo, vous avez fait TRES fort.
    Comme je dis toujours, c’est pas de la chance, on a ce qu’on mérite… à toi de finir la phrase – et sans rougir, stp !

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  • 7 juillet 2017 à 0 h 18 min
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    Bonjour,
    C’est Gwladys. Je vous ai contactés il y a quelques mois pendant notre tour du monde alors que vous veniez de vous installer dans votre « nouvelle vie ». Où en êtes vous à l’heure actuelle? vous plaisez-vous toujours autant?
    Nous sommes revenus en Amérique centrale après 6 mois d’Asie et la Colombie n’étant pas loin, nous avons mis l’option d’y venir. Notre projet est de s’installer quelque part, proche de la mer afin d’ouvrir un petit hôtel ou bien des chambres d’hôtes avec éventuellement un centre de plongée si notre budget le permet. Suivant des conseils, nous avons atterris au Mexique mais les prix sur la côte, sont ici vraiment élevés; quasi comme en France voire même plus cher selon les régions et dans de telles conditions, ce n’est pas réalisable pour notre « portefeuille » de petits français (ça pique beaucoup)!
    Merci pour votre retour d’expérience sur vos premiers mois. Au plaisir de vous lire!!
    Gwladys

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  • 26 juillet 2017 à 10 h 50 min
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    Salut les franco-colombiens ou colombo- franco!!??? ;))) non ça c’est une vieille série TV ? Non !!! En couleurs ? ! Le chien et l’imperméable oui !

    Bref! Je reviens sur terre … Colombienne … Avec vous !

    J’espère que vous êtes bien installés et que votre première semaine d’expat c’est bien passée:)) j’ignorais ce reportage pour France 5! Lors de notre dernier déjeuner on a zappé d’en parler … C’est le cas de le dire ! Moi qui n’ai pas débranché ma télé couleur (mazet!!) je suis preneuse de la date de diffusion!
    Quel jardin ! Les photos sont splendides !

    Bisous à vous 3
    À bientôt de vos nouvelles de votre nouvelle vie

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