Là où le ciel rejoint la terre : les 50èmes hurlants

Rio Gallegos, Punta Arenas

 

 

Nous avons laissé l’Argentine derrière nous pour nous rendre dans la partie la plus australe du Chili. Peu de changement d’un côté et de l’autre de la frontière : la steppe, les moutons et les clôtures s’étendent à perte de vue, cantonnant ces derniers d’un côté de la route et les automobilistes de l’autre ! Punaise ! Le gars qui a réussi à vendre ces millions de kilomètres de fil de fer est un génie de la séparation, désormais richissime !

 

 

Le vent nous accueille également avec sa douceur habituelle en ces contrées. Ici, ce n’est plus l’homme que tu redoutes en premier lieu (je rappelle que le Chili a lui aussi connu des heures très sombres il n’y a pas si longtemps…). C’est la nature. Nous sommes face au mythique détroit de Magellan qui a suscité tant d’espoirs et de déceptions. Les bateaux échoués ci et là nous rappellent l’âpreté des tempêtes (restons dans le gai et le joyeux :mrgreen: ) . Mais nous nous trouvons aussi dans un pays de tremblements de terre, d’éruptions volcaniques et de tsunamis. Des panneaux indiquent la marche à suivre en cas de raz de marée (j’en rajoute une petite couche, des fois que …!). Prudence donc car il faut littéralement se battre contre les bourrasques qui bousculent le fourgon à chaque minute.

 

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Le bout du monde frappé par la fin du monde ?

 

 

 Nous passons notre première nuit chilienne dans le minuscule village après la frontière. La vie à l’air rude ici, mais les habitants se montrent très chaleureux avec nous. Le maire nous reçoit pour nous donner les explications touristiques dont nous avons besoin. Même ici chacun est courant des attentats en France et se montre compatissant.

 

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Le lendemain, nous traversons une estancia de 90 000 hectares (Nath et Didier, c’est pour vous !!), la première à avoir été fondée en ces terres en 1876. De nombreux bâtiments en bord de route sont à l’abandon, accentuant l’ambiance « fin del mundo » (ici on ne dit pas « bout du monde », mais « fin du monde » avec le petit côté lugubre qui va bien).

 

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En face se trouvent aussi deux bateaux de la fin du 19ème siècle classés monuments historiques. Ou plutôt leur squelette !

 

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Y a-t-il encore âmes qui vivent dans ce coin de l’univers ??!

 

Punta Arenas, la chaleureuse dans le froid

 

 

 

 

Nous avons donc renoncé à Ushuaïa, la plupart de ceux y étant allés nous ayant dit que la ville était quelconque et uniquement axée sur le tourisme. Nous redoutons l’indigestion  de « bout du monde » mis à toutes les sauces : de la liqueur à la crêpe, de l’hôtel au resto, du T. shirt souvenir à la lingerie de la mère Noël  …

 

Punta Arenas ne semble pas présenter les travers de la cité argentine. Certes touristique, c’est un port qui vit également d’autres choses et offre encore une vraie authenticité. Pour la première fois depuis Sucre en Bolivie, une ville sud américaine retient notre attention. Et pourtant qu’est-ce qu’il fait froid et mauvais à Punta Arenas ! C’est le genre d’endroit où il y a 6 mois d’hiver  et 6 mois de mauvais temps. On se croirait en Islande !

 

 

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Le premier après-midi passé à se balader en ville est incroyable : le vent glacial est si violent que nous manquons de tomber à chaque pas. Sa forte mélodie siffle dans nos oreilles. Enfin, ce qu’il en reste. C’était pourtant pratique pour faire tenir nos lunettes …!  Je comprends mieux l’idée des « 50èmes hurlants » hihi.

 

Les pingouins sont énormes ici

Les pingouins sont énormes ici

 

Le lendemain, nous décidons d’aller visiter le cimetière, histoire de ne pas sortir de l’ambiance franche rigolade de ces derniers jours. Il faut dire qu’il est répertorié parmi les plus beaux du continent, des arbres centenaires bordant les tombes-maisons des notables ayant enrichi la ville au début du 20ème siècle.

 

 

Au fait, la défunte Correa a  un concurrent direct ici  : l’indien anonyme (c’est le même concept que le soldat anonyme, mais avec une vocation miraculeuse !)

 

 

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Des fleurs de printemps, tulipes, muscaris, jonquilles, narcisses poussent sur les tombes. Charles, émerveillé, me dit alors dans toute sa candeur enfantine : « maman !  les morts ont vraiment de la chance ! ils ont des fleurs qui leur poussent sur le ventre eux ! » ! Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle, mais pourquoi pas ?!

 

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Revenus de notre balade, nous rejoignons l’hôtel dans la cour duquel nous avons garé le fourgon. C’est un vrai hospedaje de routards avec une très bonne ambiance, des hôtes prévenant et agréables, des douches bien chaudes  comme à la maison et du Wi-Fi. Le propriétaire pour fêter son anniversaire convie tous ses clients à un bel asado. Nous passons une super soirée, pendant que Charles joue avec le petit garçon de la maison. On y passera 3 nuits. Difficile de repartir et pourtant c’est loin d’être un 5 étoiles ! Quand je pense que pas mal de voyageurs trouvent Punta Arenas sans intérêt, nous, nous apprécions vraiment la ville. Question de rencontres probablement.

 

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PS : Hospendaje Indepencia, 374 avenue Indepencia, on peut y garer un seul véhicule à condition qu’il ne soit pas plus gros que le nôtre 

 

 

La victoire des castors

 

 

Au sud, tout au sud ...

Au sud, tout au sud …

 

Cette partie du Chili est pleine de nombreux restes témoignant du sort atroce que connurent les premiers colons européens venus s’installer ici. Beaucoup moururent de froid et de faim, comme à Puerto Hambre par exemple. Pourtant, difficile de s’apitoyer sur eux quand on sait comment ces derniers ou leurs homologues ont éradiqué à coup de balles ou de maladies importées d’Europe (la grippe par exemple) la plupart des indiens patagons qui vivaient ancestralement ici. La barbarie n’a donc malheureusement ni âge, ni nationalité, la raison du plus fort (et de l’argent) étant toujours la meilleure.

 

Puerto hambre ou ce qu'il en reste

Puerto hambre ou ce qu’il en reste

 

 

C’est d’ailleurs au nom du Dieu Argent que 25 couples de castor ont été introduits en Terre de feu dans les années 1940, pour vendre la fourrure de leurs descendants. Cette industrie lucrative ayant périclité, le nombre de bestioles atteint aujourd’hui plus de 100 000 sur ce territoire. 100 000 délicieux rongeurs, abattant des milliers d’arbres pour construire des barrages et déréglant le cycle naturel de la vie  en Terre de feu. Qui gagnera ? Le gouvernement chilien qui leur a déclaré une guerre impitoyable ou les castors ? Et si l’homme n’était pas toujours le plus fort ? En l’occurrence, les descendants de colons européens paient aujourd’hui au prix fort la fausse bonne idée de leurs ancêtres du siècle dernier. A méditer …

 

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8 pensées sur “Là où le ciel rejoint la terre : les 50èmes hurlants

  • 22 novembre 2015 à 10 h 02 min
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    Sacré Charles!! : c’est mignon! Il me tarde que Charlie parle! Pour l’instant elle marche c’est déjà pas mal!
    Se retrouver avec le temps d’Islande bon c’est pas le top! Mais finalement c’était quand même un beau voyage l’Islande ! Je n’ai toujours pas fait les films sauf le premier!!!

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    • 28 novembre 2015 à 18 h 20 min
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      On vous attend ici de pied ferme afin que vous puissiez établir une comparaison hihi grosses bises !

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  • 22 novembre 2015 à 15 h 23 min
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    Hello, les villes et en particulier les maisons sont assez colorés, cela doit changer de nos villes moroses en France. Le froid et la neige arrive ici, dans la Drome et au mont ventoux déjà, pour vous c’est comment les températures ? Car le ciel est bien bleu mais les blousons et cagoules épais non ?

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    • 28 novembre 2015 à 18 h 19 min
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      Hello ! comme on est pas loin du pôle sud on se caille un peu, c’est vrai !

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  • 24 novembre 2015 à 20 h 59 min
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    Salut à tous,
    C’est toujours intéressant de suivre votre périple latino, on apprend toujours un petit truc par ci par la.
    Bon courage pour la suite, et merci pour les photos qui donnent envoie de vous suivre.
    Biz
    Emmanuel

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    • 28 novembre 2015 à 18 h 17 min
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      merci manu ! j’espère que tu vas bien toi aussi ! grosses bises

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  • 25 novembre 2015 à 9 h 20 min
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    suivant avec attention votre magnifique périple
    il en ressort effectivement que la philosophie de votre voyage
    est incompatible avec un passage à ushuaia pays du gel douche…
    bises
    roland

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  • 2 janvier 2016 à 6 h 45 min
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    Sacré charly, mdr, les enfants mettent toujours de la fraicheur et de l’innocence au bont moment bonne année les amis, une bonne santé surtout, bisousss

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